Envie d’être scaphandrier ? Pensez aussi à être soudeur ou pourquoi pas, géomètre !

Envie d’être scaphandrier ? Pensez aussi à être soudeur ou pourquoi pas, géomètre !

Le métier de scaphandrier pâtit autant des légendes qui l’entourent que de son faible niveau de qualification. Savoir sortir de l’eau vivant ne vous transforme pas en soudeur ou en chaudronnier, pourtant, un savoir-faire dans les métiers du génie civil est nécessaire pour évoluer dans la profession.

 

« Tous les scaphandriers qui travaillent en indépendants à l’offshore ont des contrats bananiers », déclare sans ambages David Ducourneau, gérant d’IBAIA TSM et vice président du SNETI (Syndicat national des entrepreneurs de travaux immergés). Une fausse note dans le chant des sirènes auquel nombre d’aspirants scaphandriers prêtent l’oreille. « Ils ont entendu dire qu’ils gagneraient 1000 dollars par jour dans le pétrole, comme au temps où Comex avait encore son activité de plongée humaine, et quand ils sortent de leurs deux mois de stage à l’INPP[i], on leur apprend qu’ils seront payés 11 euros de l’heure à travailler peut-être dans les égouts », renchérit Jean Lelièvre, directeur QHSE (Qualité, Hygiène, Sécurité, Environnement) d’Hydrokarst, président du SNETI et vice président de l’INPP (Institut national de plongée professionnelle). Autre dissonance qui rompt le rêve de volontaires égarés dans la légende du métier.

Si la terrible époque des pionniers de la mer du Nord est bel et bien révolue, si les risques sont aujourd’hui bien plus maîtrisés qu’il y a trente ans, la profession poursuit son combat, celui de la valorisation du métier. Contraignant (les déplacements sont très fréquents et peuvent perturber la vie familiale), physique, usant, il est en effet, comme la maçonnerie par exemple, une spécialité parmi d’autres au sein de la FNTP (Fédération nationale des travaux publics), peu qualifiée et donc faiblement rémunérée[ii].

Juste un moyen d’accès

Être scaphandrier c’est juste avoir un moyen d’accès à des zones particulières. Être certifié INPP signifie juste être capable de « sortir de l’eau vivant avec des équipements et de l’outillage », comme le précise Philippe Fournier, directeur commercial de CTS (Compagnie de Travaux Subaquatiques ; groupe Vinci). « Mais les clients n’achètent pas des bulles, ils achètent notamment de la maintenance », signale Jean Lelièvre. Dans les milieux pollués (plongée dans les stations d’épuration, les égouts ; récupération de jus de poubelle, le lixiviat, dans des zones Atex), dans le nucléaire (plongée dans les piscines des réacteurs), en mer (interventions sur installations pétrolières ou gazières, ou encore, sur des hydroliennes ou des éoliennes offshore), dans les eaux intérieures (fleuves, rivières, ruisseaux ; 90% de la profession exerce dans ces cours d’eau ; missions sur les barrages hydroélectriques), on a besoin de gens qui savent lire des plans, souder, réparer des fissures, contrôler l’état des structures…[iii] Or, sous prétexte que le métier est accessible sans diplôme, l’INPP accueille chaque année des personnes attirées par les récits de scaphandriers mais qui, au terme de leur stage, ne sont pas employables. Tel ce pâtissier, tel ce professeur de chinois, tel ce videur de bar…

On manque de professionnels de métiers que l’ont peut exercer sous l’eau

Embaucher des scaphandriers est difficile. Les entreprises de travaux sous-marins sont confrontées au tempérament individualiste et indépendant typique de ces profils, qui rend la main-d’œuvre très volatile, mais aussi à leur faible niveau technique. « Certains viennent d’environnements aux antipodes et s’intègrent très bien, mais ils ont beaucoup de boulot pour apprendre les fondamentaux de ce qu’on demande ; être issu du BTP ou du Génie civil est donc un atout », remarque Philippe Fournier. «  Le métier est mal payé car beaucoup de gens n’ont pas le niveau technique. Pour l’envisager, il faut se doter d’un métier pouvant être exercé sous l’eau », insiste Jean Lelièvre. Coffreurs, ferrailleurs, spécialistes de la corrosion, professionnels de la mécanique, du levage, vous êtes bienvenus. « Et vous pouvez évoluer, dans la profession, il y a des ouvriers de base, des spécialistes pilote de ROV par exemple[iv] , des cadres », précise David Ducourneau.

Même si l’on est sur un marché plus qu’étroit (on compte en France 1 500 scaphandriers à jour de visite médicale et de diplôme, parmi eux, 450 hommes à temps plein annuel dont environ 250 sont en CDI et les autres intérimaires ou freelances), les entreprises de travaux immergés[v] recrutent régulièrement du fait d’un turn-over constant. Chez Techsub par exemple, on a besoin de soudeurs, de chaudronniers. Chez Hydrokarst, on embauche des débutants, des profils d’encadrement intermédiaire ou supérieur comme des conducteurs de travaux ou des chargés d’affaires.

Un métier, pas un pis-aller

Des profils maîtrisant l’anglais, ayant une vision internationale, connaissant l’informatique pourraient avoir de l’avenir dans ce métier. Aujourd’hui, il n’y a par exemple aucun géomètre DPLG qui soit scaphandrier. Le jour où cela arrivera, on se l’arrachera car la profession a besoin de ces compétences pour vérifier entre autres l’implantation d’une digue ou établir une topographie sous-marine. Elle manque aussi d’ingénieurs en corrosion ou de géotechniciens. « Quand il y aura de vrais professionnels dans ce métier, il sera synonyme d’avenir ; en revanche, si on l’envisage parce qu’on ne sait rien faire d’autre, les perspectives sont moins riantes », conclut Jean Lelièvre.

Sophie Girardeau


[i]  Seul centre agréé en France pour les formations aux travailleurs intervenant en milieu aquatique et hyperbare, il délivre le CAH (certificat d’aptitude à l’hyperbarie, classe 1, 2 ou 3 de la mention A).
[ii] Selon les entreprises, de 11 à 17 euros de l’heure pour un débutant + indemnité de déplacement, variable elle aussi selon les employeurs (fourchette de 70 à 90 euros/jour).
[iii] Il faut donc être qualifié et passer des certifications via des stages de deux semaines. Les principales en France : Cofrend 2 (mesures d’épaisseurs et mesures d’ultra-sons) ; Cefracor (pour une spécialisation en corrosion) ; CQP (certification de qualification professionnelle en ouvrages d’arts). Les indépendants soulignent l’intérêt des certifications anglo-saxonnes quand on veut intervenir à l’international : TWI de Welding Institute en soudure, NDT (Non Destructive Testing) de CSWIP
[iv] Petit sous-marin de plongée.

[v] Environ 80 entités en France ont des activités de travaux sous-marins, dont 30 appartiennent au SNETI et représentent 90% de la masse salariale et du chiffre d’affaires.