La bonne orientation pour un jeune est celle qu’il choisit… en étant bien guidé

La bonne orientation pour un jeune est celle qu’il choisit… en étant bien guidé

La première orientation a lieu en Troisième, un bon moment pour demander à votre ado : à quoi tu marches ? au lieu du sempiternel : que vas-tu faire plus tard ? Faites-lui confiance, l’orientation subie, c’est fini, place à l’orientation choisie !

La parole est d’abord à Paul-Émile : « Tous les conseils de mes parents pour avancer sans embûche dans la vie me paraissaient tellement précieux sur le moment. Mais avec le recul, je réalise que c’était une énorme erreur ». J’ai fait sa connaissance en riant entre les lignes du Gorafi mais j’aurais aussi bien pu le croiser dans la vraie vie peuplée d’adolescents errant à la recherche d’une voie dans laquelle s’engager, et de femmes et d’hommes plus ou moins expérimentés en quête de sens dans leur travail.

La question, angoissante, de l’orientation professionnelle se pose très tôt et plusieurs fois dans une vie. Trouvons mieux que l’angoisse pour se donner envie de choisir et d’avancer, tentons le jeu. Cela tombe bien, le jeu, c’est ce que propose Acteüs Orientation aux collégiens dès la Quatrième, pour les aider à répondre à la question tannante, du système scolaire, de la société, des parents : qu’est-ce que tu vas faire plus tard ?

Avant d’y répondre, encore une question : vous, parents de collégiens et lycéens, vous souvenez-vous de votre camarade de classe dont parlaient à mots couverts vos propres parents ? Il/elle avait été o-rien-té.e. Trois syllabes en forme d’épouvantail qui cachent quelque chose de bien plus repoussant : une orientation subie. Ici et maintenant, il est question de choisir, pas de subir. Encore faut-il que votre ado se sente concerné.

« Certains élèves ne se sentent pas concernés du fait de leurs bons résultats »

Comme l’explique Chloé Planchon, conseil en orientation des jeunes au sein de ce cabinet spécialisé dans les transitions professionnelles, et psychologue diplômée de l’école des psychologues praticiens (EPP), « l’orientation est actuellement essentiellement basée sur les notes, élitiste, certains élèves ne se sentent pas concernés du fait de leurs bons résultats, ils se disent que tout leur est ouvert, qui plus est, centrée sur  les études, elle ne pousse pas à faire des choix : trop de portes ouvertes nuit à l’orientation ».

Penser que les bons résultats mènent à tout est évidemment discutable.  Pourquoi ces études ?, où mènent-elles ?, que vont-elles m’apporter ? : un élève s’interroge, ou devrait le faire, quel que soit son niveau. Les forts en thème et autres têtes bien faites peuvent éprouver le manque de sens durant leurs études à moitié choisies. De plus, « il faut des perspectives concrètes, or dans la façon dont est abordée l’orientation actuellement, on ne fait pas voir le métier qui existe derrière la théorie », ajoute-t-elle.

« Tous, dès la Quatrième, arrivent à construire un projet avant la Troisième où ils sont face à un premier choix »

Le jeu proposé par Acteüs Orientation, inventé par Michel de Truchis, un des associés du cabinet, s’appuie sur les travaux du psychologue américain John Holland – qui ont notamment inspiré le test IRMR –, il reprend le principe des intérêts professionnels et se joue par petit groupe de six jeunes en deux fois deux heures. Acteüs Orientation intervient également dans des établissements scolaires et votre ado fait ou fera peut-être partie de ceux qui s’orienteront grâce à lui.

Son principe laisse le jeune reprendre la main : « Ce n’est pas un conseiller qui oriente le choix, nous considérons que le jeune est capable de choisir à partir du moment où il est bien accompagné », souligne Chloé Planchon. La connaissance de soi à laquelle on n’est pas forcément porté à cet âge est facilitée par l’aspect ludique, elle fait se recentrer le jeune et lui donne une ligne directrice. Le groupe crée une ambiance favorable à la libre expression : le collégien, ou le lycéen, parle de ce qu’il aime faire, de ses qualités, de ses valeurs, de ses aspirations pour trouver un projet professionnel et non pas seulement pour décider des études qu’il fera – on retrouve là les bases de l’élaboration de n’importe quel projet professionnel.

Sans prise de tête, il arrive ainsi à répondre rapidement à des questions qu’il se pose, et qu’on lui pose, depuis des années. « Tous, dès la Quatrième, arrivent ainsi à construire un projet avant la Troisième où ils sont face à un premier choix : filière générale, technique, professionnelle ?, et le choix d’un stage », ajoute-t-elle.

D’abord la connaissance de soi, ensuite les débouchés professionnels

Le jeune est d’autant mieux armé pour s’orienter qu’il est conscient de ce qui le fait avancer dans la vie, c’est pourquoi la connaissance de soi et de ses motivations précède la réflexion sur les débouchés professionnels. Cette disposition à penser de la sorte son avenir professionnel lui servira tout au long de son parcours. On ne travaille plus de la même manière aujourd’hui en effet, alors demain… On doit se préparer à changer souvent de poste, d’entreprise, de métiers, dans un monde où il s’en crée plein de nouveaux.

Il faut donc penser l’orientation en fonction de ces données, auxquelles s’ajoutent l’inflation d’offres scolaires ou la confrontation à d’autres pédagogies quand on sort de France. Cette complexité, administrative aussi, n’empêche pas l’existence de passerelles impensables autrefois. Elles sont plus faciles à emprunter quand on a appris à relier le rêve d’un métier et sa réalité.

« L’orientation est une prise d’indépendance »

Les principes de ce jeu peuvent aider les parents à guider leurs ados. En théorie et dans l’idéal, il s’agit de créer l’ambiance favorable à l’écoute, l’échange, à faire preuve de bienveillante, d’empathie, et donc de résister à la tentation dirigiste, de mettre en sourdine des injonctions familiales et tenaces, transmises parfois de génération en génération, et ses a priori relatifs au choix de filière… Dans la pratique, c’est plus sportif. L’adolescence est un âge de transition, de métamorphose, d’opposition et « l’orientation, une prise d’indépendance ».

Accompagner cette prise d’indépendance demande de ne pas braquer le jeune. « Il faut lui faire confiance en vérifiant que son projet correspond à des motivations véritables et construites. Derrière le rêve, il faut un projet réel et argumenté qu’il aura confronté à la réalité en allant à la rencontre des professionnels qui exercent les métiers visés », recommande Chloé Planchon.

Sophie Girardeau

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