Skip to main content

Un chômage réussi, c’est possible

Réussir son chômage c’est faire en sorte qu’il apporte de quoi se projeter à nouveau. Cela demande un partage du temps entre ce qui ressource, la réflexion et la mise en action. 

« Tu verras, quand tu auras retrouvé un job, quand tout sera à nouveau rempli et posé, tu regretteras cette période. » Ainsi parlait l’ami à l’amie. C’est bien après qu’on acquiesce, sur le moment, on trouve que l'ami philosophe à bon compte, que la réalité plombe et qu’on a intérêt à retrouver dare-dare du boulot. Dare-dare, c’est vite dit vu l’importance du facteur temps dans la recherche d’emploi (nous ne parlons pas des cas où l’on retrouve un job dans la foulée de la perte du précédent), c’est pourquoi réussir son chômage demande notamment de faire du temps son allié.

Sept à quinze jours max pour se retrouver et faire le deuil de son emploi perdu

D’abord pour le prendre rien que pour soi. « Ne vous jetez pas dans votre recherche avant d’avoir fait le deuil de votre emploi précédent, recommande Vincent Rostaing, fondateur du cabinet Le Cairn 4 IT. Que vous soyez parti en bons termes ou non, coupez les ponts pour vous retrouver avec vous-même une à deux semaines maximum, pour ne faire rien d’autre que de vous faire plaisir. »On fait le vide pour faire le plein et éviter l’effondrement. Il faut en effet recharger les batteries avant d’aborder la suite consacrée à la réflexion approfondie puis à l’action soutenue.

Environ deux mois pour réfléchir en se recentrant

Le principe vaut pour tout le monde : un temps long de réflexion et de prise de recul est nécessaire pour pouvoir se projeter à nouveau dans un nouvel emploi. Toutefois, entre quelqu’un qui a vingt-quatre mois de droits acquis et quelqu’un d’autre qui n’a que quinze jours devant lui, les données ne sont pas les mêmes. À vous d’arbitrer en fonction de votre situation mais sans cette étape, « on perd en lucidité, en énergie, en envie, en capacité à s’investir et à analyser », constate-t-il. « L’introspection doit conduire à une projection et donner des perspectives ; il ne s’agit pas de repli sur soi mais de ressourcement », explique Stéphane Loiret, président de DéciderAgir, cabinet de conseil en évolution professionnelle pour cadre et dirigeants. En faisant le point sur son parcours, sa suite envisagée et le sens à lui donner, Untel peut par exemple se dire qu’il a toujours été directeur commercial, mais quel type directeur commercial ? Celui qui aime le contact humain, plutôt la performance ou encore, les produits qu’il vendait ? Le but est de se recentrer sur ses aspirations, ses motivations, ses compétences, son envie d’en acquérir de nouvelles. « Nous prenons un poste pour ce qu’il nous permettra de devenir, sans un break pour nous recentrer, nous n’arrivons pas à nous projeter », ajoute Vincent Rostaing

Du temps cadré, du temps libre, du temps pour engranger

Le premier outil dans cette période est l’agenda, pas question en effet de se laisser emporter par le temps qui file parce qu’il n’est plus organisé comme quand on est en poste. Il s’agit d’alterner du « temps de travail » sur soi, des moments pour se faire plaisir, d'autres pour apprendre et développer son potentiel, d'autres encore pour chercher son job car « passer 100% de son temps dans la recherche d’emploi est anxiogène est inefficace », observe Vincent Rostaing. « Pendant ce processus il est important de renouer avec des stratégies qui fonctionnent bien pour se ressourcer, propres à chacun. Par exemple, recommencer à pratiquer un sport, aller à des conférences, faire des sorties culturelles, avoir des lectures ciblées qui inspirent et stimulent… Le but est de faire quelque chose d’utile pour soi », souligne Stéphane Loiret« Il faut aussi utiliser ce temps pour monter en compétences », conseille Vincent Rostaing. Pensez à vous inscrire à des MOOCs (massive online open courses), à mettre en place une veille sur des sujets professionnels de prédilection, à suivre les actualités sectorielles histoire d’être plus connecté que quiconque sur les sujets phares de son domaine et d’acquérir une influence sectorielle sur les réseaux sociaux.

S’accueillir dans sa vulnérabilité et ses limites

Faire le break et mener une réflexion en profondeur demandent de résister à la peur que crée l’urgence matérielle et celle de l’exclusion. C’est difficile. Il ne s’agit pas de bâillonner la voix qui inquiète, alerte, avec elle en effet la part fragile en soi s’exprime. « Cette période permet de s’accueillir dans sa vulnérabilité et ses limites, de se connecter à la part en soi qui a du courage, c’est de cela aussi qu’on puise des forces essentielles pour le projet d’après », poursuit Stéphane Loiret. En faisant ressortir et peser les contraintes matérielles, le chômage replace chacun face à ses responsabilités. On peut payer le prix d’un certain confort de vie ou, quand il est possible de « réduire la voilure », « penser à mettre en place d’autres sécurités », pointe-t-il. Dans cette période de remise en question des grands choix de vie, il arrive qu’on décide de quitter son conjoint qui fait peser une trop grande pression sur le standing qu’il faut à tout prix garder par exemple. « On peut choisir de ne pas écouter ce conseil, de ne pas s’accorder le temps nécessaire à la prise de recul mais on perd deux choses : un super moment avec soi-même et l’opportunité de se réinventer, de se renouveler », estime Vincent Rostaing. C’est avec cette énergie-là qu’il faut aborder ses cercles professionnels, réseau ou recruteurs, parce qu'un chômage réussi, c'est aussi, quand même, un chômage qui se termine.

 

Sophie Girardeau 


Back to top