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Apprivoiser l’incertitude au lieu de la subir

Apprivoiser l’incertitude au lieu de la subir

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Les transitions professionnelles, nombreuses, ni prévues ni souhaitées, génèrent un sentiment de précarité. En avoir une conscience aigüe peut être une force.

Ce matin, Facebook m’a conseillé de rester à l’abri du fait d’un risque d’orage. Facebook me prend pour une petite chose en sucre. Lui qui sait tout ignore le rôle des pépins dans ma vie et ma capacité à courir entre les gouttes. Pleuvra, pleuvra pas, l’incertitude plane sur cette journée mais qu’importe, je me rends à un entretien d’embauche. Son issue aussi est incertaine, de même que ma durée de vie dans mon poste actuel alors que mon entreprise est rachetée, comme les perspectives du marché… Les caprices du temps dépassent la question météo. Ils parlent d’un marché de l’emploi qui n’offre plus de stabilité et de précarité qui devient une norme. Dans ce contexte, on peut développer du mal-être ou de l’agilité, voire les deux car l’idée selon laquelle l’agilité est forcément heureuse est discutable. Mais l’instabilité et l’impermanence, qui fabriquent l’incertitude, qui engendrent l’inquiétude, c’est aussi la vie et son qui-vive qui rend alerte ! Le philosophe nous enjoint de vivre au présent mais le marché demande d’anticiper et de prévoir même dans le brouillard. Chacun, selon sa nature, oppose aux aléas un front plus ou moins anxieux et combatif. « Dans l’incertitude on se retrouve parfois dans l’incapacité de prendre une décision, à agir pour avancer, c’est un état qui bloque la personne dans tous les domaines de sa vie », observe Geneviève Krebs, coach et auteur (notamment « Le management des émotions – L’impact des émotions sur la performance et le bien-être », « Et si tout vous réussissait ? » (Eyrolles février 2016)). Dans un monde où l’on plante plus d’épouvantails que l’on sème de graines de confiance, nous préférons faire de l’incertitude, ou plutôt de la conscience aigüe de l’incertitude et de la précarité, une force.

« Nous sommes tous bâtis pour affronter l’incertitude, l’obstacle, l’inattendu »

La proposition est-elle si osée ? Nous sommes tous équipés d’un instinct de survie, « tous bâtis pour savoir affronter l'incertitude, l'obstacle, l'inattendu, même si certains conforts nous ont ramollis », rappelle notre interlocutrice. On peut être sensible, peu enclin à s’exposer, voire fragile, et savoir « déployer à l’instant la capacité à s’adapter, s’en sortir et rebondir ».

« La normalité n’est pas naturelle »

Et puis la vie procède du hasard et de l’accident, ce que les généticiens rappellent volontiers. « La normalité n’est pas naturelle, il n’existe pas de modèle de normalité et de certitude : ni dans la personne et sa façon d’être ni dans les événements et les situations. Rien n’est figé ou juste », poursuit-elle. S'en rappeler ouvre les possibles au lieu de les restreindre et aide à intégrer les transformations.

Le salut est dans l’action

Le salut est dans la fuite (fuir est d’ailleurs un verbe hyperactif) dit l’adage qui sauve bien des situations. Fuyons les discours et les peurs qui tétanisent, échappons aux injonctions intérieures et extérieures qui limitent considérablement les mouvements de la pensée et nos actions. Bougeons ! « L'incertitude est un terrain qui se nourrit de présence, d'attention, de préparation et d'esquives », souligne Geneviève Krebs. Un obstacle peut être contourné ou pris de front et dépassé. « Plutôt que rester passif, dans l'attente d'un je ne sais quoi, venant de je ne sais qui, passez à l'action ! Plutôt que subir, en souffrir, nourrir un sentiment d'injustice et laisser grandir la colère aveuglante, agissez ! », recommande-t-elle.

« Être conscient, c’est se donner une vision réaliste de ce qui est »

La conscience de l’incertitude et de la précarité nous raffermit, nous évite d’être stressés, angoissés, de nourrir la peur par anticipation, de nous laisser surprendre. L’idée nous renvoie à notre responsabilité personnelle. Quand on sait qui on est, ce qui est bon pour soi, ce que l’on veut, il devient plus facile de décider, d’agir et d’adopter un comportement adapté, à nos besoins et à ceux de la situation. « Cela devient plus évident que d’attendre et s’en remettre à d’autres », pointe notre coach. Au lieu d’une vision imaginaire des choses, nous nous donnons « une vision réaliste de ce qui est ». Un fort sentiment de précarité peut nous atteindre, nous faire trébucher, nous affaiblir mais cette fragilité est-elle si grave en soi ? C’est d’être blessé au point de rester à terre,et par là, incapable de prendre du recul, sans ressource et sans aide qui l’est. Savoir que l’on peut chuter nous prépare à tomber, à accepter de le faire et à savoir le faire.

Apprivoiser l’imprévisible

Combien de pronostics sont-ils défiés à chaque compétition, sportive ou autre ? C’est aussi parce que l’impondérable est de la partie que les sportifs musclent leur mental en plus de leurs biceps. Sur un court de tennis, à cheval ou sur un tatami par exemple, on apprend à bien se positionner et à maîtriser son mental. On apprend que la chute (la faute, la balle à la trajectoire folle impossible à anticiper…) arrivera sûrement et qu’il est possible de faire avec. « Apprendre la possibilité de l'échec et de l'obstacle permet d'apprivoiser les situations et de sortir du déni », remarque Geneviève Krebs. Du déni et de l'idée que l’on peut tout contrôler.

Trouver l'équilibre en soi

« Un excès de confiance en soi, penser tout savoir et avoir tout compris est un piège, et la chute peut être sévère », constate-t-elle. Inspirons-nous de l’image du funambule plus que de celle du superhéros : il avance sur le fil, incertain, mais il avance, pas à pas. Il émane de lui de la confiance en soi, qui, avec l’estime de soi, est un « des socles premiers de l’équilibre intérieur ».

... et au sein même de l'instabilité

Se nourrir, se vêtir, se loger, se sentir en sécurité, se reconnaître et être reconnu… : l’incertitude peut mettre en danger nos besoins vitaux et menacer notre équilibre. Sauf à choisir le retrait du monde, « personne ne choisit d'être marginalisé, mis à l'écart et dans une situation de manque ; lorsque la situation se présente telle une fatalité, trouver la voie pour garder un équilibre est difficile mais pas impossible », note Geneviève Krebs. C’est dans un tel moment qu’il est urgent de revenir à soi, de s’accorder une pause où l’on croise ses peurs mais aussi ses ressources. Mais juste le temps « d’accuser le coup, d’observer, de comprendre, de remettre en question des façons de faire et d’être, et se donner ainsi la possibilité d'en trouver, d'en créer d'autres, de reconsidérer aussi la limite de sa tolérance, et de décider d’avancer », conclut-elle.

Sophie Girardeau


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