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Ambition et employabilité : pas d’amalgame !

Ambition et employabilité : pas d’amalgame !

Alors qu’on définit soi-même son ambition, on ne décide pas seul de son employabilité.

L’ambition est un désir – un désir ardent, précise le dictionnaire, « un désir de ce qu’on veut atteindre ou de ce que l’on veut être », ajoute Christophe Belud, coach au sein de Coopération RH. Il importe de définir sa propre ambition, de faire la part entre ce qui vient de soi et ce qui est de l’ordre de l’injonction sociétale. Quand on se dit, ou qu’on entend dire, qu’un poste pareil ne se refuse pas, qui parle ? Son ambition profonde ou l’idée de l’ambition selon la société ?

Si l’on aspire à une vie simple et équilibrée, ce qui n’est pas une petite ambition dans un monde complexe, et qu’on estime que ce poste nous en éloigne, refuser « l’opportunité » peut passer pour un délit de manque d’ambition. L’ambition peut aussi correspondre à la priorité d’un moment : d’abord la stabilité, se dit un candidat qui vise un poste en CDI dans un contexte de recul du salariat et de multiplication de formes de travail précaires (auto-entrepreneuriat, ubérisation du travail, etc.). « Il faut savoir où l’on met le curseur entre son ambition profonde, l’ambition du moment et l’ambition telle qu’elle est perçue dans la société », poursuit-il.

L’emploi suppose que quelqu’un d’autre décide qu’on est employable

Si en tant qu’individu on peut agir sur son désir, le faire grandir ou l’étouffer, si l’ambition nous renvoie à notre pouvoir personnel, la notion d’employabilité nous en éloigne. « Attention à la confusion qui consiste à croire que parce qu’on a une ambition, on peut décider seul de son employabilité », prévient notre coach. Il rappelle en effet que l’emploi, c'est-à-dire le fait d’être employé à quelque chose, suppose que quelqu’un d’autre décide qu’on est employable. La confusion est entretenue par les discours actuels enjoignant les salariés à être acteurs de leur employabilité et l’amalgame entre l’ambition et l’employabilité est une source potentielle de mal-être au travail.

Bâtir son employabilité à partir de son désir est néanmoins possible

On ne décide pas seul de son employabilité mais on ne peut pas non plus la développer sans en avoir le désir. « À partir du moment où l’on a défini son ambition, il faut être lucide, d’autant plus qu’il est compliqué de la nourrir dans un contexte changeant de mutation du travail. Mais comme on a la main sur son désir, on travaille sur le désir », explique-t-il.

Votre ambition est de devenir visible sur votre marché ? Vous pouvez agir sur votre réseau pour y arriver. « On va vers le pragmatisme, on vise l’efficacité, ce qui peut momentanément éloigner de son désir profond », note Christophe Belud. Un état des lieux de votre parcours, de votre marché, de votre ouverture au changement, de votre environnement professionnel et de vos ressources psychologiques et physiques doit pouvoir vous aider à penser pratique. C’est en tout cas à partir de ces cinq points que le cabinet Qualintra détermine l’indice d’employabilité.

Ce qu’on présente comme un manque d’ambition, qui pourrait mettre à mal son employabilité, équivaut bien souvent à une peur de se confronter à un marché de l’emploi difficile où l’on rencontre les ambitions des autres, ces histoires en compétition avec la nôtre. « Il faudrait aussi que les entreprises créent des mobilités qui aident les collaborateurs à comprendre que s’ils sont inemployables à tel endroit de l’organisation, ils ne le sont pas à tous les endroits », conclut-il.

Sophie Girardeau


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