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Offre d’emploi : de quoi la rémunération est-elle le signe ?

Offre d’emploi : de quoi la rémunération est-elle le signe ?

Quels messages l’entreprise envoie-t-elle en indiquant ou non dans l’offre d’emploi la rémunération d’un poste à pourvoir ? L’éclairage de Frédéric Fau, analyste de discours.

Nous l’avons souvent écrit : les candidat·es veulent trouver un maximum d’informations dans une offre d’emploi, dont le niveau de rémunération du poste à pourvoir. Nombre d’annonces n’en font pourtant pas mention, est-ce dommageable à leur efficacité et à la marque employeur ? Pas forcément. Comme l’explique Frédéric Fau, analyste de discours et fondateur de Signe & Sens, « du point de vue stratégique, la communication ne revient pas à aller systématiquement dans le sens des attentes de la personne ».

La valeur de l’argent dépend de la place qu’on lui donne

Quand l’offre d’emploi indique une rémunération, une question se pose : que vaut cet argent ? « Actuellement, la monnaie est une pure promesse », rappelle notre interlocuteur ; depuis que les États-Unis ont tourné le dos à l’étalon-or en 1971, il n’y a plus de référent en réalité. Puisque l’argent ne renvoie plus à un signe matériel, de quoi est-il le signe ? Selon Ferdinand de Saussure, linguiste suisse qui a établi les bases de la sémiologie, l’argent fait en effet partie d’un système de signes — la langue en est un —, c’est-à-dire, d’un ensemble de relations. Cette appartenance lui confère une valeur sémantique. Saussure compare le fonctionnement de la langue à celui du jeu d’échec : la valeur d’une pièce dépend de sa position sur l’échiquier. Quelle place occupe l’argent dans la relation qui va se construire entre l’employeur et la personne qu’il cherche à recruter, telle est donc la question.

Rémunération affichée ou non : se garder des interprétations hâtives

L’argent est un signe parmi d’autres, un signe soumis à interprétation, « une interprétation qui doit être ouverte », insiste Frédéric Fau. Les offres d’emploi des grands groupes par exemple ne comportent généralement pas d’indication salariale. « C’est une façon de nouer un contrat où il est sous-entendu que ce qui est important c’est la valeur du travail, pas un montant donné. Dans un grand groupe, il est admis que la juste rémunération sera acquise. Donc, plutôt que d’en indiquer une, et donc de donner une valeur à la personne, on donne une valeur à son travail en parlant de la mission », analyse-t-il. D’autres interprétations existent, à ne surtout pas fixer. Ainsi, l’absence de mention du salaire n’égale pas nécessairement un manque de transparence, tout comme son indication ne garantit pas l’obtention du montant indiqué. Une rémunération fixe annoncée pourrait tout aussi bien dire qu’une fois l’étiquette « salaire » collée, au même niveau que le titre du poste comme si c’était primordial (l’agencement du texte est un autre signe interprétable), il n’y pas plus rien à dire du travail en soi. Avec un trop plein d’imagination, on pourrait même trouver dans les annonces placardant un salaire en haut de page les codes des affiches pour chasseurs de primes des westerns d’antan. Une chose est sûre : l’absence d’indication de salaire peut générer une question sur la rémunération.

La rémunération, un signe qui ne s’interprète pas seul

« Une indication de rémunération ou son absence ne prend pas de sens seule. Les discours d’après l’annonce d’emploi contribuent à lui donner du sens », souligne Frédéric Fau. D’autres messages de marque employeur l’entourent, et la rencontre entre employeur et candidat·e apporte aussi son lot de signes à interpréter.
Une fourchette peut laisser supposer que le·la candidat·e va coller à 110% au poste ou à 80%, ou que l’employeur est prêt à embaucher des profils atypiques, à miser sur un potentiel d’évolution. L’écart entre la fourchette basse et la fourchette haute pouvant être lié à un type de diplôme, un niveau d’expérience, etc. « Tout tient dans le discours, implicite ou explicite, sur le sens donné à cette fourchette », ajoute-t-il.

L’employeur peut décider de donner un sens différent à chaque signe

Quand l’entreprise est explicite, c’est elle qui donne le sens, dans le cas contraire, les gens interprètent par défaut. « Selon les spécificités, l’employeur peut décider de donner un sens différent à chacun de ces signes ; tenir compte des spécificités, c’est le message clef », poursuit notre interlocuteur. Les offres d’emploi de BNP Paribas par exemple traitent ce point selon le type de poste à pourvoir et le profil recherché. Quand certaines éludent la rémunération, d’autres l’évoquent, sans la chiffrer, par ce message : « C’est un sujet important, qui sera bien sûr abordé. Votre formation et votre expérience seront valorisées et prises en compte. »

Pour chaque offre d’emploi, il s’agit donc de trouver la spécificité de la situation (type de poste à pourvoir, contexte du recrutement et de l’entreprise, profils ciblés, état du marché, etc.) et à partir d’elle, de trouver la façon de communiquer pour atteindre son objectif.

Sophie Girardeau

Publié le 25 janvier 2021.