Que faire si votre collègue est victime de harcèlement sexuel ?

Que faire si votre collègue est victime de harcèlement sexuel ?

Aujourd’hui, 70% des femmes qui subissent un harcèlement sexuel n’osent pas en parler. Et 40% de celles qui osent agir, expliquent que leur courage est souvent puni par une mutation, une rétrogradation voire la fin d’un contrat de travail. Des chiffres aberrants révélés en novembre 2017 par Muriel Pénicaud, ministre du Travail et qui prouvent que cette situation nécessite plus que jamais une prise de conscience collective et un engagement véritable des entreprises. Un problème endémique expliqué, entre autres, par le manque de conscience des harceleurs. Petite piqure de rappel donc de ce que constitue le harcèlement au regard de la loi : « Le harcèlement sexuel se caractérise par le fait d'imposer à une personne, de façon répétée, des propos ou comportements à connotation sexuelle qui portent atteinte à sa dignité en raison de leur caractère dégradant ou humiliant ou créent à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante. Est assimilée au harcèlement sexuel toute forme de pression grave (même non répétée) dans le but réel ou apparent d'obtenir un acte sexuel, au profit de l'auteur des faits ou d'un tiers (...) Si l'auteur des faits a eu un contact physique avec vous il peut s'agir d'une agression sexuelle, plus gravement punie. » Pour savoir comment agir si vous êtes témoin de ces agissements, nous avons demandé conseil à Olivia Mons, responsable communication de l’association France Victimes qui écoute et informe les victimes confrontées au harcèlement sexuel.   

 

Ecoutez son histoire. Votre première mission est d’être attentif à ce que la personne vous raconte. Mais finalement ce qui peut s’avérer plus complexe à gérer sera votre réaction. « Il est important de ne pas ramener son récit à votre propre expérience. Et il ne faut pas minimiser la situation mais ce n’est pas la peine d’en faire des tonnes non plus ».

 

Croyez votre collègue. « Qu’il s’agisse de votre collègue, d’un parent ou d’un voisin, il est important de croire la personne en face de vous qui est victime de harcèlement sexuel ». En effet, cette personne culpabilise, elle a peut-être honte et fait pourtant preuve d’un énorme courage pour oser parler. Elle a besoin d’une oreille bienveillante.

 

Apportez-lui votre soutien. Si vous décidez de l’aider, « vous pouvez la diriger vers un soutien interne comme son supérieur hiérarchique, son N+2 voire la direction générale, la direction des ressources humaines ou encore les délégués syndicaux et autres représentants du personnel pour signaler les faits en les étayant ». Olivia Mons souligne ici l’importance de garder tous les indices se rapportant à ce harcèlement qu’il s’agisse de photos, de textos, de petits cadeaux etc. Vous pouvez aussi témoigner de ce que la victime vous a raconté, ce qui participe au faisceau d’indices venant de témoins directs et indirects. Sachez aussi qu’il est de la responsabilité d’entreprise de protéger ses employés sinon « elle peut être confrontée à ses manquements ». Mais ne nous voilons pas la face. Si légalement, vous êtes protégé par le Code du Travail et si moralement, vous avez agi de façon admirable, « il est possible que votre employeur vous le fasse payer en vous licenciant trois mois plus tard, sous un prétexte fallacieux ». Dans ce cas, vous avez le recours aux prud’hommes qui ne voient pas d’un bon œil ce type de licenciements. Là encore, protégez-vous en conservant tous vos échanges à ce propos.

 

Dites-lui qu’elle n’est pas seule. Pour diverses raisons, il est possible que votre collègue ne souhaite pas s’adresser à l’entreprise. Vous pouvez l’aiguiller vers des associations comme France Victimes dont les services gratuits prennent en charge les victimes et ce, de manière pluridisciplinaire grâce à ses quatre services (écoute/juristes/psychologues/travailleurs sociaux). « Notre rôle est d’écouter, informer et trouver une solution. Tout d’abord, en fonction des agissements relatés, nous l’aidons à qualifier l’acte. S’agit-il de harcèlement ? D’une déclaration maladroite ? Ensuite, nous voulons connaître ses souhaits : veut-elle continuer à travailler dans l’entreprise ? Veut-elle la quitter ? Troisième étape : nous lui demandons ce qu’elle veut faire au sujet du harceleur. Souhaite-t-elle qu’il soit licencié ? Veut-elle engager une procédure pénale ? Si oui, nous lui donnons les informations sur le droit du travail et du pénal et nous l’accompagnons » explique Olivia Mons. Que la solution soit pénale ou prudhommale,  « Elle a besoin que l’employeur la reconnaisse en tant que victime ». Et quid du harceleur alors ? «  Il est rare que ces agissements conduisent à un licenciement. Mais il peut subir des sanctions disciplinaires. Les victimes ne souhaitent pas forcément une condamnation. Elles veulent qu’il ne puisse pas recommencer et qu’il prenne enfin conscience de la gravité de son comportement. »

 

Pour contacter France Victimes, appelez le 01 41 83 42 08 7j/7 ou envoyez un mail à 08victimes@france-victimes.fr

 

Pour obtenir de l’aide, appelez le Numéro national d'aide aux victimes, 08 842 846 37

 

Pour en savoir plus sur le harcèlement sexuel, rendez vous sur le site stop-harcelement-sexuel.gouv.fr