Évoluer du terrain à l’encadrement dans le médico-social

Évoluer du terrain à l’encadrement dans le médico-social

Débuter par le terrain et aller vers des fonctions d’encadrement est une évolution possible dans le secteur médico-social pour des profils sans qualification à la base. Le passage par les métiers du soin et des formations ou des parcours diplômants sont cependant indispensables.

L’histoire date d’il y a vingt ans mais pourrait se passer aujourd’hui. C’est celle d’une jeune femme sans qualification qui a débuté dans la vie active en faisant des ménages dans une maison de retraite – elle avait seize ans – et qui, en dix ans environ, est devenue directrice d’EHPAD (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes).

« Pour être légitime dans une structure, il faut une expérience d’au moins trois ans dans le soin »

« Cette personne a effectué des arrêts successifs dans sa carrière pour se former et obtenir des diplômes et pour être légitime dans une structure, il faut une expérience d’au moins trois ans dans le soin », explique Loïc Marques, directeur de l’agence Vitalis Médical de Tarbes.

Pour aller dans les métiers du soin, elle a donc passé un diplôme d’aide-soignante, obtenu en un an, puis un diplôme d’infirmière, obtenu en trois ans. Elle exerce en tant qu’infirmière pendant quatre ans avant de vouloir ajouter une corde management à son arc. Direction l’École des cadres pour suivre une formation d’un an en alternance, nommée aujourd’hui Cadre de Santé, qui lui permettra d’encadrer une équipe soignante. Enfin, elle passe un concours de la fonction publique pour devenir directrice d’établissement.

Une histoire proche de celle, plus actuelle, de cette infirmière qui a commencé comme aide-soignante et qui continue à se former pour aller vers l’encadrement d’équipe, et qui peut inspirer les profils qui débutent par l’aide à domicile, poste limité dans les heures (le temps partiel est fréquent) et dans la fonction puisque l’aide à l’habillage et à la toilette relèvent du soin. L’évolution du terrain à des fonctions d’encadrement est possible à condition de passer par les fonctions du soin. « Il faut une part de vocation et d’amour de l’être humain au départ, et être très motivé car le soin du corps représente un gros cap à franchir », souligne-t-il.

Le frein du retour à l’école

C'est un cap à franchir pour quiconque veut évoluer dans ce secteur. Même pour les diplômés d’autres domaines que l’on peut trouver au milieu d’une population non qualifiée qui, le temps d’un job d’été sont venus au métier d’aide à domicile – « métier qui demande essentiellement du bon sens et de la bienveillance », précise notre interlocuteur –, et y reviennent parce que, faute de trouver du boulot dans leur domaine, ils sont prêts à prendre un job alimentaire et parce que le médico-social recrute régulièrement. L’enquête sur les besoins en main d’œuvre (BMO) 2016 de Pôle emploi recense ainsi 53 400 projets de recrutement d’aides à domicile et d’aides-soignants..

Les établissements ont eu recours pendant des années à des profils « faisant fonction », c’est-à-dire non diplômés, d’aides-soignants notamment. Aujourd’hui, dans un contexte où le public « s’américanise », c’est-à-dire porte plus plainte qu’autrefois, les diplômes sont obligatoires, ils valident l’acquisition des bonnes techniques et prouvent qu’on occupe un poste dont on a les qualifications. Mais, alors que les besoins des structures concernent aussi les postes d’encadrement, alors que le manque de candidats est réel, du fait notamment de salaires très bas (un infirmier en fin de carrière touche 18 à 20 euros brut de l’heure dans le privé et moins dans le public), « les personnes du terrain, qui ont l’expérience et le savoir-faire, sont nombreuses à refuser le retour à l’école ou la VAE pour obtenir un diplôme, seul moyen d’évoluer dans leurs fonctions », constate Loïc Marques.

Connaître les bonnes portes auxquelles frapper pour trouver les aides à la formation

Les établissements accompagnent de façon variable la volonté personnelle des profils terrains désireux d’évoluer. Il faut aussi savoir que les formations internes ne sont pas diplômantes. « Le Greta peut accompagner l’évolution et il existe aussi des dispositifs de formation en alternance, comme le contrat de professionnalisation intérimaire », indique-t-il.

Des aides à la formation existent mais il faut frapper aux bonnes portes et les connaître n’est pas une sinécure. Outre le Greta, qui dépend de l’Éducation Nationale, on peut s'adresser, pour les formations d'aide-soignant et d'infirmier, aux instituts de formation qui dépendent du Ministère de la Santé, il en existe un par département. Les Missions locales sont aussi de bonnes sources d’information, de même que les agences d’intérim et les cabinets de recrutement spécialisés dans le médico-social.

Sophie Girardeau