Éloge de la discrétion

Éloge de la discrétion

Les qualités humaines et relationnelles, ou soft skills, sont de plus en plus valorisées en entreprise. Lors d’un recrutement, elles font la différence entre un candidat et un autre ayant les mêmes compétences techniques. La discrétion en est une.

Être discret, une attitude non seulement reconnue en entreprise mais encore, recherchée. On vante les mérites de la proactivité, certes, mais il faut savoir faire preuve de retenue. Par ailleurs, sur les réseaux sociaux, lieux virtuels qui passent pour incontournables aujourd'hui, il s’agit pour être repérable de s’exprimer, de sortir de sa réserve justement, mais l’observation des comportements sur ces plateformes nous apprend que l’on peut y exister sans faire de bruit.

Le savoir-être attendu par les employeurs, sans être unique puisqu'il varie selon les fonctions et les missions, est un exercice d'équilibre ou un tableau à la palette nuancée. Prenez des initiatives mais faites preuve de tact ; apportez des idées mais sans qu’elles occupent toute la place ; soyez authentique mais retenez-vous de l’être entièrement, d'autres lieux que l'entreprise existent pour s'exprimer pleinement. Composez. Dosez.

« Toute l’ambiguïté réside dans le fait que l’on demande aux collaborateurs d’être présents, forces de proposition mais s’ils ne restent pas à leur place, cela peut leur jouer des tours », observe Béatrice Louvet, directrice générale du Groupe Transition.

Une qualité systématiquement recherchée dans certaines fonctions et appréciée dans toutes

Le discret est quelqu’un qui ne parle pas à tort et à travers, qui ne colporte pas. La discrétion est systématiquement recherchée dans la paie et l’assistanat de direction. On parle aussi de confidentialité, et bien vite on se rend compte qu’elle concerne toutes les fonctions.

Pour un poste de gestionnaire de paie ou d’administration du personnel, cette qualité est la garantie que le montant du salaire de tel manager ou collaborateur ne fuitera pas à la machine à café. En assistanat de direction on est au cœur de la stratégie, on ne doit pas répéter ce qu’on entend. « La discrétion à ce poste concerne le comportement dans son ensemble, il ne faut pas prendre toute la place, savoir s’effacer devant son patron, ne pas marquer son opinion », explique notre interlocutrice.

Une qualité qui porte à développer l’écoute

Une personne discrète a développé suffisamment d’écoute pour amener son idée quand il le faut. En revanche, une personne trop extravertie, dans une affirmation trop marquée, peut passer pour quelqu’un qui manque d’écoute. Ce tempérament est « plus difficile à gérer pour un manager qui ne serait pas de la même trempe et les managers ne veulent pas s’embêter à convaincre, or c’est le risque avec les gens trop affirmés », note Béatrice Louvet.

Il ne s’agit pas d’être discret pour être discret mais de l’être à bon escient, quand la situation, la mission le requièrent. N’est-ce pas le propre du bon communicant ? Celui-ci sait adapter son canal de communication en fonction de son interlocuteur et du contexte et « cela demande des capacités d’écoute ».

Il ne s’agit pas non plus d’être introverti à l’extrême, de s’écraser – surtout pas ! –, mais d’être suffisamment posé pour être efficace, d’être attentif pour repérer ce que l’autre attend de nous et l’amener au moment voulu.

« On peut être ouvert, communicant et discret quand on ne tombe pas dans l’écueil de se faire valoir au détriment de l’intérêt général ou de la stratégie de l’entreprise. Le discret ne cherche pas à se faire mousser ou à être aimé pour ce qu’il va dire », souligne-t-elle.

La discrétion n’empêche pas la présence mais au lieu d’une présence qui appelle les regards, la reconnaissance, c’est une présence à ce qui se passe autour de soi.

Sophie Girardeau

Lire aussi Et la politesse b***** ! Pourquoi la fragilité a sa place dans l'entreprise