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Comment valoriser un parcours atypique

Comment valoriser un parcours atypique
Formation qui n’a rien à voir avec son parcours, profil autodidacte, rupture dans une carrière en termes de secteur, de type de poste, de domaine fonctionnel, ou causée par un choix, un échec, un accident de la vie… autant d’éléments qui font de vous un profil atypique. Autant de ruptures qu’il convient de valoriser, aussi inconfortable cela puisse être parfois.

Vous étiez responsable d’une mission locale en France, vous avez tout plaqué du jour au lendemain pour apprendre à danser la salsa en Colombie et de retour au pays, vous êtes candidat à un poste de chef de projet dans l’accompagnement de chefs d’entreprise.  Vous êtes commerciale et mère de famille et vous avez fait dix-huit mois de prison pour détournement d’héritage parce que vous êtes accro au jeu. Et vous vous tortillez sur votre chaise face au recruteur : j’en parlerai ? j’en parlerai pas ? On serait embarrassé pour moins que ça, comme cette contrôleuse de gestion groupe dans le domaine de l’assurance crédit dont le CV fait un bond au-dessus d’un vide et qui pense qu’il n’y a rien à tirer du vide puisque ce n’est pas du contrôle de gestion. Pas de quoi intéresser le recruteur donc. Elle élude ainsi dix mois de voyage entre l’Alaska et la Patagonie. Vous avez raison lui répond le recruteur, vous êtes la dixième personne que je vois depuis ce matin et la dixième personne à avoir fait ce voyage.

Annoncez la couleur dès le CV

Cette gêne à parler de ce qui ébouriffe son parcours « est symptomatique du poids du regard des autres et c’est dès le CV, dès la page sur un réseau social qu’il faut expliquer en deux lignes la rupture qui s’est produite dans son parcours, pour en faire saisir le sens », souligne Xavier Domenach, directeur associé chez Bienfait & Associés Recrutement. Lui-même est l’ancien dirigeant d’une PME de location de voitures (60 personnes, 1000 véhicules), il sait combien un parcours atypique inquiète, interroge, fait douter et à quel point le regard posé sur lui dépend de l’ouverture d’esprit de  son interlocuteur. C’est parce que la cassure saute aux yeux sur un CV qu’il faut en faire une force et non une faille, c’est-à-dire la mentionner. « Mettez d’abord en valeur les expériences qui sont cohérentes avec votre parcours et le poste visé. Au second plan, évoquez les autres expériences en rehaussant les enseignements que vous en avez tiré », recommande Béatrice Louvet, directrice générale du groupe Transition.

Repérez la ligne directrice de votre parcours

Bien réfléchir aux attraits de l’insolite de votre parcours, par rapport au poste et à l’entreprise visés, vous permet d’en parler judicieusement. Concrètement, posez-vous ce type de questions : quelles compétences avez-vous développées, quels contexte, culture, style de management avez-vous découverts, qu’avez-vous appris sur les autres et vous-même, etc. ?  « La clef est de repérer le fil rouge qui relie toutes vos expériences », pointe Béatrice Louvet. Cette ligne directrice rend cohérent votre parcours, elle rassure le recruteur — qui a toujours besoin d’être rassuré, rappelons-le.

Misez sur l’argument et non la justification

« Un juriste qui n’a pas trouvé d’emploi après l’obtention de son diplôme et opte pour un poste de commercial est fort d’une double compétence, les recruteurs ne peuvent que respecter ce choix de ne pas rester inactif », explique la dirigeante de Transition. Des enfants pour lesquels vous mettez votre carrière entre parenthèses, l’envie de vous engager dans le bénévolat, le projet de monter une société, des exemples qui génèrent plus d’approbation que d’étonnement, voire de rejet. Mais quid de notre danseur de salsa et de notre repris de justice, qui n’ont rien de fictif ? « Le premier peut valoriser sa capacité à mettre en œuvre les moyens pour faire aboutir ses projets, à prendre des décisions, à être autonome ; la seconde, qui malgré son incarcération n’est pas une délinquante, sa capacité à assumer ses actes, le fait d’avoir payé sa dette, sa très grande volonté de se racheter et donc sa grande capacité à s’engager », note Xavier Domenach.

Les profils atypiques peuvent être une force pour l’entreprise car ces candidats apportent des compétences et qualités que l’entreprise ne possède généralement pas. Toutefois, certains secteurs comme le médico-social ou l’économie sociale et solidaire, qui attirent les gens par passion et motivation, les valorisent plus que d’autres. « Ces compétences et qualités peuvent être transmises à l’ensemble des autres collaborateurs et enrichir la culture d’entreprise. Ceci est source de synergies avec les profils plus conventionnels qui composent la majorité des effectifs », remarque Béatrice Louvet. En entretien — et ce conseil vaut surtout pour les cadres —, vous parviendrez à mettre en avant votre complémentarité en vous positionnant en apporteur de réponses aux problématiques de votre employeur potentiel. Pour ce faire, tentez de repérer ce qu’il vit, son contexte, ses ambitions à court, moyen, long terme et faites ressortir ce qui vous semble être un atout dans l’originalité de votre parcours pour répondre à ses besoins.

Sophie Girardeau

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