Se reconvertir c’est aussi chercher à nouveau un premier job

Se reconvertir c’est aussi chercher à nouveau un premier job

Le candidat en reconversion, qui a une vie professionnelle antérieure, se retrouve dans la peau d’un débutant dans un nouveau métier et doit résister à l’emprise de certains discours et croyances. Conseils pour ne plus douter de ses atouts.

Votre entourage, les médias, la réalité, vos croyances vous répèteront souvent qu’il est difficile de se faire embaucher dans le cadre d’une reconversion professionnelle, encore plus quand on est senior. « On ne va pas nier la difficulté de la recherche d’emploi mais il faut partir d’un état d’esprit positif : si personne ne réussissait jamais, on ne parlerait pas de reconversion », rappelle Sylvaine Pascual, fondatrice d’Ithaque Coaching.

Les chefs d’entreprise et les DRH ayant reçu en entretien ou recruté des candidats en reconversion professionnelle en parlent en termes positifs. En septembre 2013, ils étaient 75% à estimer qu’être en reconversion constituait un atout, les chefs d’entreprise/DRH des entreprises de 250 salariés et plus étant les plus convaincus puisqu'ils étaient 82% à le penser (source Conseil d’orientation pour l’emploi, colloque annuel sur les reconversions professionnelles).

Accepter d’être « sorti de son chemin »

Il s’agit en premier lieu de désamorcer le discours dominant selon lequel, se faire embaucher, c’est dur. Le candidat reconverti se retrouve dans les baskets d’un jeune diplômé cherchant son premier emploi, certes, mais il a sur lui une longueur d’avance et doit s’en rendre compte.

« Commencer par se rappeler la façon dont on s’est réconcilié avec son parcours devenu atypique aide à contrer ce discours. Il s’agit de retrouver le fil rouge de son parcours de reconversion, c’est une histoire qui a sa logique propre, dans laquelle opèrent plein de croyances, d’injonctions familiales, etc. », explique notre interlocutrice. C’est un travail à mener de bout en bout, y compris au stade de l’envie embryonnaire qui a fait se dire que l’on voulait changer de métier et qui aide à accepter d’être « sorti de son chemin ».

Vous réconcilier avec le désir de reconversion qui vous a mis en mouvement aide à élaborer une histoire que vous aurez plaisir à raconter et c’est le plaisir qui est le signe que la réconciliation a eu lieu. « Le recruteur percevra cette logique, le fait que l’histoire est assumée, le plaisir qui en émane », ajoute-t-elle.

Se concentrer sur ses atouts

Ne doutez pas de vos atouts – nous parlons de vos atouts effectifs, qui vous apparaîtront au cours de votre réflexion pour élaborer votre histoire. Par exemple, vous connaissez le monde de l’entreprise et ses codes, cela facilitera votre intégration. Vous pouvez aussi démontrer facilement vos facultés d’adaptation. Comme le souligne Sylvaine Pascual : « Même les personnes les plus rigides ont dû faire preuve de beaucoup d’adaptation en se reconvertissant, ne serait-ce qu’en redevenant un apprenant du fait d’une formation. »

Vous avez également déjà fait l’expérience de l’écart qui existe entre la formation théorique et la réalité de l’entreprise, vous ne faites pas de la théorie une parole d’évangile, contrairement aux jeunes diplômés. « Pensez aussi à mettre en avant votre motivation intrinsèque de personne en reconversion, bien plus forte que celle d’un autre candidat : votre enthousiasme, votre énergie sont palpables. »

Lors de la prise de poste, la confiance en mode « force tranquille » est la posture idéale

Il arrive que l’on soit confronté à des attitudes maladroites au moment de la prise de poste, du style « C’est qui ce « vieux » à la place d’un jeune ? ». Ces réactions vous indiffèrent, n’est-ce pas ? Tout au long de votre parcours de reconversion, votre entourage vous a jugé, vous a chauffé les oreilles avec plein de conseils que vous ne demandiez pas. Vous êtes habitué à ne plus être dans la norme.

L’attitude, déconseillée, qui consiste à arriver en M. ou Mme Je-sais-tout sous prétexte qu’on a une vie professionnelle antérieure à son actif, ou parce qu’on le même âge que le manager ou le patron, est relativement rare. « Les personnes en reconversion ont appris en formation qu’elles ne sont pas meilleures et savent faire preuve d’humilité, remarque Sylvaine Pascual. La posture idéale est la confiance en mode force tranquille, qui permet de montrer que l’on sait faire valoir ses envies et ses besoins sans être jamais dans l’arrogance et l’irrespect ».

Sophie Girardeau