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Faut-il libéraliser la prise de références ?

Faut-il libéraliser la prise de références ?

Certains candidats redoutent tant la prise de références qu’ils inventent des scénarios inutiles quand ils ne leur sont pas préjudiciables. Pourtant, pour éviter qu’il nuise au candidat, l’exercice est très encadré en France. Trop ? Quid de la valeur de ces références quand elles sont formatées, quand on ne peut empêcher que des choses se sachent ?
 

Avec une pointe d’amusement ou de lassitude dans la voix, les recruteurs vous racontent les grands classiques de la prise de références, version burlesque ou pathétique : le candidat qui s’invente une expérience, notamment à l’étranger où il est bien connu qu’en 2012, les gens sont très très très difficiles à joindre ; celui qui ne mentionne que ses collègues, jamais un supérieur hiérarchique ; celui qui se jette dans la gueule du loup sans en avoir conscience, indiquant des référents qui seront négatifs ; celui qui donne un faux numéro ou le numéro d’un complice – briefé pour dire ce qu’il faut et qui va bien sûr s’emmêler les pinceaux à un moment donné, et qui, ah tiens c’est rigolo, porte le même patronyme que le candidat, ça c’est sa boîte vocale qui vous le dit quand vous tentez de le rappeler  – ; le candidat qui maquille sa voix. Ou la candidate. Qui renvoie vers un collègue retraité…

Des situations plus ou moins faciles à gérer pour le recruteur, qui oscille entre le rire jaune et l’énervement.Des situationsqui ne profitent jamais au candidat – leurs ficelles sont trop grosses et ce n’est pas aux vieux singes etc. « Il est difficile d’en rire car cela fait partie de notre mission et de telles péripéties nous font perdre du temps. Cela arrive très souvent avec des candidats dont l’entreprise s’est séparée durant la période d’essai, dans ce cas, ils sont prêts à tout », observe Alexandre Renoult, directeur associé de Rhésolution.

Ces enfantillages stratagèmes feraient presque croire que la prise de références consiste à piéger le candidat. Or, l’exercice est particulièrement encadré en France. Que dit le Syntec Recrutement par exemple ? « Le conseil en recrutement doit demander l’accord du candidat au préalable et ne contacter que les personnes que le candidat a lui-même désignées. Les informations collectées ne devront porter que sur les compétences professionnelles et respecter les principes de finalité, de pertinence, et de proportionnalité. Le conseil en recrutement signifie aux entreprises clientes si le contrôle de référence a pu être effectué ou non. »

Les préconisations d’À Compétence Égale aux cabinets membres de l’association s’inscrivent dans la même lignée, le recruteur ne doit vérifier que les points suivants : date d’entrée, date de sortie ; fonction exacte ; type de contrat. Du factuel, rien que du factuel. Néanmoins, « quand les références sont mauvaises, les gens se lâchent sans qu’on leur demande un avis, nous n’en avons d’ailleurs pas le droit », remarque Thierry Andrieux, fondateur d’Humanessence. De plus, dans l’environnement actuel hyper connecté, la prise de références sauvage, sans être délibérée, existe. « Cela se produit naturellement quand on connaît bien l’entreprise, c’est un effet du réseau », remarque-t-il. Rien d’étonnant ni de blâmable dans ce monde qui est petit et où tout se sait. « Et avec les réseaux sociaux numériques, plein d’informations sont théoriquement vérifiables », ajoute Alexandre Renoult.

La pratique est très encadrée depuis une quinzaine d’années, environ. Un encadrement nécessaire car des carrières ont pu être brisées par les médisances gratuites de certaines personnes. Néanmoins, les références obtenues aujourd’hui sont tellement lisses et carrées, tellement formatées, tellement récitées parfois qu’on peut s’interroger sur leur valeur. « Qui plus est, le référent de l’un est souvent le référent de l’autre », note M. Renoult. Copinage ? Qui a dit copinage ?

Un process plus libéralisé permettrait plus d’authenticité, de vrais retours. Comment l’envisager sans retomber dans les abus d’hier ? Quand on est sur de l’humain, doit-on se cantonner à parler de chiffres, de dates, de faits ?

Sophie Girardeau

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