Reconversion : même les jeunes s’y mettent !

Aujourd’hui, on n’attend plus la quarantaine pour changer de métier. Conseils aux jeunes qui, fraîchement diplômés, décident de changer de cap.

 Une étude APEC de septembre 2015, sur la réorientation professionnelle en début de carrière, indique que 14% des jeunes diplômés de niveau Bac +5 ou plus déclarent avoir changé significativement d’orientation dans les deux années ayant suivi l’obtention de leur diplôme. Une minorité, disent les chiffres. Un mouvement significatif du point de vue de Sylvaine Pascual, coach et fondatrice d’Ithaque Coaching, qui constate un véritable boom de la reconversion précoce : « Ma clientèle s’est totalement modifiée depuis un an, 30% sont des jeunes de moins de trente ans – les plus jeunes ont 26 ans – qui évoquent le fait de s’être trompés dans leur orientation sans savoir expliquer pourquoi. »

Le peu de tolérance à la frustration des Gen Y peut les mener à vivre plusieurs reconversions

Après l’avoir un peu expérimenté, ils savent juste que la grande entreprise, avec son modèle de carrière toute tracée, n’est pas pour eux. Marché de l’emploi morose ou pas, ils trouvent normal de quitter un job où ils ne se sentent pas bien. Ils ont raison. Comme leurs aînés, les Millennials veulent du sens et ont les mêmes besoins fondamentaux, mais ils s’en distinguent par leur peu de tolérance à la frustration. Pourquoi attendre la middle age crisis pour reconsidérer sa vie professionnelle ?, pourquoi se morfondre ou souffrir au boulot ?, pensent-ils vite. Leur impatience les conduira probablement à remettre plusieurs fois en question leurs choix car rien ne garantit que leur nouvelle orientation, décidée à la vingtaine, soit pérenne.

« Il faut apprendre à changer de métier plutôt qu’à trouver sa voie »

Plus tôt vous vous reconvertissez, moins vous devez chercher votre voie ou votre vocation avec un grand V. « Il y a plein de métiers où vous pourrez, à partir des mêmes désirs, vous éclater, il faut plutôt apprendre à changer de métier et à trouver ce qui vous fait vibrer car un métier en soi ne vibre pas tout seul », poursuit notre interlocutrice. Ce n’est donc pas la « passion » en elle-même qu’il faut connaître mais un mécanisme qu’il faut acquérir, qui permet d’identifier ce qui fait « kiffer ». Apprendre à apprendre ce qui vous donne vraiment envie de vous lever le matin est d’autant plus important que ce qui est valable aujourd’hui ne le sera peut-être plus dans cinq ans. Ce mécanisme vous aidera à réadapter votre orientation autant de fois que nécessaire, même si évaluer ce qui va réellement faire plaisir, l’expérimenter et le mettre œuvre n’est pas si facile. Gare à l’insatisfaction éternelle qui vous guette. Pour l’éviter, allez chercher un métier au confluent de votre passion. S'agit-il de la photographie, par exemple ? Concentrez-vous sur les verbes qui renvoient aux actions qu'elles vous permet d'accomplir : réfléchir, cadrer, observer, chercher, contempler, embellir, imaginer, créer, attendre, saisir, etc.

« Mettez le métier à votre main »

« Ne tombez surtout pas dans de nouvelles injonctions en abandonnant les précédentes », recommande Sylvaine Pascual, nouvelles injonctions pouvant être liées à la façon d’exercer le nouveau métier choisi. Sur ce point, le cas de Daniel le boulanger est exemplaire, même si c’est un X et non un Y, même s'il n’a pas changé de métier – « ce métier de fou où l’on ne voit pas le jour » –, mais il l’a réinventé en faisant du pain sur commande. « Ne prenez pas l’habitude pour un impératif du métier, c’est une base qui peut s’adapter et qui le doit, la période que nous vivons, où il faut réinventer les façons de faire et de penser, s’y prête », insiste notre coach.

Attention aux attitudes qui sabotent une reconversion

La frustration qui a poussé à la reconversion peut trouver sa source ailleurs que dans le métier en lui-même. Cela n’a pas marché dans un environnement, avec certaines personnes, et l’on garde à l’intérieur de soi une humeur de quinze portes qui claquent en gueulant "les patrons tous des c**** !" « Il faut travailler la question relationnelle dans ce cas, parce qu’on traîne ensuite ce problème partout, notamment avec les clients si l'on devient indépendant », pointe Sylvaine Pascual. C’est pourquoi il faut réfléchir à sa reconversion dans toutes ses dimensions : l’environnement, les conditions de travail, les relations, les talents naturels qui peuvent s’exercer, etc.

 

Sophie Girardeau