Comment recruter ton futur employeur

L’accessibilité de l’entreprise, sa culture, sa santé, sa réputation, le poste à pourvoir, ses perspectives d’évolution, sa rémunération, la hiérarchie, l’ambiance de travail… Les critères de choix d’un poste sont nombreux, variables d’une personne à l’autre, il serait vain de vouloir en faire le tour. Candidat, plutôt qu’un catalogue, nous te proposons de t’appuyer sur les fondamentaux suivants pour "recruter" ton futur employeur : connais tes cibles et toi-même, résiste au sentiment d’urgence.

Recruteurs et candidats disposent de nos jours des mêmes outils pour s’informer, voilà de quoi rééquilibrer le rapport de force qui existe entre eux. « Les candidats qui font la différence sont ceux qui savent établir une relation d’égal à égal avec le recruteur, dans le respect des rôles de chacun », note Sébastien Bompard, associé du cabinet Taste et président de l’association À compétence égale. Candidat, un recrutement supposant de la réciprocité, toi aussi tu choisis, tu « recrutes » ton futur employeur.

Connais tes cibles

Médias, moteurs de recherche, sites Web des intermédiaires de recrutement ou des sociétés, forums, blogs, réseaux sociaux numériques, autant de canaux qui permettent de trouver « les informations qu’il faut avoir pour cibler une entreprise ou un cabinet de recrutement – est-il spécialisé, sur quel type de mission et niveau de poste intervient-il, etc. ? », rappelle Hugues Truttmann, consultant en recrutement. Il importe de connaître la taille de l’entreprise, son organisation, sa localisation, mais aussi « sa stabilité financière, ses relations avec ses parties prenantes, l’attractivité de sa marque », recommande Xavier Domenach, associé du cabinet Bienfait & Associés. Activité qui périclite ? Aïe ! Cet employeur va-t-il pouvoir te payer ? Patron qui part à la retraire ? Quid de ton devenir à court terme ou de tes relations avec son successeur ? Relations sociales tendues, pratiques managériales douteuses, mauvaise réputation d’un dirigeant… : lorsqu’un point est problématique, Google le fait remonter à la surface et il existe aussi certainement dans ton réseau des personnes à même de te renseigner. « Il ne faut pas hésiter à entrer en contact sur les réseaux sociaux avec des personnes travaillant dans l’entreprise cible pour s’informer », complète-t-il.

L’entretien téléphonique et le face-à-face apportent un autre type d'informations. En face-à-face, cherche à savoir quelle est l’employabilité que telle structure te donne à long terme, quels critères vont rendre ton profil « désirable », comme le qualifie Sébastien Bompard, quelle évolution est envisageable. « Il faut avoir une vision claire de l’organisation, du service, du contexte de recrutement », souligne-t-il. Une technique de questionnement efficace doit permettre d’obtenir les informations nécessaires à la prise de décision, « certaines questions ne sont pourtant jamais ou rarement posées par les candidats », constate Hugues Truttmann : existe-t-il une définition de poste claire ? quel est le rattachement hiérarchique ? s’agit-il d’un remplacement (démission, départ à la retraite ?) ou d’une création de poste ? d’un recrutement opportuniste, sans poste pérenne derrière (une SSII recrute par exemple pour un seule mission) ou d’un recrutement stratégique ? Le ciblage – précis, viser 5 à 10 entreprises vaut mieux qu’envoyer une multitude de CV dans la nature – est un premier niveau de choix, il n’est possible que si on a un projet professionnel clair, et le ciblage fait partie de l’élaboration de son projet.

Connais-toi toi-même

Le choix d’un employeur s’effectue à partir de critères objectifs (nous en avons listé un certain nombre précédemment) et subjectifs propres à chacun. Il s’agit de les hiérarchiser et seule la connaissance de soi permet de savoir quelles concessions on est prêt à faire. « Bien se connaître soi-même, c’est bien choisir son futur employeur », pointe Hugues Truttmann. Et puis, cher candidat, il faut aussi penser à t’informer sur ta valeur marchande, même si la rémunération n’est généralement pas le principal levier. Au-delà de cette connaissance-là, il est question de tes envies, motivations, de bien savoir à quoi tu marches. Imagine que tu fonctionnes à la reconnaissance, que la qualité de la relation avec ton manager soit primordiale et qu’il quitte la société peu après ton arrivée ? « Il faut avoir en tête que les personnes avec lesquelles on va travailler peuvent elles-mêmes ne pas rester, poser la question, en y mettant les formes, est pertinent », pointe Sébastien Bompard. « Relations avec son N+1, le projet du poste et de l’entreprise, son envie, le choix est très subjectif. Beaucoup de candidats sont passifs, ils décrètent qu’ils sont faits pour le job sans savoir le démontrer », observe Xavier Domenach. Se connaître permet de mieux parler de soi et de savoir où sont ses limites, sa résistance au sentiment d'urgence.

Résiste au sentiment d’urgence

Un rapport de force équilibré peut être difficile à établir lorsque le sentiment d’urgence pèse sur sa recherche. Candidat, tu connais la chanson : Résiste ! Pour Hugues Truttmann, c’est un peu une inversion des rôles candidat/recruteur qui demande de se mettre en position de se faire acheter : « Ce n’est pas un luxe dans la conjoncture actuelle, même si on est dans l’urgence, car on ne choisit pas un boulot pour trois mois, cela vaut aussi pour la rémunération. » Résiste aux employeurs qui confondent candidat et Kleenex, et, au cas où tu accepterais de prendre un plus petit poste que le précédent, car tu es mieux placé que nous pour connaître ta situation, il faut négocier ton évolution ultérieure. « Montrer sa conviction est important, c’est ainsi qu’on attire à soi les bonnes personnes et les opportunités ; avoir un projet la renforce », poursuit-il. Tenir à distance le sentiment d’urgence rappelle un fondamental : toi, moi, nous avons le choix « et il faut prendre le temps de faire ce choix », confirme Xavier Domenach. De même que raisonner à long terme comme l’explique Sébastien Bompard en conclusion : « Il faut d’abord se demander si à court terme cette fonction me fait progresser, m’octroie du plaisir. Puis, à plus long terme, savoir si le plaisir et la progression que je vais trouver en prenant le poste m’amènent dans une voie d’évolution, quel est le champ des possibles ; il faut toujours préparer le coup d’après quand on choisit son employeur. »

Sophie Girardeau