Que deviennent les pros des FUSAC ?

Que deviennent les pros des FUSAC ?
Les opérations de fusions-acquisitions qui ont fait la une dernièrement vont-elles balayer cinq ans de morosité et offrir de nouvelles perspectives aux pros du domaine ? Le métier conserve-t-il son attrait aux yeux des jeunes diplômés et offre-t-il autant d’opportunités d’évolution qu’avant la crise financière ? Les réponses de Loïc Saluden, consultant senior chez Hudson.

Schneider convoitant Invensys, Essilor achetant l’Américain Transition Optical, Vivendi se séparant de deux de ses filiales (Maroc Telecom et Activision Blizzard), Publicis s’unissant à Omnicom et, tout récemment, Microsoft s’offrant Nokia… Derrière de telles opérations œuvrent les professionnels des FUSAC (fusions-acquisitions) ou M&A (mergers & acquisitions). Leur rôle est de guider les entreprises dans la réalisation d’opérations financières complexes. Ce sont, comme les définit Loïc Saluden, consultant senior chez Hudson, « des chefs d’orchestre car ils travaillent avec les équipes des différentes entités et font en sorte de mener jusqu'au bout le processus (de vente, d’achat, de fusion…) » — leur rémunération étant très liée au succès d’une opération, ils y ont tout intérêt.

La majorité des profils d’au moins six ans d’expérience en 2007 sont toujours dans le métier

Si 10% de ces profils ont changé de métier, autant ont poursuivi leur activité de M&A en entreprise. Les autres sont restés dans le domaine et leurs mouvements ont concerné la taille des structures : ils ont par exemple quitté une grande banque (BFI, banque de financement et d’investissement) pour rejoindre une petite structure de conseil indépendante. « Ces profils expérimentés ont un rôle de chef de projet et d’animateur commercial et font travailler des experts juridiques et des fiscalistes ; ils passent beaucoup de temps à réfléchir avec leurs clients à des acquisitions possibles.», précise Loïc Saluden.

Trois ans après leurs débuts, il ne reste que 30% des juniors

Seulement 30% au bout de trois ans, pourquoi ? « Ils travaillent comme des chiens », répond sans détour notre interlocuteur pour expliquer cette déperdition. Nombreux sont ceux qui, motivés par la perspective d'exercer un métier "sexy" car il permet de travailler un jour auprès de grands dirigeants du CAC40, s’engagent en effet dans cette voie sans savoir forcément ce qui les attend. Les juniors, bac+5 issus des meilleures écoles et universités (HEC, ESSEC, ESCP, Centrale, Polytechnique, Dauphine), travaillent sur tous les sujets cachés, c’est-à-dire au bureau, sans être exposé au client. « On les fait venir comme stagiaire — d’où l’importance du choix du stage, déterminant pour débuter dans cette voie — pour des rémunérations a priori attractives mais finalement pas très élevées au vu du temps passé et ils acceptent de continuer à s’investir sur du long terme s’ils voient des opportunités d’évolution », poursuit Loïc Saluden. Les créations de postes de directeur[1] se sont toutefois raréfiées ces cinq dernières années, « c’est un métier qui a peu bougé, qui s’est figé en termes d’opportunités ». Il attire pourtant toujours ceux dont la motivation à travailler énormément est de faire partie du peu qui reste pour se partager un gros gros gâteau.

Quid des 70% partis ?

Certains optent pour des fonctions de conseil, en BFI ou chez les Fat Four (Deloitte, KPMG, PricewaterhouseCoopers, Ernst & Young) : financial advisory (conseil financier), transaction services (une activité proche de la FUSAC), financement. D’autres rejoignent des fonds d’investissement, à Londres, en Suisse ou en Asie. D’autres encore travaillent toujours en Banque, sur des secteurs spécifiques : « en 2013, c’est au niveau des grandes opérations de BTP, des infrastructures, que ça bouge », indique Loïc Saluden. Ou poursuivent leur activité de M&A en entreprise — les postes sont rares car les équipes sont de petite taille —, ou bien évoluent en direction financière sur du controlling. Enfin, 15 à 20% de ces 70%, les plus entrepreneurs, créent leur startup.

Nomura, Goldman Sachs, Barclays, Morgan Stanley, Meryl Lynch, City Group pour les anglaises, Société Générale, BNP Paribas, Rothschild, Lazard, pour les françaises : ces banques figurent au classement du Financial Times des établissements qui réalisent le plus d’opérations de fusions-acquisitions mais cela ne signifie pas qu’elles recrutent. Pour ceux qui envisagent ce métier, sachez que c’est à Londres que les opportunités de stages et de postes de junior M&A[2] sont les plus nombreuses. Enfin, si le domaine a peu bougé en termes d’opportunités de postes, son champ s’est élargi : aujourd’hui, les missions sont plus internationales qu’il y a dix ans, on parle d’opérations cross border, la complexité s’est accentuée, notamment d’un point de vue fiscal. « Ces professionnels des M&A doivent être de très bons communicants, avoir le goût de l’échange et de la négociation, ceux qui sont uniquement intéressés par la technique ne réussiront pas dans ce métier. 2013 est peut-être une bonne année pour y entrer car les opérations sont nombreuses, les stagiaires ont plus de chances d’être embauchés », conclut Loïc Saluden.

Sophie Girardeau

[1] Ou VP, vice-president, intitulés correspondant à un niveau expérimenté.

[2] Ou analyste ou associate, intitulés correspondant à un niveau de débutant à trois ans d’expérience.