La situation de l’apprentissage après la crise sanitaire

L’apprentissage voyait la vie en rose en 2019. Puis la crise sanitaire a frappé, provoquant de nombreuses inquiétudes sur la formation professionnelle.


Boosté par la loi du 5 septembre 2018 qui ambitionnait de développer l’offre de formation et convaincre les entreprises de miser sur cette combinaison gagnante, l’apprentissage commençait enfin à convaincre : au 31 décembre 2019, le Ministère du Travail recensait 491 000 apprentis en France, soit une hausse de + 16% par rapport à 2018. Aujourd’hui, et malgré les nouvelles mesures d’aide du gouvernement, les conséquences de la crise sanitaire menacent de plein fouet les jeunes apprentis. Face à cette situation exceptionnelle, Monster s’est entretenu avec Aurélien Cadiou, président de l’Association nationale des apprentis de France (ANAF).

 

Le gouvernement : priorité à l’apprentissage

Le climat actuel est à la frilosité face à l’apprentissage, certains secteurs prévoyant même une chute de 20 à 40% des offres d’alternance. Le gouvernement a donc annoncé des aides pour encourager les entreprises à miser sur l’apprentissage avec une enveloppe qui se chiffre à 1 milliard d’euros.  A partir du 1er juillet 2020 et jusqu’au 28 février 2021, toutes les entreprises qui accepteront un jeune en contrat d’apprentissage recevront 5 000 euros pour un apprenti mineur et 8 000 euros pour un apprenti majeur, un coût du recrutement faible pour la première année du contrat d’apprentissage. Autre nouveauté, les jeunes qui débuteront une formation entre le 1er août et le 31 décembre 2020 bénéficieront d’un délai de 6 mois (contre trois mois auparavant) pour trouver une entreprise. Les apprentis pourront également rester dans leur CFA sans contrat pendant 6 mois et le centre sera financé pour assurer son accueil. Les autres mesures visent à aider les CFA à financer l’achat de matériels informatiques dans le cadre de l’aide au premier équipement ou encore de proposer au jeune qui choisit son apprentissage sur Parcoursup ou Affelnet de recevoir au moins une proposition.


Est-ce que les mesures annoncées par le gouvernement vous rassurent ?

« Les mesures vont dans le bon sens et l’incitation financière est conséquente. Malgré tout, nous aurions souhaité quelques ajustements. Tout d’abord, il serait nécessaire d’obtenir un engagement volontaire de l’entreprise pour accompagner l’apprenti. Nous voudrions une obligation de formation du maître d’apprentissage, entre 2 et 4 jours, car aujourd’hui, ces formations se font sur la base du volontariat. L’entreprise doit investir un peu de temps pour s’assurer que l’apprenti soit bien accueilli, ce qui n’est pas toujours le cas. En ce qui concerne l’extension du délai à 6 mois, nous aurions préféré un an. En effet, si un jeune ne trouve pas de contrat au bout des 6 mois, il sera obligé de quitter son CFA, en plein de milieu d’année scolaire et il lui sera compliqué de trouver un établissement. Le risque, c’est que le jeune finisse par décrocher. Un an lui permettrait - s’il ne trouve pas d’employeur – de basculer en deuxième année dans un lycée pro et ainsi de maintenir un cycle scolaire habituel. Quant aux CFA, ils n’ont aucune obligation d’accueillir les jeunes qui n’ont pas de contrat. Alors que se passera-t-il si les CFA ne souhaitent pas prendre ce risque ou si au bout du 6 mois, ils n’ont plus de financement pour ces jeunes ? »
 

Espérez-vous que ces mesures pourraient évoluer au cours des prochains mois ?

« C’était le message du cabinet de Muriel Pénicaud, (aujourd’hui ex-ministre du travail, remplacée par Elisabeth Borne, ndlr). Leur objectif est de miser sur l’investissement des CFA dans la recherche de contrat pour les jeunes. Si besoin, le Ministère réévaluera au cours de l’année scolaire, cette période des six mois ». 

 

Est-ce que vous êtes plus optimiste?

« L’économie redémarre à peine. Certaines entreprises sont encore entrain de se déconfiner, les RH sont occupés par le chômage partiel et les mesures sanitaires à appliquer. Les CFA constatent une baisse de 30% des offres d’alternance, ils n’ont pas l’impression que les annonces ont permis de débloquer la situation. La preuve que, dans ce contexte économique incertain, l’incitation financière ne suffit pas : une entreprise qui n’a pas de visibilité sur 6 mois ne voudra pas s’engager avec un jeune. Les branches professionnelles ou les organisations patronales devraient miser sur des campagnes de communication pour mettre en avant des employeurs et des maÏtres d’apprentissage. On a besoin que toutes les entreprises s’engagent, pas seulement celles qui prennent déjà des apprentis ».    

 

Quels sont vos conseils aux apprentis ?

« Postuler avec des candidatures de qualité. Et puis, il faut surtout mentionner au recruteur que le candidat a compris que la situation n’était pas forcément propice à l’embauche. C’est un bon moyen de se démarquer. Il peut aussi mentionner subtilement les mesures d’aide. Enfin, il doit miser sur la candidature spontanée car plus de la moitié des apprentis ont été embauchés par des candidatures spontanées ».

 

L’apprenti doit donc étudier le marché caché ?

« Et c’est une problématique car on n’a pas appris aux jeunes à chercher une entreprise. Nous les accompagnons dans le processus en commençant par déterminer leur mobilité géographique pour ensuite identifier les entreprises du secteur. Il existe aussi La bonne alternance de Pôle Emploi, un outil recensant les entreprises qui embauchent régulièrement des apprentis. Plus globalement, il faut se faire accompagner, ne pas hésiter à solliciter son centre de formation dont c’est la mission, ainsi que les chambres de commerce et les chambres d’artisanat. A l’ANAF, nous avons aussi un Tchat, SOS apprentis.fr qui dirige les futurs apprentis vers les bons acteurs du secteur ».    

 

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