Obtenir un vrai feedback, difficile mais pas impossible

Obtenir un vrai feedback, difficile mais pas impossible
Idéalement, un feedback, positif ou négatif, doit vous aider à savoir où en est votre candidature. Si elle est écartée, il vous aide à l’améliorer. Si elle est retenue, il vous permet de comprendre les lenteurs et complexités d’un processus de recrutement, et d’en tirer des conclusions en fonction de vos objectifs. Encore faut-il l’obtenir. Voici comment mettre les chances de votre côté.

En théorie, obtenir un feedback sur sa candidature est facile, il faut oser le demander tout en étant diplomate, patient et ouvert. Dans la pratique, cela se corse : non seulement c’est le fait d’avoir été reçu en entretien et non celui de postuler qui conditionne un retour sur votre candidature, mais encore, les recruteurs peuvent être réticents à vous le donner. Ainsi, l’envoi de votre CV pour répondre à une offre d’emploi s’est soldé par une réponse négative et formatée et vous voudriez savoir ce qui a cloché, « c’est illusoire, les recruteurs n’ont pas le temps de répondre à ce type de demande », prévient Béatrice Louvet, directrice générale du Groupe Transition. Rien n’empêche de le tenter cependant, avec un culot égal à la politesse, cela peut marcher.

En matière de feedback, plusieurs cas de figure se présentent selon qu'un intermédiaire de recrutement est ou non dans la boucle. « Quand un cabinet est missionné, le premier feedback vient de lui, un autre a lieu quand le candidat est reçu par l’entreprise, qui passe encore par le cabinet, et quand le recrutement s’effectue en direct, c’est l’entreprise qui doit le feedback – il faut s’adapter à toutes ces situations », rappelle Thierry Andrieux, fondateur d’Humanessence.

Battre le fer tant qu’il est chaud

On a plus de chance d’obtenir un feedback en fin entretien, à chaud – même si les recruteurs qui ne sont pas fans de l’exercice bottent en touche –, il ne faut donc tout faire, avec le tact qui s’impose, pour aller chercher l’information à ce moment-là. On n’a certes pas le pouvoir de faire parler quelqu’un qui s’y refuse, mais lorsque l’on a face à soi quelqu’un de constructif, il faut en profiter pour tenter de savoir ce qu’il pense de votre candidature.

Par ailleurs, « quand un candidat ne va pas être retenu, le recruteur le sait déjà et en général, le candidat le sent aussi », remarque Béatrice Louvet. L’impression se confirme lorsque le sempiternel « on reviendra vers vous » clôt l’entretien. Certains cabinet expliquent en fin d’entretien pourquoi vous n’êtes pas retenu et vous conseillent, d’autres non.

Passé le moment du face-à-face, connaître les raisons de votre élimination s’apparente souvent à mission impossible car « le blackout est très fréquent dans ce cas », observe Thierry Andrieux. Un fondamental : on ne relance pas sans avoir estimé au préalable le timing du recrutement. Et comme le souligne Béatrice Louvet, quand l'entretien confirme votre intérêt pour le poste, « il faut d’abord affirmer sa motivation à la fin de l'échange et seulement après, poser la question de quand avoir un retour ».

Poser des questions qui vous mettent sur la piste

Des questions peuvent vous aider à savoir ce que votre interlocuteur pense de votre candidature – son silence peut aussi être éloquent : quelle sera la suite du processus de recrutement ?, y aura-t-il d’autres entretiens ?, quel est le délai de réponse auquel je dois m’attendre ?, quelle est la prochaine étape ? « Le but est d’avoir le mode d’emploi de votre interlocuteur », précise la dirigeante du Groupe Transition.

Garder le contact visuel avec le recruteur tout au long de l’entretien, être proactif en l’interrogeant vous aide à apprécier la situation, à ajuster vos questions, à savoir si cela vaut le coup d’être plus direct : pensez-vous que je colle à votre organisation et à la culture de l’entreprise ?, mes compétences et ma personnalité, mon attitude, ma manière d’être correspondent-elles à vos attentes ?

Être diplomate

Si la fin de l’entretien vous a laissé dans l’incertitude, vous pouvez tenter d’obtenir un feedback par courriel ; si celui-ci reste sans réponse, relancez une fois, pas plus, au-delà, on risque de vous prendre pour un harceleur. On vous doit un retour, c’est vrai, « mais tout le monde est débordé, il ne faut pas s’accrocher, surtout si on est sur plusieurs postes », recommande Thierry Andrieux.

Par ailleurs, quand vous êtes en contact avec un cabinet de recrutement, le retour passe par lui, même si vous avez été reçu par son client ; sauf indication contraire, il ne faut surtout pas tenter d’obtenir une réponse de l’entreprise en direct. Mais vous pouvez, lorsque l’interlocuteur en entreprise vous a laissé sa carte, le mettre en copie du courriel adressé au cabinet de recrutement.

Être patient Lorsqu’un candidat est assez avancé dans le processus de recrutement, il vit une phase d'impatience et d'agacement. Or, si le cabinet ne donne pas de réponse, c’est qu’il n’en a pas, d’autant moins que l’entreprise passe parfois par plusieurs cabinets pour le même poste sans oublier sa cellule de recrutement interne, quand elle existe. « On sent une grande souffrance, même côté recruteurs qui ont eux-mêmes du mal à avoir l’information de la part de leur client, cela avance encore moins vite qu’avant, les rouages de décision sont rouillé ; il ne faut pas s’étonner de ne pas avoir de nouvelles dans les quinze jours, il nous arrive nous-mêmes d’en être privé pendant un mois », indique Béatrice Louvet. La patience est tout autant de mise quand l'entreprise recrute en direct, ne serait-ce que parce que son rapport au temps n'est pas le même que celui d'un individu.

Être ouvert

Il n’est pas plus facile de donner une réponse négative et de la motiver que de l’entendre. Aussi, plus vous paraîtrez ouvert au recruteur, plus vous lui faciliterez l’exercice. « Placez votre demande sous un angle positif », conseille Thierry Andrieux. Faites comprendre que même si ce n’est pas la réponse que vous espérez, vous êtes ouvert et avez du recul, montrez que vous êtes à l’écoute du conseil que le recruteur peut vous apporter.

Enfin, sachez que les réponses que l’on peut ou veut bien vous donner ne sont pas toujours les bonnes « car certains refus sont discriminatoires et les décideurs bottent en touche sur d’autres points », conclut Béatrice Louvet.

Sophie Girardeau