Comment gérer un manager nocif ?

Qui n’a pas déjà croisé sur son chemin professionnel un manager difficile à vivre ? Gaël Chatelain, conférencier et écrivain explique comment gérer ce patron nocif et se veut rassurant : le management français est en plein bouleversement.  

Est-ce que le manager nocif est un phénomène nouveau ?

Non, les managers toxiques ont toujours existé. Dans les années 1960 par exemple, on était un bon manager si on criait sur ses salariés. C’est le regard que l’on pose sur le management et les exigences autour du poste qui sont entrain de changer.

A quoi reconnaît-on un manager toxique ? 

Si tous les matins, vous allez au travail avec une boule au ventre, il y a des chances que vous ayez à faire à ce type de manager. Mais attention, il existe des degrés différents de toxicité. Il y a le manager tyrannique, celui qui hurle, celui qui n’écoute jamais, celui qui ne partage jamais son savoir ou encore celui qui ne donne pas de sens à ses équipes. Pour moi, un manager toxique, c’est quelqu’un qui va à l’encontre de l’intégrité morale et éthique avec une forme de violence verbale et comportementale.

Comment peut-on gérer ce type d’individu ?

Il faut savoir dire non. Prendre son manager à part et lui dire qu’il ne peut pas vous parler comme cela ou vous traiter de la sorte. Certes, cela semble facile à dire mais prenez l’exemple de la libération de la parole autour du sexisme au quotidien. Parler avec ses collègues notamment peut aider à réaliser que tout n’est pas acceptable en entreprise.

Est-ce que les entreprises sont conscientes du problème ?

Oui parce qu’elles savent désormais que plus de 50% des démissions sont liées à un défaut de management. Parallèlement à la fuite des talents, le taux de chômage des managers en France est de 3,6%. Ils ont un super pouvoir et c’est pour cela que les entreprises sont obligées d’évoluer. Depuis deux ans, elles réalisent que ces managers ont des conséquences économiques catastrophiques car les jeunes générations refusent de travailler pour eux. L’enjeu est donc énorme car s’ils ne modifient pas leur mode de management, ils n’attireront plus de jeunes talents. Sans parler du burn out, ce fléau qui touche 10% des salariés français et qui nous place derrière le Japon. Contrairement à la France, l’OMS vient de déclarer le burn out comme maladie professionnelle. Il y a donc une prise de conscience extrêmement forte. Des DRH ont même été requalifiés directeurs du changement.

Comment les entreprises entendent-elles progresser dans ce domaine ?

Cela suppose des formations, de se séparer d’un certain nombre de profils. De plus en plus d’entreprises font désormais évaluer les managers par leurs équipes et ce, de façon anonyme. Longtemps, le manager était jugé uniquement sur ses performances chiffrées mais pas sur ses performances humaines ce qui est tout à fait anormal. C’est cela l’avenir : donner la parole aux salariés pour savoir s’ils se sentent bien dans leur entreprise et avec leur manager.

Selon vous, pourquoi y a-t-il un problème de management en France ?

 

Si vous regardez les programmes des écoles de commerce ou d’ingénieurs, il n’y a quasiment pas de cours de management. Ces écoles sont là pour former des opérationnels et les jeunes diplômés sont rarement recrutés pour être des managers. Et il faut aussi avoir une appétence pour ce métier. Seulement 20% des jeunes veulent devenir manager. Tant mieux puisqu’en France, le nombre de managers dans une structure est de 13%. Et puis, les paradigmes ont changé. Aujourd’hui, les jeunes diplômes veulent un équilibre vie personnelle /professionnelle. Pour nombre d’entre eux, devenir manager n’est pas une fin en soi.

 

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