Métiers et sexe : les professions ont-elles un genre ?

Métiers et sexe : les professions ont-elles un genre ?
Avez-vous déjà rencontré une femme pilote de chasse ou un homme puériculteur ? Pourquoi dans notre société moderne subsiste-t-il encore des métiers typiquement masculins ou féminins ? Question de configuration cérébrale ou de culture ? Tant de questions… quelques réponses ! La représentation des métiers est-elle sexuée ? Juridiquement parlant, les métiers sont tous mixtes. Pourtant, dans la pratique ils sont sexués. Selon l’INSEE, l’emploi des femmes est très concentré : 14 des 84 familles professionnelles comptent 70% de femmes, alors que 43 familles totalisent 70% d’hommes. Alors que les hommes travaillent dans la plupart des secteurs, les femmes travaillent en général dans les métiers des services à la personne et du social, des professions intermédiaires de la santé, de l’éducation et de l’enseignement. Ainsi on compte 99% de femmes assistantes maternelles contre 1% d’hommes ou 95% de chauffeurs hommes contre 5% de femmes. Pourquoi ? Parce qu’on attend des hommes dynamisme, force et stratégie, et des femmes, délicatesse, altruisme et rigueur. A eux les activités de commandement et exigeant de la technique, à elles les activités de service, de soin et de bien-être. Pour autant la donne a évolué en 20 ans. Les professions de juge, médecin ou policier se sont largement féminisées, ainsi que celles des personnels d’études et de recherche qui a doublé en 20 ans. Les nouveaux secteurs d’activité, comme les technologies de l’information, sont moins sexués. Mais la féminisation des secteurs de l’automobile, de l’énergie ou encore de l’aéronautique est toujours à la traîne. La faute au cerveau ? Les femmes sont incapables de décrypter une carte routière, les hommes pas fichus de communiquer simplement ? La faute à leurs hémisphères plus ou moins développés selon une théorie des deux cerveaux datant de 1968. Depuis, l’IRM est passé par là. Il a démontré qu’une fonction n’est pas cantonnée à un seul hémisphère. Et une méta-analyse1 conduite en 2004 a prouvé que, statistiquement parlant, il n’y a pas de différences anatomiques significatives entre les sexes. En conclusion, la différence entre les hommes et les femmes, si différence il y a, réside dans la différence des expériences et des apprentissages. Ou à la société ? Un homme et une femme vous reçoivent pour un entretien de recrutement. Qui est le DRH, qui est l’assistant ? S’ils ont à peu près le même âge il y a de fortes chances pour que vous pensiez que le directeur est l’homme. Ne vous en cachez pas, la majorité des gens autour de vous aurait pensé la même chose. Pourquoi ? Parce que depuis tout petit nous sommes élevés dans une société de genres. En grammaire, le genre n’a rien à voir avec le sexe, mais le mot homme est masculin, et le mot femme est féminin. Ce qui incite à la confusion des genres… justement. La représentation des hommes et femmes dans leur activité professionnelle devient un problème sociolinguistique qui conditionne l’image qu’on se fait des sexes. Rions-en 2 minutes : un courtisan est une personne faisant partie de la cour du roi, une courtisane est une … péripatéticienne. Mettez les mots entraîneur, masseur, ou encore gars au féminin. Résultat ? Plus sérieusement, rappelons que la 1e réflexion sur la féminisation des noms de métier initiée par un gouvernement français ne date que de 1984. Autre conditionnement dès l’enfance : aux garçons on offre des petites voitures, aux filles, des poupées. Et le comble, c’est que la littérature enfantine est encore plus sexuée que la réalité2 ! 2 fois plus de héros que d’héroïnes, des personnages masculins actifs représentés en extérieur, des personnages féminins passifs en intérieur… Ces stéréotypes sociétaux ont la vie dure… sauf en cas de coup dur. Pendant la 2nde guerre mondiale, ce sont les femmes qui ont fait marcher l’économie. Et quand une profession peine à recruter, on se tourne vers les femmes. Pour exemple, le secteur du bâtiment qui tente désespérément de se féminiser. A ce jour les femmes représentent ainsi 10% de la population active de ce secteur. Et l’orientation professionnelle dans tout ça ? Les garçons s’orientent plus volontiers vers les classes préparatoires aux grandes écoles que les filles. On ne compte par exemple que 30% de filles dans les filières d’ingénieurs. Elles choisissent plutôt les lettres, les langues, les filières paramédicales ou de services… réduisant d’autant leurs débouchés professionnels et l’évolution de leur carrière puisqu’elles s’orientent vers les secteurs les moins porteurs et les moins rémunérateurs. Les institutions publiques mènent des actions pour inciter à la mixité des métiers. Des campagnes d’information dans les collèges et lycées tentent de lutter contre la représentation sexuée des métiers. La Cité des Métiers édite des fiches métiers « Osez le métier de… » Quelques avancées qui permettront peut-être de réduire les écarts de représentation des hommes et des femmes dans les différentes catégories professionnelles.   1- Méta-analyse reprenant vingt-quatre études en IRM sur la mobilisation du cerveau dans le langage chez les hommes et les femmes, et récapitulant des expériences réalisées entre 1995 et 2004 sur 700 sujets. 2- Etudes de Anne Daflon-Novelle, docteur en psychologie, portant sur les représentations des 2 sexes dans la littérature enfantine.