Choisir et financer une formation professionnelle

Choisir et financer une formation professionnelle

Choisir et financer une formation professionnelle

La question de la formation professionnelle est plus épineuse que les pouvoirs publics veulent bien admettre. Pour tenter de voir plus clair dans ces dispositifs assez complexes, Monster a rencontré Corinne Dupré*, formatrice, auteure en psychologie du travail et accompagnatrice en changement de carrière.

 

Quel est l’état de la formation professionnelle aujourd’hui ?

« Chaque année, la Commission Européenne fixe les grandes orientations de politique économique (GOPE). Celles-ci contiennent notamment des demandes de réformes de la formation pour adultes pour uniformiser les 27 pays. En 2015, une première vague de demandes a été mise en place par le gouvernement Hollande. Ces nouvelles lois ont totalement transformé et fortement complexifié ce domaine avec l’arrivée du CPF. L’offre de formation dépend désormais du statut (salarié, demandeur d’emploi, indépendant) et du dispositif du financement de la formation. Force est de constater que désormais les cadres moyens et supérieurs ont en général plus facilement accès à la formation ».

 

Pourquoi les cadres auraient plus de facilité à se former ?

« C’est une question de moyens de financement. Les plafonds destinés à la formation ne permettent pas aux PME de former tous leurs salariés et elles doivent donc faire des choix. Résultat, elles sélectionnent les cadres puisque ce sont eux qui ont le plus de valeur ajoutée. C’est un système qui avantage les grands groupes ».

 

Quelle est la marge d’action d’un salarié non cadre qui souhaite se former ?

« Un salarié peut financer sa formation avec le CPF, le CPF de transition qui remplace le CIF, le dispositif de formation lié à l’alternance, le congé de remplacement et les validations des acquis de compétences. A titre d’exemple pour le CPF, un salarié à taux plein cumule 500 euros par an, avec un plafond de 5 000 euros. La demande de financement est gérée par les OPCO, les organismes qui récolent les fonds versés par les entreprises et les salariés ».  

 

Quel est le cheminement d’un salarié pour obtenir une formation ?

« Il y a plusieurs cas de figures. Si la formation est en accord avec l’employeur, les deux parties choisissent la formation qui sera effectuée sur son temps de travail et le salaire est maintenu. Le salarié passe simplement par les OPCO qui va financer le projet. De manière plus globale, si la formation est en rapport avec le métier qu’il exerce, il peut passer un accord avec son employeur ou demander le CPF de transition. Légalement, l’employeur n’a pas le droit de refuser une demande de formation mais il peut la décaler pendant 9 mois. Mais si un salarié souhaite se former pour changer de métier, cela peut être plus délicat car cela implique que l’employeur a de grandes chances de perdre son employé ».

 

Quel est votre conseil dans cette situation car de plus en plus en de salariés aujourd’hui pensent à une reconversion professionnelle ?

« Il faut profiter de son ancienneté pour avoir accès à ce congé, anticiper son futur licenciement et préparer son départ. Si vous êtes avocat à Paris et voulez devenir ébéniste, prévoyez de changer de région par exemple. Il s’agit de bien préparer son projet professionnel jusqu'à sa future employabilité ».

 

Dans le cas d’une reconversion, comment choisir sa formation ?

« Il suffit de choisir l’école de formation liée à son futur métier. C’est au salarié de faire toutes les démarches et il peut se faire aider. Mais en général, les personnes des OPCO qui l’accompagnent ont des avis orientés, elles ont tendance à diriger le candidat vers les demandes régionales en dépit de ses préférences. Par exemple, elles lui parleront des besoins de soudeurs dans les Hauts de Seine même s’il veut devenir électricien par exemple ».  

 

Dans ce cas, que faire pour suivre le meilleur parcours de formation ?

« Un salarié peut demander un bilan de compétences qu’il peut financer avec son CPF. Mais attention, c’est très coûteux, entre 1 200 et 2 000 euros et cela risque d’entamer les fonds de la future formation. Il peut également faire appel à un accompagnateur professionnel qui connaît les raccourcis. Il va l’aiguiller, l’aider à faire son dossier et à comprendre les différents dispositifs. Cela peut l’aider à gagner 1 an sur son projet mais il devra payer de sa poche ».

 

Quid de l’accès à la formation pour un demandeur d’emploi ?

« Il bénéficie de plusieurs dispositifs. Le CPF s’il a travaillé avant, le contrat de professionnalisation, le CPF de transition professionnelle, le contrat de sécurisation professionnelle et la validation des acquis. Pour le CPF, le demandeur d’emploi peut demander à Pôle emploi de l’accompagner. Attention au mini bilan de compétences proposé : Pôle emploi regarde les besoins de la région et quel que soit le  profil, ils vont l’orienter vers ces besoins ».

 

Et si le demandeur d’emploi sait exactement la formation qu’il désire suivre ?

« Dans ce cas, il peut demander une formation via Pôle emploi. Si elle est proposée par l’agence, cela peut aller très vite. Si c’est une formation qu’il a choisie, cela peut prendre des mois et c’est le parcours de combattant ».

 

Comment se passe le financement de la formation ?

« Les allocations peuvent être maintenues. Le demandeur d’emploi a accès à la RFPE (Rémunération Formation Pôle Emploi) plafonnée à 650,02€ par mois s’il a plus de 25 ans. Pour les moins de 25 ans, c’est 339,35€. Il faut donc prendre en compte le sérieux impact financier quand on s’engage dans cette voie ».

 

Selon vous, quelle est la meilleure solution pour se former ?

« Si vous avez plus que le bac et si vous voulez acquérir de nouvelles compétences ou bien une spécialisation dans votre parcours, le mieux est de vous diriger vers la formation initiale, c’est à dire reprendre des études à l’université. Ce retour à la fac peut être financé avec le CPF de transition sachant que l’inscription peut varier entre 1 000 et 5 000 euros. Le candidat rentre sur dossier, les critères diffèrent en fonction du diplôme universitaire. Il existe aussi une alternative très intéressante, l’équivalence universitaire par le biais de la VAE (Validation des Acquis). Par exemple, une assistante grands comptes, ultra qualifiée avec plus de 5 ans d’expérience peut décrocher un diplôme dans son domaine équivalent à un bac +2 ou +3. Pour cela, il faut s’adresser à l’organisme paritaire qui figure sur la fiche de paie. Cette augmentation de compétences au sein de l’entreprise entraine une augmentation de salaire et permet éventuellement de reprendre des études avec un niveau bac + 3 ».

 

* « Guide pratique de la formation », Corinne Dupré, Editions Studyrama

 

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