La pause déjeuner va-t-elle disparaître en France ?

La pause déjeuner va-t-elle disparaître en France ?

Une question banale qui a plus d’importance qu’il n’y paraît, synonyme d’un bouleversement profond de la culture du travail.

Touche pas à ma pause déjeuner

En France, on ne rigole pas avec la sacro-sainte pause déj. Pour preuve, une étude parue en mai 2017 et menée par Edenred confirme que sur 14 pays sondés, les salariés français sont ceux qui prennent le plus de temps (45 minutes) pour déjeuner. Une autre étude du comptoir Malakoff Médéric estime quant à elle que ce moment est « un levier sous estimé pour la santé ». Et même si 56 % des salariés considère que le déjeuner reste un moment de détente, 59 % déjeunent régulièrement sur le pouce et 32 % sautent même fréquemment ce repas selon l’étude d’Ipsos / Logica Business Consulting sortie en 2015. Alors est-ce la fin de l’entrée-plat-dessert si cher au salarié français ?

 

Le présentéisme, une maladie bien française

Auteur de « Mon boss est nul mais je le soigne », conférencier et consultant, Gaël Chatelain n’est pas très favorable à la pause déjeuner « obligatoire ». Il préconise plutôt de laisser le choix aux salariés. « Prenez la Suède : 40% des suédois sautent même deux pauses déjeuners par semaine. La contrepartie, c’est qu’après 16h30, plus personne ne travaille ». La méthode suédoise risque malgré tout de prendre du temps à s’implanter dans l’hexagone. « Le problème en France c’est le présentéisme, il faut à tout prix être au bureau. Chez les cadres, on légitime son pouvoir en travaillant tard. Les entreprises doivent enfin comprendre qu’un collaborateur qui part à 17h n’est pas forcément un fainéant ». Un état d’esprit très proche de l’entreprise au Japon, pays malheureusement célèbre pour stigmatiser ses employés

 

Vers une vie de bureau plus souple

Pour Gaël Chatelain, la matrice de la vie en entreprise va évoluer sous l’impulsion des générations Z et Y. Chacun sera libre de choisir, car nous ne sommes pas tous construits dans le même moule. « Avec les jeunes générations, l’avenir tend vers l’adaptabilité totale. L’enjeu notamment pour le recrutement, sera de proposer une réflexion à l’objectif et à la tâche. En 2030, les générations Y et Z représenteront 70% de la population active : les entreprises n’auront pas le choix, si elles veulent garder les talents, elles vont devoir évoluer ». En effet, ces générations ont une relation au travail différente d’où une mutation nécessaire de l’entreprise qui devra s’interroger notamment sur sa culture managériale. «  Avant, l’entreprise traitait les entreprises comme une masse, désormais il faut s’adresser aux individus » souligne Gaël Chatelain.

 

La pause déjeuner à la carte

Morale de l’histoire. Si vous travaillez dans une entreprise qui a déjà adopté la « Swedish Way », vous pouvez aménager votre temps et rentrer plus tôt chez vous. Sinon, si vous êtes comme la majorité des salariés dans une structure encore à l’ancienne, ou si vous n’êtes absolument pas prêt à renoncer à votre pause, alors profitez-en vraiment : déjeunez avec vos amis, organisez vos rendez-vous personnels, faites du réseautage, choisissez de faire une petite sieste ou bien déjeunez avec vos collègues comme 80% des salariés. Mais attention à la pause détente déguisée en boulot prévient Gaël Chatelain qui préconise plutôt de « socialiser entre collègues dans des espaces détentes conviviaux. C’est plus créatif et ça augmente le bien-être ».