Les seniors, grands exclus du marché de l’emploi

Les seniors, grands exclus du marché de l’emploi

Les seniors, grands exclus du marché de l’emploi

La réforme du gouvernement visant à établir un système universel des retraites propose de fixer l’âge de la retraite à 64 ans. Mais comment travailler plus longtemps alors que les seniors sont les grands exclus du marché du travail ? Monster dresse le bilan du marché de l’emploi des seniors.

 

Un constat décevant 

Si pour vous, le mot senior rime avec une publicité pour les problèmes auditifs, vous avez tort. En effet, sur le marché du travail, un actif est considéré senior à partir de 50 ans (selon Pôle emploi) voire même 45 ans pour les responsables de recrutement (il était de 55 ans en 2013 !). Et autant le dire tout de suite, les seniors sont les mal aimés de l’emploi en France. A ce sujet, la DARES a publié plusieurs données intéressantes : si le taux d’emploi des plus de 50 ans a augmenté récemment, la situation est plus préoccupante chez les plus de 60 ans. En 2017, le taux d’activité en France des 55-64 ans était inférieur d’environ 6 points à celui de l’Union européenne. Selon le rapport de l’ONG, Solidarités Nouvelles face au chômage (SNC), « 7,5 % d’entre eux sont confrontés au chômage depuis plus d’un an, quand d’autres ont basculé dans l’inactivité et les minima sociaux ». Aujourd’hui, près de 900 000 actifs de plus de 55 ans sont demandeurs d’emploi et leur nombre ne cessent d’augmenter depuis une décade : 300 000 demandeurs d’emplois de plus de 60 ans inscrits à Pôle emploi contre 50 000 en 2012. Conclusion : plus un actif vieillit, moins il a de chances de trouver un emploi.

 

L’échec des politiques

Depuis plus de 10 ans, les annonces et initiatives gouvernementales se succèdent, sans grands effets. En octobre 2019, la Cour des Comptes par la voix de son président envoyait au Premier ministre Edouard Philippe, un référé sur sa position concernant les fins de carrière. Si Didier Migaud reconnaît que le taux d’emploi des salariés de 55 à 64 ans a nettement progressé depuis les années 2000, pour atteindre 52,3 % début 2019, il souligne que celui-ci est néanmoins inférieur à celui de la moyenne de l’Union européenne (59,1 %). Il évoque également l’urgence de trouver des solutions  pérennes car « les seniors touchés par le chômage, qui représentent une part croissante des bénéficiaires d’allocations et de minima sociaux, éprouvent de grandes difficultés à retrouver un emploi, avec un risque réel et préoccupant de précarité ». Sévère, la juridiction dénonce les politiques en faveur de l’emploi des séniors « délaissées au cours des dernières années par les pouvoirs publics et le service public de l’emploi, qui n’ont pas défini au niveau national d’actions spécifiques en faveur de ce public ».

 

La résistance des entreprises

L’un des problèmes majeurs de l‘emploi des seniors provient de la réticence des  employeurs à les recruter. Depuis 3 ans, les inscriptions des seniors à Pôle emploi ont progressé de 12% par an, deux fois plus que les jeunes. Ils restent en moyenne inscrits à Pôle emploi 673 jours, contre 211 pour les moins de 25 ans et 404 jours pour les 25-49 ans. De plus, leurs conditions d’emploi sont bien plus précaires que les autres actifs. Les seniors collectionnent davantage les CDD : 86% des embauches des 50-54 ans, 88% des 55-59 ans, 90% des 60-64 ans. Le temps partiel concerne 25,5% des seniors contre 18,5% de l’ensemble des actifs. De plus, le chômage de longue durée est un véritable problème : il touche 58% des plus de 50 ans contre 42% des 25 à 49 ans. Autre élément inquiétant, la formation qui pourrait permettre aux seniors d’évoluer au sein du marché de l’emploi est délaissée. Selon SNC, « Le taux d’accès à la formation professionnelle des seniors s’élève à seulement 39,6% pour les 55-59 et à 34,4% pour les 60-64 ans, alors qu’il oscille entre 50% et 60% pour toutes les tranches d’âge de 25 à 49 ans ». Enfin, la rupture conventionnelle est devenue un outil utilisé par les entreprises pour se séparer de leurs salariés plus âgés : elle représente « 25% des fins de CDI pour les salariés entre 2 et 3 ans avant l’âge légal de la retraite contre 16% des fins de CDI pour l’ensemble des salariés ».  

 

Discriminations et stéréotypes

Le Baromètre de la perception des discriminations dans l’emploi, réalisé par le Défenseur des droits et l’Organisation internationale du travail (OIT) révèle que « 34% des personnes en activité déclarent avoir été confrontées à des discriminations. L’âge, avec le sexe, est le premier motif déclaré des expériences de discrimination liées au travail ». Il semblerait donc qu’en France, les entreprises focalisent leur politique d’emploi sur les 25-45 ans, oubliant les compétences et le savoir-faire de seniors expérimentés. Dès 45 ans, les stéréotypes pointent leur nez. Si le coût lié à l’embauche d’un senior est un frein considérable, l’âge serait également « synonyme de ‘difficultés à être managé ou à intégrer une équipe plus jeune’, de  ‘résistance au changement’ ou encore d’une ‘faible capacité d’adaptation aux nouvelles technologies’ notamment. Pourtant explique SNC, « environ 9 seniors sur 10 se déclarent prêts à changer de fonction, 8 sur 10 sont disposés à une mobilité géographique et les trois quarts accepteraient de revoir leurs prétentions en matière de rémunération ». 

 

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