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CV, entretien : peut-on valoriser son expérience de parent ?

CV, entretien : peut-on valoriser son expérience de parent ?

Être parent permet d’acquérir ou de développer des compétences que l’on peut valoriser en entretien, à condition que le sujet soit amené par le recruteur.

L'article L 1221-6 du Code du Travail indique entre autres que les informations demandées en entretien d'embauche « doivent présenter un lien direct et nécessaire avec l'emploi proposé ou avec l'évaluation des aptitudes professionnelles ». Il semble donc évident de ne faire aucune mention de sa condition de parent dans son CV, comme naturel de refuser de répondre à des questions d’ordre privé lors d’un entretien. En théorie, car la pratique montre que bien des sujets personnels arrivent dans la conversation entre un candidat et un recruteur.

CV : indiquer un congé parental quand il est supérieur à six mois, sinon s’abstenir

Une petite période d'"inactivité" peut passer inaperçue, aussi est-il inutile de faire mention dans son CV d’un congé parental inférieur ou égal à six mois. Au-delà en revanche, l’indiquer est utile. Il est recommandé de l’évoquer en une seule ligne, sans développer : « congé parental » et sa durée, ou bien « année(s) consacrée(s) à l’éducation de mon/mes enfant(s) ». « Le faire permet de restituer une durée et d’éluder le doute d’une période de chômage dans l’esprit du recruteur », explique Cécile Fischer, RRH du Groupe William Sinclair. Ce conseil est également valable pour les « aidants ».

Entretien : parler de sa parentalité si le recruteur aborde le sujet, sinon, s’en garder

Lors de l’entretien, ayez deux principes en tête. Primo : vous ne savez rien du système de valeurs de votre interlocuteur et de la façon dont pourraient être interprétés vos dires, et le sujet de la parentalité peut entraîner sur la pente des confidences, avec tous les dérapages sur vos soucis ou vos émerveillements que l’on peut imaginer – à éviter absolument. Deuxio : n’en parlez que si vous y êtes invité.e par le recruteur, « inutile de tendre le bâton pour se faire battre », recommande notre interlocutrice.

Le sujet arrive sur la table, parce que le recruteur cherche par exemple à évaluer votre degré de disponibilité ou d’implication dans le travail ? D’abord ne brandissez pas le Code du Travail, cela bloque l’échange. « Ne soyez ni gêné.e ni vexé.e, profitez-en pour rebondir de façon factuelle en disant « oui, j'ai pris un congé parental d'éducation », ou « oui, j'ai des enfants », poursuit-elle. Ensuite, gardez à l’esprit que la notion de parentalité renvoie à une fonction, celle de parent, et donc à des savoir-faire et des savoir-être.

Transposer ses compétences de parent dans le monde du travail, humour compris

Cécile Fischer suggère d’opter pour le mode humoristique pour parler des compétences acquises depuis qu’on est parent. Il s’agit de montrer au recruteur que votre qualité de parent vous rend notamment plus organisé.e et capable de prise de recul. Ce gain de maturité est toujours bénéfique à l'entreprise. Morceaux choisis à adapter librement :

  • « Depuis que je suis parent, cinq heures de sommeil me suffisent au lieu de dix auparavant. »
  • « Je manquais de patience avec mes équipes, maintenant que j’ai un enfant, je prends du recul et j'applique les bases de la pédagogie d'apprentissage : patience, compréhension, répétition acquisition. »
  • « J’avais du mal à prendre du recul en cas de conflit professionnel, mais avoir un enfant me fait relativiser, notamment les échelles d'urgence. »

Citons aussi le cas des personnes ayant enchaîné les CDD et les missions d'intérim et qui, devenues parents, cherchent plus de stabilité. Ce besoin de stabilité s’accompagne de volonté de progression, il est le signe d’une volonté de s’impliquer qu’il faut valoriser. « Depuis que vous êtes parent, vous gérez cinq choses à la fois au lieu de deux auparavant, montrez que votre scope a changé, que vous n’avez plus le temps de perdre du temps », souligne-t-elle.

Absentéisme, retards, horaires : rassurer le recruteur sur ces risques

Parler de son expérience de parent est intéressant pour valoriser des compétences acquises ou développées en dehors du cadre professionnel. Parler des soucis d’organisation, d’horaires devant être aménagés est en revanche superflu et même contre-indiqué. « La peur du recruteur c'est le retard ou l'absence pour maladie d’un enfant. Que ce soit vrai ou non, il faut toujours dire qu'on est super organisé », conseille Cécile Fischer.

Enfin, si la fameuse « charge mentale » pèse sur les mères, quel homme aurait intérêt à valoriser son expérience de parent ?
« Il est « acquis » que les femmes doivent prouver leur capacité à tenir un poste tout en étant mères, mais un homme aura sans doute beaucoup plus de mal à valoriser son expérience de père », pointe-t-elle. Le soupçon de délit de manque d’ambition professionnelle est une charge mentale d’un autre genre.

Sophie Girardeau

 


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