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Faut-il être issu du métier pour recruter des profils SSII ?

Faut-il être issu du métier pour recruter des profils SSII ?

Quand on recrute des profils java, .net, des pros de SAP ou de Microsoft Dynamics, doit-on être aussi pointu qu’eux ? Réponses de deux recruteurs, qui, sans être informaticiens, sont des spécialistes des recrutements de profils de SSII.

Ingénieurs d’études, ingénieurs support ou ingénieurs test/validation, développeurs, analystes, architectes, chefs ou directeurs de projet. Ou encore, directeurs techniques ou directeurs R&D, ou bien profils orientés assistance à maîtrise d’ouvrage ou maîtrise d’œuvre. Voici quelques–unes des fonctions que l’on retrouve en SSII. Sans oublier les profils commerciaux. Ceux qui gèrent le portefeuille clients comme les ingénieurs commerciaux et les chargés d’affaires ; ceux qui définissent l’offre de services de la SSII : les bid managers ou gestionnaires d’offres. « Les intitulés de poste varient énormément d’une société à l’autre. Les fonctions sont aussi très différentes selon les domaines au sein d’une même entreprise : le contenu de la mission d’un chef de projet sur de l’implémentation d’ERP n’a rien à voir avec celui qui s’occupe de développement Web », observe Samuel Lachaud, directeur associé de Rhésolution.

Culture métier et connaissance du marché

Pour saisir les enjeux techniques et fonctionnels de ces postes, un  recruteur doit–il être lui–même issu du métier ? « Plus que des compétences techniques, il faut une vraie culture et connaissance de ce marché afin d’être capable de dialoguer avec toute une population d’informaticiens », répond Hugues Truttmann, directeur des opérations en charge du recrutement chez ASE2i. Il s’agit en effet de comprendre par exemple ce que fait réellement un ingénieur d’études avec sa compétence java ou .net (des interfaces de portail applicatif notamment), ou un consultant finance ou gestion sur un ERP. De savoir en quoi consiste le rôle d’un consultant spécialisé en CRM ou business intelligence. D’appréhender les environnements commerciaux, « c’est–à–dire les tenants et aboutissants des différentes missions, de la politique de la SSII : fonctionne–t–elle en régie ou au forfait ? », explique Samuel Lachaud. Autrement dit, de connaître les coulisses de l’annonce.
Car d’une mauvaise connaissance de la réalité du métier d’informaticien et du contexte dans lequel il va l’exercer résultent des annonces focalisées sur les aspects techniques du poste. « Il faut arrêter avec le fantasme de l’informaticien fou de techno, aujourd’hui, l’informaticien doit être au cœur des problématiques fonctionnelles et business. En tant que recruteur il faut être capable de contextualiser le profil de poste en termes de type de structure et surtout en termes de projet », poursuit M. Lachaud.

Le recruteur, ce traducteur

« Je suis motivé par les nouvelles technos », dit le candidat. « Un candidat au fait de l’actualité des technos, tant mieux », se dit le recruteur. Sauf qu’une fois recruté, on va faire travailler ce candidat sur du COBOL, un langage de programmation créé en… 1959. « Il faut que le recruteur soit attentif à cet aspect et qu’il recrute un autre profil, qui ne risque pas de s’ennuyer, de partir, de coûter au final plus d’argent à la SSII qu’il ne lui en aura fait gagner », explique Samuel Lachaud. L’adéquation entre les compétences du candidat et les besoins de l’entreprise, c’est bien. L’adéquation entre les valeurs du candidat et l’écosystème de l’entreprise, c’est mieux. « Les SSII ne répondent pas suffisamment aux candidats sur le point des valeurs et dans le marché de pénurie où nous sommes, on est plus face à un problème d’incompréhension que d’inadéquation des compétences » , constate le directeur associé de Rhésolution.

Tendance à l’hyperspécialisation

L’apparition de jobboards spécialisés sur telle ou telle technologie fait entrevoir ce que deviendront à terme les recruteurs du secteur : des hyper spécialistes. « Cette tendance est presque inévitable car le niveau d’exigence des entreprises clientes des SSII a terriblement augmenté », observe Hugues Truttmann. Il y a quinze ou vingt ans, une SSII fournissait en effet une équipe de profils à la confiance, aujourd’hui ce n’est plus du tout le cas. « Les clients finaux qualifient les profils missionnés par les SSII presqu’autant que si ils les recrutaient en interne. La composante recrutement est donc vraiment stratégique pour une SSII  aujourd’hui», poursuit–il. Des lendemains difficiles sont à prévoir pour celles qui n’ont pas compris ce phénomène et se contentent de pousser des CV.
L’enjeu actuel pour les SSII est plus de répondre aux besoins des clients en positionnant les bons profils que de trouver des missions. Et le quotidien d’un recruteur du secteur consiste à animer un réseau tant physique que virtuel pour rester à l’écoute de chaque respiration d’un marché exigeant.

Sophie Girardeau, Nov 2012