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Doctorants: 4 conseils pour ne pas devenir docteurs-chômeurs

Doctorants: 4 conseils pour ne pas devenir docteurs-chômeurs

Le monde de l’entreprise offre plus d’opportunités d’emploi aux jeunes docteurs que celui de la recherche publique. Un monde à découvrir, pas à diaboliser.

Pour un jeune docteur, rejoindre une entreprise revient à vendre son âme au diable. Vraiment ? « Dans 90 % des cas, les doctorants souhaitent rester dans la recherche publique, le formatage académique leur convient. Ils ne connaissent pas du tout le monde de l'entreprise qu'ils voient très compétitif », constate Stéphanie Godier, PhD en sciences de l'univers, directrice générale de Recherche et Avenir, et chef de projet du dispositif RUE de Rapprochement Laboratoires-Entreprises. Or, quand seulement 10% des jeunes docteurs pourront entrer dans la recherche publique, peuvent-ils continuer à considérer l’entreprise comme un plan B ?

Être lucide sur le système académique

Avec un taux de recrutement aussi faible, on se retrouve à 25/30 ans, c’est-à-dire à un âge où l’on devrait être en pleine ascension professionnelle, au plus bas de l’échelle avec le plus haut niveau de diplôme. On peut avec un Bac+8 devenir docteur-chômeur. Le système académique sous-estime le problème de l’emploi, pense qu’avec un tel niveau de qualification, trouver un job est un jeu d’enfant. Par ailleurs, il infantilise ces profils. « Ce système, sorte d’aristocratie, les considère comme des bébés-chercheurs et leur donne très peu de droits. On les maintient dans une attente de reconnaissance et s’ils ne restent pas dans la recherche publique, ils ne sont pas considérés comme des chercheurs », explique notre interlocutrice. Le constat est cependant moins sévère dans les domaines du numérique, de l’automatisme, de la robotique où les applications concrètes de la recherche dans le monde de l’entreprise sont plus naturelles. Précisons qu’il faut être boursier pour avoir des droits au chômage et qu’il n’existe pas de bourse en Sciences humaines.

Découvrir l’univers de l’entreprise pendant sa thèse

C’est idéalement pendant sa thèse qu’il faut se préparer à rencontrer le monde de l’entreprise. « Comme pour l’apprentissage d’une langue, il faut envisager des actions dans le temps », conseille Stéphanie Godier. Rendez-vous dans des salons, sollicitez votre réseau, même les personnes qui interviennent dans un domaine différent du vôtre – « cette démarche fait acquérir le vocabulaire de l’entreprise » –, intéressez-vous à tous les secteurs d’activité pour développer une culture économique, rapprochez-vous des structures de votre territoire comme les CCI. Ainsi, vous gagnez en réalisme, ce qui vous aide à adapter vos exigences. Vous découvrez par exemple qu’on ne travaille pas sur un projet pendant trois ans comme dans la recherche, qu’il faut en entreprise être capable de changements rapides. « Garder ses valeurs est important, il faut savoir où l’on veut et peut travailler, mais il faut aussi être prêt à changer son positionnement, notamment en termes de prétentions salariales », recommande-t-elle.

CV, entretien : adapter ses outils et son comportement

Recherche et Avenir accompagne les doctorants et les jeunes docteurs dans leur recherche d’emploi et leur évolution professionnelle, de même que d’autres structures associatives, comme l’Association Bernard Gregory. Oubliez le CV de trois à sept pages, adoptez le format concis (une page de préférence) attendu par les entreprises. Avant et pendant un entretien d’embauche, intéressez-vous à l’entreprise, chose que vous ne faites que trop peu, voire pas du tout. Pendant, il faut aussi savoir parler de vos compétences et les mettre en adéquation avec les missions d’une entreprise. « Vous n’êtes pas face à un jury académique, ne déroulez pas votre thèse, n’en faites pas un bouclier ou une seconde peau », conseille notre interlocutrice.

Faire son deuil de la recherche académique

Vous ouvrir à l’entreprise fait de vous un profil à cheval entre deux mondes, voilà un atout dans des fonctions clef du domaine de l’innovation. L’enseignement et le secteur associatif sont d’autres territoires à explorer. C’est ce qu’a fait un spécialiste de la relativité générale devenu professeur de physique. En parvenant à trouver les points de convergence entre vos motivations, vos aspirations et les attentes de l’entreprise, vous faites votre deuil d’une carrière dans la recherche et devenez un candidat convaincant. « Cela passe par un travail de développement personnel », conclut Stéphanie Godier.

Sophie Girardeau


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