Les clefs d'une alternance réussie

L’alternance est un dispositif exigeant qui demande de jongler entre le système scolaire et celui de l’entreprise. Elle doit être abordée comme un contrat de travail et pas seulement comme un mode de formation, avec tout ce que cela comporte de recherche d’emploi et d’adaptation aux attentes et codes de l’entreprise.

Comme le souligne Yves Hinnekint, directeur général d’Opcalia, structure de conseil et financement en matière de formation continue , « l’alternance est en Allemagne bien orientée qualification/emploi alors qu’elle est en France orientée diplôme, or il faut savoir que chercher un contrat de professionnalisation équivaut à chercher un premier emploi, le choix de l’entreprise doit donc être pensé au même moment que celui de la formation ». De mauvaises raisons peuvent pousser un jeune à choisir l’alternance, en contrat d’apprentissage ou en contrat de professionnalisation : s’émanciper grâce à l’argent gagné, fuir le système scolaire ou alléger la masse de travail scolaire. Mauvais calculs, « certains jeunes imaginent un salaire qui les rendra autonomes or les minima prévus par le Code du travail ne garantissent pas forcément une indépendance financière et les candidats, selon leur profil, ont plus ou moins de latitude pour négocier ; par ailleurs, un alternant doit s’attendre à une charge de travail accrue, il cumule en effet le travail en entreprise et celui à fournir pour l’école ou l’université », pointe Ludivine Coste, conseillère orientation au service coaching orientation de L’Étudiant.

Un choix véritable et non par défaut

Une alternance réussie c’est d’abord une alternance choisie et non subie, c’est un projet. Cela demande de : - savoir si l’on est suffisamment mature pour intégrer le monde de l’entreprise, - pouvoir formuler le plus clairement possible ses motivations (plus facile à dire qu’à faire, oui) ; « en avez-vous à ce point assez de la théorie, êtes-vous prêt à renoncer à un enseignement général ? sont des questions à se poser », conseille Ludivine Coste, - peser sa décision, pas de précipitation ! - choisir le secteur professionnel où l’on peut s’épanouir, - sélectionner la formation et donc « d’accepter l’idée d’être mobile, à 18 ans, ce peut être difficile », note Yves Hinnekint, - sélectionner les centres de formation propres au métier envisagé en s’assurant qu’il y ait des entreprises en lien avec cette formation.

Chercher un contrat de professionnalisation comme on cherche un premier emploi

Bien des jeunes pêchent par manque d’anticipation et se privent ainsi d’un véritable choix. Pour une rentrée en septembre par exemple, fréquentez forums et salons et envoyez des candidatures en avril. « Chercher un employeur suffisamment en amont permet non seulement de pouvoir choisir entre plusieurs propositions, mais encore de valider son projet, de vérifier que le contrat d’alternance va réellement permettre de travailler en lien avec le diplôme que l’on prépare », rappelle Ludivine Coste. Choix de la taille de la société en fonction de son projet (souhaite-t-on découvrir tous les rouages de l’entreprise comme c’est possible en TPE/PME ? envisage-t-on des missions internationales ou souhaite-t-on une référence prestigieuse de grand groupe sur son CV ?), de son implantation (vérifier la distance entre domicile et lieu de travail), préparation aux entretiens qui sont de véritables entretiens de recrutement : ce travail et ces rencontres avec le monde de l’entreprise en amont vous préparent au terrain. « Il importe de voir des fonctionnements d’entreprise différents afin de déterminer lequel vous convient », complète-t-elle.

Accepter les codes de l’entreprise 

Votre recherche a abouti, vous voilà alternant, coiffé tantôt d’une casquette d’élève ou d’étudiant, tantôt d’une casquette de salarié. En entreprise, la position d’observateur vous aidera à apprendre à connaître les gens avec lesquels vous travaillez : « Mieux vaut écouter avant de communiquer vos idées, vous êtes là pour apprendre, l’humilité est nécessaire », précise Ludivine Coste, plus particulièrement à l’attention des élèves issus de grandes écoles – il existe en effet une offre alternance dans l’enseignement supérieur. De plus, confondre pause café ou cigarette avec récréation peut se faire à vos dépens. « Gardez toujours une réserve dans vos propos, une mauvaise ambiance est si vite arrivée », ajoute-elle, surtout à l’adresse de ceux qui n’ont jamais mis un pied en entreprise. Savoir-vivre, respect des codes vestimentaires propres à votre environnement de travail, des horaires, de votre hiérarchie : les basiques du comportement professionnel qui doit être le vôtre.

Construire une relation avec son tuteur

Enfin, la réussite d’une alternance passe aussi par l’échange – point encore très perfectible du dispositif –, avec son responsable pédagogique en formation, avec son tuteur en entreprise. « L’alternant doit construire sa relation avec son tuteur, ne pas hésiter à aller vers lui en cas de difficultés, c’est cet échange qui va orienter vers la qualification, vers l’emploi, c’est donc très important », conclut Yves Hinnekint.

Sophie Girardeau

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