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L’intérim, un choix de carrière ?

L’intérim n’est plus perçu aujourd’hui comme un pis-aller. Il peut même représenter un véritable choix de carrière pour les fonctions pénuriques.

Aïda Mboup, gestionnaire paie intérimaire depuis 2009, parle d’un « véritable choix ». Elle raconte : « J’ai débuté sur des postes salariés mais l’intérim va beaucoup plus vite. Un gestionnaire paie qui tombe malade doit être immédiatement remplacé, j’obtiens des réponses correspondant à mon cœur de métier dans les deux jours. » Depuis une première mission de neuf mois qui a très bien marché, Aïda enchaîne les missions.

J’ai des compétences, ne pourrais-je pas être multi-employeurs ?

« De nos jours, la question est pertinente, ne réfléchir qu’en termes de CDI n’est pas très réaliste au regard de l’état du marché de l’emploi », pointe Béatrice Louvet, directrice générale du Groupe Transition. Qui plus est, l’intérim est un moyen d’entrer en contact avec les entreprises qui, éventuellement, peuvent ensuite proposer le poste en direct. « Sept fois sur dix, on est sollicité pour des missions de long terme pouvant déboucher sur un CDI », précise-t-elle.

Pour quels profils ?

L’intérim concerne les profils intermédiaires : agents de maîtrise et employés. « Les fonctions pénuriques, gestionnaire paie ou tourneur fraiseur par exemple, sont sûres, en étant repérées par des agences, d’avoir le choix des missions, de travailler tout le temps et d’organiser leur temps comme elles le souhaitent », constate Béatrice Louvet. L’expérience d’Aïda le confirme : ses périodes d’inter-contrats n’excèdent pas trois mois par an et elle évoque comme un avantage la possibilité de dégager ce temps pour vivre d'autres choses.

À quelles conditions ?

Les intérimaires ont en commun l'envie de ne pas se scléroser et de découvrir des environnements nouveaux. Le statut demande une grande adaptabilité, de la curiosité intellectuelle, de l’ouverture d’esprit. « L’intérim est fait pour les personnes qui n’ont pas peur que les choses se finissent », souligne Béatrice Louvet. Un fond de confiance en l'avenir est nécessaire, même s'il ne vaccine pas contre le doute, de même qu'une capacité à organiser son budget en tenant compte des périodes d'inter-contrat.

« Il faut savoir se détacher des équipes, c’est parfois difficile, il peut y avoir une grosse émotion au moment du départ. Et si une mission se passe moyennement bien, je prends sur moi, je me dis que ce n’est pas grave puisque j’ai une date de fin », explique Aïda.

La complicité avec les agences est une autre condition pour que l’intérim soit vécu sereinement sur le long terme. Notre témoin, basée à Marseille, a su créer et entretenir une relation de confiance avec toutes les agences locales qui cherchent des profils paie.

Les plus

« Qu’est-ce que j’ai appris en deux ans au lieu de quinze ! », témoignent les intérimaires que rencontre Béatrice Louvet. Aïda Mboup est pour sa part consciente de la richesse d’un profil comme le sien : « J’ai découvert plusieurs contextes, plusieurs méthodes de travail, plusieurs logiciels de paie, plusieurs conventions collectives. »

La rémunération attractive est un autre avantage de l’intérim : payée au réel, c’est-à-dire pour les heures effectuées, bénéficiant d’une prime de précarité de 10%, elle touche un brut. En termes de formation, l’intérimaire bénéficie des mêmes avantages que le salarié. De même pour la participation dans les structures qui l’ont mise en place, au-delà de trois mois d’intérim. Le feedback systématique des agences est également appréciable. « Contrairement à un candidat à un CDI, un intérimaire n’a pas à se vendre auprès d’une entreprise, l’agence est son meilleur commercial », ajoute Béatrice Louvet.

Les moins

Pas de crédit possible, ni de location – Aïda a pu louer son appartement à l’époque où elle était salariée –, mutuelle onéreuse : le système ne favorise pas le quotidien des intérimaires. Le Fastt propose cependant toute une palette de services à la vie courante et à l'emploi, pour faciliter la mobilité et lever les freins qui peuvent empêcher de prendre des missions.

« Le jour où l’on veut s’installer dans un poste, on peut le redouter, se demander si on ne va pas vite se lasser après avoir connu tant de contextes différents », remarque Béatrice Louvet.

Il faut, évidemment, pointer la précarité du statut. Toutefois, dans un marché qui ne propose pas de stabilité, les intérimaires, comme les managers de transition et les indépendants, ne sont-ils pas mieux armés que d'autres pour la vivre puisqu'ils l'ont intégrée comme une donnée avec laquelle composer tous les jours ?

Sophie Girardeau

Pour compléter, les derniers chiffres de Prism'emploi (note mensuelle de conjoncture, juin 2014) : "En mai 2014, le chiffre d’affaires du travail temporaire est en croissance de 1,5% (en données cjo, par rapport à mai 2013). Dans le même temps, le nombre d’heures prestées augmente de 1%. En juin 2014, le nombre d’intérimaires en mission diminue de 2,8%. Au cours du 1er semestre, celui-ci se contracte de 3,4%. Dans le détail régional, les régions Haute-Normandie, Champagne Ardennes et Nord pas de Calais, enregistrent des tendances nettement supérieures à la moyenne. Celles-ci, portées par une orientation plus industrielle, sont caractérisées par des croissances comprises entre 2,8% et 7,8%."


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