Quand on a peu d’expérience, c’est son potentiel qu’il faut valoriser

Quand on a peu d’expérience, c’est son potentiel qu’il faut valoriser

Vous êtes un jeune diplômé sur le point de passer un entretien d’embauche. Le recruteur sait que vous manquez d’expérience, s’il veut vous rencontrer c’est qu’il souhaite découvrir votre potentiel. Conseils pour le mettre en valeur.

 

« Il est très compliqué de distinguer un jeune diplômé d’un autre par rapport à ses stages et sa formation, les recruteurs de différents environnements regardent donc les hard skills[1] et les soft skills[2] », note Mickaël Cabrol, fondateur d’Easyrecrue, éditeur de solutions logicielles destinées au recrutement.

Un nouvel entrant sur le marché du travail a peu ou pas développé de compétences techniques, d’autant moins s’il a peu de stages, jobs étudiants ou jobs d’été à son actif, il a donc tout intérêt à se démarquer grâce à sa personnalité, sa motivation, sa connaissance de l’entreprise, sa capacité à s’y intégrer et à s’y engager durablement. « Un jeune diplômé qui postule chez Accenture par exemple doit avoir réfléchi à l’environnement du poste et se demander s’il est prêt à travailler dans un groupe où tout est processé ; s’il envisage cette expérience comme un bon moyen de compléter sa formation, il faut qu’il sache que c’est une motivation pas rassurante pour l’employeur », illustre-t-il.

Connaître ses talents et compétences

Les jeunes ont-ils suffisamment conscience que des talents et des compétences existent ou s’acquièrent indépendamment d’une expérience professionnelle ? « D’une façon générale, ils sous-estiment ce qu’ils ont fait quoi qu’ils aient fait, comme si leurs réalisations, leurs actions hors du champ professionnel ou hors d’un CDI ne valaient rien. Ils considèrent le stage comme l’ultime étape du parcours scolaire, pas assez « sérieux » selon eux aux yeux des employeurs », observe Arthur Walus, responsable du career center et des relations entreprises de l’INSEEC.

Pourtant, dans un parcours de vie, dans une passion, un engagement on peut « voir comment le talent de la personne s’exprime », note Ingrid Gras, coach Mysuccess. Elle conseille donc de « lister ce qu’on aime faire, avec plaisir, avec facilité, avec régularité – des notions importantes pour la motivation –, et de savoir le traduire dans le langage de l’entreprise ».

Savoir parler le langage de l’entreprise pour montrer qu’on est déjà tourné vers elle

Un passionné de mécanique qui passe la plupart de son temps libre à bricoler des voitures peut mettre en avant sa capacité à se concentrer sur un travail minutieux et sa persévérance. Un trésorier du bureau des élèves (BDE) peut parler de relations fournisseurs et de gestion de budget, un président de BDE, évoquer le management d’équipe. Des découvertes et apprentissages à l’étranger, en plus des langues, renseignent autrement mieux un recruteur sur les aptitudes d’un candidat qu’un catalogue de globetrotter, il faut donc les valoriser.

C’est un art du récit qu’il s’agit de développer, pour montrer qu’on a su tirer profit d’une expérience, même banale, et qu’on sait voir quel atout elle serait dans le cadre du poste visé – le but n’est pas de parler d’une expérience pour en parler mais pour la relier avec les attendus du poste. « Il s’agit de créer des passerelles vers le monde de l’entreprise, cela montre qu’on est déjà tourné vers elle, c’est un peu du storytelling », poursuit Arthur Walus.

Trouver la juste façon de parler de soi

Selon leur tempérament, leur cursus, les jeunes pêchent par excès de modestie ou par excès d’assurance. Une sorte de paralysie s’empare d’eux lorsqu’il s’agit de répondre à la fameuse demande « Parlez-moi de vous », ou bien les voilà transformés en directeur commercial, voire général, à peine sortis de l’école. Il faut être préparé à y répondre en parlant, avec justesse et congruence (c’est-à-dire sans contradiction entre les mots et la posture), de sa personnalité, de ses compétences et de sa motivation. « L’intérêt pour le métier, le dynamisme se traduisent dans l’attitude et l’attitude congruente permet de les transmettre plus facilement au recruteur », explique Ingrid Gras. Votre motivation devient palpable en effet dans l’énergie que vous dégagez.

Développer une intelligence de situation

Sachez que lorsqu'un recruteur objecte votre manque d’expérience, c’est votre façon d’y répondre qui l’intéresse. « Le recruteur cherche le potentiel et non l’expérience. Le potentiel peut notamment s’exprimer dans l’énergie (l’enthousiasme, l’envie, la motivation…), une énergie en phase avec la culture de l’entreprise. Dans une startup Internet par exemple, on valorise entre autre la rapidité », indique Bernard Soria, vice-président de la Société Française de Coaching (SFCoach). Reste à trouver le bon niveau d’énergie, jamais le même selon les situations d’entretien.

Cela passe par la capacité à créer le dialogue avec son interlocuteur, « à se comporter, dès le début de l’entretien, autrement que comme un élève qui récite une leçon, il ne faut pas pour autant se ruer dans ce qu’on a à dire et raconter toute son histoire avant même que les questions arrivent, et à questionner aussi soi-même », ajoute-t-il. L’exercice est exigeant, demande beaucoup de préparation sur le fond et sur la forme, pour savoir dire qui on est, ce qu’on fait, ce qu’on a envie de faire, mais c’est à ce prix que l’on développe « une intelligence de situation, n’oubliez pas qu’il s’agit de montrer sa personnalité dans un processus compétitif », insiste Bernard Soria. Dans l’entretien, la conclusion compte autant que l’introduction. Demander à chaud, et habilement, un feedback peut marquer l’esprit du recruteur car peu de candidats s’y risquent.

Travailler n’implique pas que des compétences techniques, ce qui se joue en entretien est aussi l’envie de travailler avec quelqu’un, c’est pourquoi la personnalité compte tant. « Un manager apprécie de pouvoir se dire qu’un aller-retour en TGV avec un collaborateur ne sera pas une corvée. Il faut être conscient qu’en entreprise, contrairement à l’école, on passe ses journées avec les gens », conclut Arthur Walus.

Sophie Girardeau

[1] Compétences techniques, savoir-faire. [2] Compétences relationnelles et comportementales, savoir-être.

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