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L’alternance, première marche symbolique d’un investissement sociétal durable

Recul de l’apprentissage en 2013, même mouvement pour le contrat de professionnalisation pour les jeunes. Faisons le point sur la situation et les perspectives de l’alternance, un dispositif qui a fait ses preuves en matière d’insertion professionnelle, avec Philippe Huguenin Génie, directeur adjoint chez Opcalia.

Le recul de l’apprentissage en 2013 (-8,1%) se poursuivait en début d’année avec une baisse de 19% en janvier 2014 par rapport à janvier 2013 (source Dares). La réforme du crédit d’impôt apprentissage, qui limite le bénéfice aux apprentis de première année préparant un diplôme inférieur ou égal à un Bac+2, a été pointée comme un signal négatif envoyé aux employeurs. Elle n’explique pourtant pas les mauvais résultats de l’année dernière. Comme le rappelle Philippe Huguenin Génie, directeur adjoint chez Opcalia : « Ce qui vaut pour l’emploi classique vaut pour l’alternance, qu’il s’agisse de contrats d’apprentissage ou de contrats de professionnalisation, en baisse tous les deux*, on retrouve les mêmes difficultés du marché du travail. »

Autrefois, il suffisait de parler d’alternance à un employeur et il la mettait en place. Aujourd’hui, il faut convaincre celui-ci, lui apporter un service clef en main, l’accompagner parfois jusqu’à la rédaction du Cerfa, il faut aller chercher le jeune, le mettre en relation avec l’organisme de formation. Si Opcalia enregistre +4% de contrats de professionnalisation en 2013, c’est en étant allé « chercher les contrats avec les dents », une ténacité qu’exige le contexte actuel où tous les acteurs – organismes collecteurs, organismes de formation, Pôle Emploi, missions locales – ont un rôle à jouer pour développer l’alternance.

Création du CDI apprentissage : il était temps !

Réjouissons-nous de la création du CDI apprentissage même s’il n’aura rien d’obligatoire pour l’employeur. « On se demande pourquoi cela n’était pas permis avant alors que le CDI professionnalisation existe depuis longtemps, et même si l’on peut imaginer qu’il s’agira encore souvent de CDD, c’est une avancée », commente Philippe Huguenin Génie. N’oublions pas que même à durée déterminée, l’enjeu des contrats d’apprentissage ou de professionnalisation est d’amener les publics concernés à un niveau de qualification minimum (niveau 4). « Il faut ensuite, bien sûr, intégrer durablement », ajoute-t-il, et la création du CDI apprentissage va dans ce sens.

La nouvelle donne économique de l’apprentissage

On n’a pas encore de visibilité sur la future économie de l’alternance. « Avec la nouvelle mécanique de la taxe d’apprentissage, il faut espérer que les régions l’affecteront bien à l’apprentissage, il faut être vigilant pour que cet argent profite bien aux CFA qui en ont besoin, d’autant plus qu’on est dans une nouvelle vague de décentralisation », pointe notre interlocuteur.

La RSE, un levier non négligeable

La RSE est un levier pour redynamiser l’alternance. « De la petite entreprise au grand groupe, on peut miser sur la fibre sociale », note Philippe Huguenin Génie. Dans le monde actuel, les discours de RSE ne peuvent se limiter aux vœux pieux, cette fibre-là devient un élément du business, un critère de choix de ses partenaires et prestataires. Les entreprises doivent non seulement prendre plus conscience de leur rôle social mais encore, de leur rôle éducatif. « Si chacune d’elle embauchait un jeune, le mettait dans la boucle de l’emploi, ce serait une formidable aventure sociétale. Il s’agit d’un engagement durable et les alternances peuvent en être la première marche symbolique », conclut-il.

Sophie Girardeau

*Baisse de 5,7% en 2013 par rapport à 2012 pour les contrats de professionnalisation pour les jeunes (source Dares)

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