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L'exode des jeunes diplômés français : fantasme ou réalité ?

L'exode des jeunes diplômés français :  fantasme ou réalité ?

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Jeunes de France, barrez–vous ! Ambiance en septembre 2012 quand l’appel d’un rappeur, d’un journaliste et d’un communicant retentit dans les médias, enjoignant les enfants de la patrie à déserter un pays qui ne leur offre plus un avenir digne de ce nom. Difficile à ce jour de savoir quel est l’impact d’un tel mot d’ordre sur les jeunes diplômés. La mondialisation, le contexte politique et économique donnent des envies d’ailleurs à certains d’entre eux, cependant, un Eldorado de l’emploi à quelque endroit du monde, ça n’existe pas.

6%, 10%, 15% ? Des pourcentages de jeunes diplômés débutant à l’international. Des chiffres à prendre avec des pincettes tant la notion de jeune diplômé recouvre des filières, des niveaux de diplômes différents, tant les résultats varient selon les écoles et universités, tant les sources des données sont éclatées et donc l’information, parcellaire.

Les résultats de l’édition 2012 de l’enquête d’insertion des jeunes diplômés de la Conférence des Grandes Ecoles (CGE), par exemple, révèlent, page 31, que moins de 15% des jeunes diplômés de ces écoles débutent à l’international, dont 9,7% d’ingénieurs et 18,2% de profils école de management. De 2001 à 2012, les résultats de cette enquête oscillent entre 10 et 15%, avec un pic en 2008, au moment où la crise s’est déclarée. Depuis, pas de grandes manœuvres observées pouvant, dans un contexte politique et économique tendu, faire redouter une fuite des cerveaux. Encore faudrait–il qu’il en soit question car, comme le constate Séverine Jauffret, directrice du département Career Services de l’Essec, « de plus en plus d’entreprises exposent très rapidement les jeunes diplômés à l’international, c’est un effet induit de la mondialisation et également de l’augmentation des échanges avec les écoles et universités étrangères. Elles recherchent de plus en plus des jeunes ayant vu autre chose que le paysage français avant l’obtention de leur diplôme. »

Pour expliquer l’écart entre ingénieurs et managers, rappelons que si les écoles de management forment leurs élèves pour qu’ils puissent aller travailler partout dans le monde, les écoles d’ingénieurs généralistes sont au début de l’anglicisation de leurs cursus. De plus, quand parmi ces dernières, certaines d’entre elles ont un taux d’emploi en France de 80% – c’est le cas de l’ISA Lille – l’international n’est pas la condition sine qua non du job.

Nuançons également selon les métiers. Quand dans les métiers de la finance de marché le volume des recrutements a été divisé par trois à Londres en 2012, il en va autrement dans les métiers du marketing, du contrôle de gestion, de l’audit ou du conseil. Séverine Jauffret a observé sur les cinq dernières années une augmentation du nombre de nouvelles recrues démarrant à l’international sur ces fonctions. S’agit–il pour autant d’un abandon de l’Hexagone ? Non car « ce sont souvent des départs provisoires et cette migration peut être un atout dans le CV du jeune diplômé. Qui plus est, il y a de plus en plus de postes internationaux en France, c’est un vrai changement, qui va dans le sens d’une véritable internationalisation de ces profils », note–t–elle.
La population des écoles de rang A n’est toutefois pas représentative des jeunes diplômés français. Et le titulaire d’un BTS ne partira pas dans les mêmes conditions qu’un profil issu de Polytechnique.

Dans les universités on trouve bien 15% de diplômés qui occupent un poste à l’étranger trente mois après l’obtention de leur diplôme¹, dans les 30% qui sont accueillis en Ile–de–France, dans les 44% qui sont titulaires d’un Master. Un résultat qui reflète peu les disparités existant d’une Fac à l’autre. À l’Université de Bourgogne, parmi les diplômés français de Master 2, de la promotion 2009, 6% exercent à l’étranger. Il y en avait 5% dans la promo 2008. Une légère hausse dont on ne sait si elle se confirmera et s’accroitra à l’avenir. Parmi ces diplômés travaillant à l’étranger, 12% viennent de Lettres, 8% de Sciences, Technologies et Santé, 4% de Sciences Humaines et Sociales et 2% de Droit, Économie et Gestion. C’est chez les doctorants que la culture internationale est la plus marquée, sauf qu’en France le doctorat n’est pas considéré comme un diplôme professionnel, il est pourtant l’équivalent du PhD et donc le seul diplôme français reconnu à l’international. Nous n’avons pu obtenir de données relatives aux flux de cette population de l’autre côté de nos frontières.

Par ailleurs, « il n’y a pas d’Eldorado de l’emploi car dans le monde entier la pénurie de candidats coexiste avec le chômage», rappelle Oliver Sheppard, chargé de mission à Pôle Emploi International. Même si le marché de l'emploi au Canada est très dynamique, même si ce pays² s’appuie sur les jeunes et leur fait confiance, tout comme Singapour. Même si le marché de l'emploi en Allemagne est pénurique et accueille donc volontiers des compétences venues d’ailleurs. Partout dans le monde la concurrence avec les autochtones doit pousser les migrants à s’adapter, à être prêts à commencer en bas de l’échelle, après avoir rangé leur diplôme dans leur poche. C’est particulièrement vrai dans les pays anglo–saxons.

Ainsi, partir équivaut parfois à accepter de faire des jobs qui ne correspondent pas à son diplôme. Une réalité qui ne décourage pas les plus aventuriers – on les découvre au détour de conversations informelles, prêts à s’en aller à l’autre bout de la Terre grâce aux Working Holyday Visas par exemple. Partout dans le monde, le turn–over est important dans les entreprises des secteurs de l’hôtellerie et de la restauration, du commerce, dans les centres d’appel – ceux implantés en Irlande par exemple recrutent régulièrement. « Tous les pays recherchent la même chose. Si l’Allemagne, la Scandinavie, l’Autriche ont des besoins, ce n’est pas forcément sur les postes que vise un jeune diplômé », conclut M. Sheppard.

Sophie Girardeau, Déc 2012

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¹Source : Dernière note d’information de la Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance (enquête menée début 2011 d’après les chiffres 2008).

²Pôle Emploi International et l’Ambassade du Canada ont organisé en novembre dernier un forum de l’emploi : Destination Canada. Suivez le fil Twitter @DestCan pour vous tenir informé des prochaines éditions. Bon à savoir, 99% des candidats qui rentrent dans ce forum sélectif sont potentiellement embauchés.