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Comment parler de vos galères sans vous tirer une balle dans le pied

Comment parler de vos galères sans vous tirer une balle dans le pied
Vos échecs, les difficultés rencontrées dans votre job intéressent les recruteurs. Vous flairez un piège ? Il n’y en a pas. Ce ne sont pas vos galères en tant que telles dont ils sont curieux mais la façon dont vous vous en tirez, dont vous en parlez, toutes choses qui les aident à cerner votre personnalité. Conseils pour faire de vos revers des arguments de vente de votre candidature.

« La question est mal perçue par les candidats alors que nous cherchons à savoir s’ils sont capables de prise de recul et de transparence », confirme Cécile Fischer, responsable du développement RH et de la communication du Groupe William Sinclair. Qui plus est, il est toujours plus avantageux pour un candidat que l’information sorte de sa bouche plutôt qu'elle soit dévoilée par un tiers lors de la prise de références.

Sachez que si vous êtes au chômage, la galère de la recherche d’emploi peut aussi être un sujet intéressant à aborder. « Je demande systématiquement à un chercheur d’emploi quelle est sa stratégie, son plan d’action, c’est après tout comme une problématique à résoudre en entreprise », souligne Frédéric Écotière, directeur général du même groupe.

Parler de vos revers suppose de savoir à quel moment vous êtes en difficulté

Son principe numéro un : parler de ses revers « suppose de savoir à quel moment on est en difficulté ». Veillez à ne pas passer pour quelqu’un qui se noie dans un verre d’eau ou qui rejette facilement la faute sur autrui. Vous êtes ingénieur commercial et vous avez perdu un grand compte, vous devez trouver mieux comme arguments que le « maudit » client ou la conjoncture « catastrophique ».

Vous cherchez un emploi, vous risquez le flop si vous trouvez normal à l’époque du chômage de masse de ramer dans votre recherche alors que vous êtes un profil rare sur le marché. Pour éviter l’écueil du prétexte bidon, Cécile Fischer conseille de benchmarker la « concurrence », pour avoir une idée « des difficultés de recrutement sur le poste visé ».

Les galères auxquelles vous avez réfléchi et trouvé des solutions

« L’important n’est pas de ne jamais tomber, tout le monde tombe, c’est d’être capable de se relever », poursuit Frédéric Écotière. Tout est justifiable à condition de ne pas « franchir le Rubicon, prévient-il, il faut être pragmatique dans ses explications, humble dans son expression, savoir parler d’un échec pour en faire un argument de vente de sa candidature ne revient pas à s’en vanter ».

Ainsi, notre ingénieur commercial mortifié par la perte d’un gros client doit commencer par se demander ce que lui a appris cette mauvaise expérience. Le recruteur appréciera qu’il sache dire ce qu’il aurait pu changer dans sa façon de faire pour l’éviter. Comprendre par exemple qu’il y a des cycles de vie avec un client, qu’il faut anticiper, qui supposent de savoir ce qu’on doit mettre en œuvre pour reconstituer un portefeuille montre la bonne connaissance de son métier et de son marché.

Préparez avec soin cette question en amont de l’entretien, exercez-vous à l’évoquer de façon objective, en prenant votre part de responsabilité, sans dénigrer les autres parties prenantes. Cela mettra en valeur votre maturité et votre capacité à aller de l’avant – des atouts dans « le contexte actuel des entreprises, qui demande de vite savoir digérer les échecs », ajoute-t-il.

Pas de sujet tabou mais pas de divan dans le bureau du recruteur

Un recruteur n’a pas à questionner un candidat sur des sujets personnels mais il arrive qu’un candidat choisisse d’en parler, de sa maladie par exemple. « Un travers de certaines personnes qui se sentent en confiance avec le recruteur est de s’épancher comme chez un psy. Même si on est en confiance, il faut garder de la mesure et de la pudeur », avertit Cécile Fischer. D’autres sujets sensibles – accident, deuil… – font que le ressentiment et la souffrance sont encore là, attention aux débordements émotifs, à la plainte, à la logorrhée...

Pourquoi pas des obstacles sur le CV, au même titre que des résultats

Les recruteurs veulent des éléments concrets sur un CV. Le candidat a l’habitude d’illustrer avec ses bons résultats. Il peut être intéressant, à condition d’être synthétique, de noter une difficulté rencontrée dans ses fonctions. Notre ingénieur commercial est toujours là, il a retrouvé un beau client, pourquoi ne dirait-il pas en deux lignes sa perte et sa reconquête, dates, contexte et chiffres à l’appui ?

L’idée vaut pour la recherche d’emploi : pourquoi, à l’instar d’une mère de famille qui choisit de mentionner qu’elle a consacré plusieurs années à l’éducation de ses enfants, ne pas noter une période de chômage, en indiquant de façon concise sa stratégie pour retrouver un emploi, plutôt que de placer le recruteur face au vide ? Cécile Fischer ne réfute pas l’idée. « Mentionnez l’obstacle, de toute façon, quand il y a un trou sur un CV, le recruteur devine qu’il y a un problème », conclut-elle.

Sophie Girardeau

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