Les secteurs qui recrutent malgré la crise

Toujours malmenée par la crise sanitaire, la France n’en finit pas de faire l’état des lieux de son économie. Quels secteurs ont été épargnés par la Covid-19? Quels sont les profils recrutés? Réponse avec Romain Dionnet, Directeur Adjoint au cabinet de recrutement Hays.  

 

  • Des recruteurs relativement optimistes malgré la seconde vague

À mesure que la situation sanitaire se détériore à nouveau, l’incertitude économique règne toujours. Mais entre temps, le pays a su s’adapter. « En mars, tout le monde a été pris de cours. Certaines entreprises avaient déjà mis en place une stratégie de digitalisation, le télétravail était une formalité. D’autres n’étaient pas prêtes et ont dû se digitaliser pour faire face à la distanciation sociale ». Ces derniers mois, les entreprises ont tout mis en œuvre pour ne pas revivre le choc du printemps. « Elles ont instauré des solutions pour digitaliser leurs procédures et normaliser le télétravail ». A la rentrée, Hays a donc pu dresser un premier constat sur le recrutement. Trois secteurs sortent leur épingle du jeu malgré un ralentissement général des recrutements. « On constate une baisse générale de 50% des offres d’emploi, 69% chez les jeunes diplômés et entre 10 à 20% chez les SSII » précise Romain Dionnet.

 

  • L’IT : stabilisation et candidats frileux

Avant mars 2020, l’IT était un secteur dynamique qui peinait à trouver et garder ses profils. Aujourd’hui, la démocratisation soudaine et massive du travail à distance n’a fait que « booster les besoins en matière de cyber sécurité et maintenance informatique » relate Hays qui identifie une recrudescence d’offres pour les développeurs sécurité, les architectes et ingénieurs cloud, les analystes de données ou les designers d’interface. Mais attention, les offres ont tout de même ralenti et les exigences salariales se sont aussi stabilisées. « Avant la crise, on comptait un candidat pour une dizaine d’offres. Maintenant, c’est un candidat pour 5 offres ». Et surprise, les talents habituellement nomades deviennent soudainement frileux et friands de stabilité. « Beaucoup de candidats ont arrêté le process de recrutement pour rester en poste, une première depuis le crash de 2008. C’est une réaction très surprenante dans un marché où les candidats peuvent changer de jobs tous les 6 mois ».

Si traditionnellement, l’Ile de France attire les talents IT, la situation est en passe d’évoluer. « Les candidats sont de plus en plus enclins à quitter la région grâce aux possibilités accrues de travailler à temps plein à distance. Il y a de plus en plus de hub IT, de sociétés, d’administrations publiques et de DSI qui s’installent en région, à Nantes, Montpellier, Bordeaux, Lille».

Dans un secteur avide de talents et d’inventivité, les jeunes diplômés ont-ils plus de chance de décrocher un job ? « Une entreprise préférera toujours des gens opérationnels immédiatement. Mais l’IT possède une culture free lance qui consiste à rechercher un profil avec des compétences précises pour une mission précise. D’ailleurs, la plupart des contrats sont des prestations de service ou des CDI ».  

Quid des soft skills ? Depuis le début de la crise, les recruteurs réclament des candidats agiles. Une qualité comportementale qui ne devrait pas poser de problèmes aux profils IT. « La méthode agile vient de l’IT. C’est une qualité prédominante dans un secteur où tout va tellement vite. Ce sont des profils capables de s’adapter. Pour résoudre mais aussi apprendre ».  

 

  • L’industrie : tous les secteurs ne sont pas égaux face à la crise

Les secteurs de l’aéronautique, de l’automobile et du luxe ont été frappés de plein fouet par la crise sanitaire. D’autres ont pu garder la tête hors de l’eau : l’agroalimentaire, l’industrie pharmaceutique, l’e-commerce. Aujourd’hui, Hays constate un regain d’intérêt pour les profils de gestionnaires de stocks, prévisionnistes de ventes, approvisionneurs, coordinateurs logistique, gestionnaires transport, responsables maintenance et responsables qualité. « La réouverture d’un site de production  ne se fait pas en un claquement de doigt. Il y a des procédures importantes à suivre en terme de maintenance préventive et normes qualités d’où le besoin massif des métiers de maintenance et de qualité ».

Dans ce secteur, les salaires se maintiennent, les offres se situant majoritairement en région. Et si on favorise le profil senior, les recruteurs peuvent être « moins exigeants, conscients du manque d’attractivité de certaines régions qui embauchent ». Quant au type de contrat proposé, « c’est un industrie qui mise beaucoup sur le travail temporaire. Elle a aussi de forts besoins en management de transition ».

Dans un secteur aussi vaste comprenant tant de secteurs différents, difficile de pointer une soft skill particulière. « On préférera des leaders car il y a beaucoup de management sur les sites de production. Il faut donc être très bon techniquement et humainement. Soit on a un profil expert dans son domaine d’activité soit on a un profil manager ».

 

  • La finance d’entreprise/Comptabilité : un secteur qui a su gérer la crise

Selon Hays, s’ils ont été affectés, « les métiers du chiffre l’ont néanmoins été dans une moindre mesure ». Une bonne santé qui créée des opportunités sur « des profils au sein des directions financières mais également sur des fonctions plus opérationnelles, telles que le contrôle de gestion, la gestion de paie, la comptabilité client ou encore l’audit ».  

Alors pourquoi ce secteur a su faire face à cette crise ? « La crise sanitaire n’a pas eu un grand impact sur la qualité du travail des salariés, facilité par le travail à distance » explique Romain Dionnet. En cette période agitée, les grands groupes et PME recrutent à l’exception des secteurs touchés par la crise qui vont geler leur recrutement. « Directeur financier, comptable, contrôleur de gestion, tous ces métiers vont être très en demande pour analyser l’état de santé financier de l’entreprise. Le chargé de recouvrement est notamment un profil très prisé : c’est lui qui s’assure du paiement rapide de toutes les factures ».

Si la majorité des offres sont des CDI, la finance a une particularité, les missions des managers de transition. « Pendant 6 mois ou un an, ces personnes vont auditer et faire des préconisations pour remettre la santé financière d’une entreprise à flot ». Sans grande surprise, le secteur favorise les profils expérimentés « à moins que le candidat junior dispose d’une vraie expertise à défaut d’une expérience. Dans tous les cas, les recruteurs veulent un candidat agile, capable de tout faire et de prendre du recul ». Pour l’instant, les salaires de ce secteur restent stables. Et Romain Dionnet de conclure : « Il serait d’ailleurs malvenu de profiter de cette période compliquée pour entamer une surenchère salariale ».   

 

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