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Avec le retour des investissements, les recrutements sont relancés

Avec le retour des investissements, les recrutements sont relancés

Les industriels interrogés par l’INSEE auraient l’intention d’augmenter leurs investissements de 7 % cette année. Une bonne nouvelle pour les perspectives d’emploi des ingénieurs et plus particulièrement des jeunes diplômés. Reste à les attirer puis les séduire car l’industrie a perdu de son lustre même au sein des écoles d’ingénieurs.

En dépit de la formation de 34 000 ingénieurs par an en France, les entreprises ne trouvent pas toujours les talents dont elles ont besoin. Les profils les plus rares sont ceux prêts à assumer des responsabilités techniques. Un déficit probablement lié à la méconnaissance des carrières que permettent ces postes mais aussi aux vagues de disruptions qui secouent les entreprises depuis une décennie et qui ne permettent plus de dessiner un paysage facilement lisible des attentes et des besoins des entreprises « On parle partout aujourd’hui de transformation digitale dans l’ensemble des secteurs de l’économie. L’impact de ces mutations dépasse la seule technologie. Nous adressons désormais des usages et des métiers qui changent. De fait, notre mission c’est d’accélérer le mouvement et l’introduire dans l’entreprise. Nous avons un atout : nous diffusons de l’innovation. Nous éclairons les problématiques des managers. » C’est avec cette feuille de route que Julien Voyron, responsable recrutement et mobilité d’Econocom, une ESN de 6300 personnes, veut attirer 450 jeunes ingénieurs. Pas uniquement des passionnés d’informatique ou de codage mais plutôt des généralistes capables de comprendre et de maitriser l’ensemble des problématiques des dossiers de l’entreprise. Pour renforcer son attrait, cette société, comme de plus en plus d’entreprises en France, favorise les intraentrepreneurs à qui on offre la possibilité de monter une Business Unit autonome en gestion de projet mais bien arrimée à la maison mère.

Une approche partagée par des entreprises aussi emblématiques de l’industrie traditionnelle que la SNCF « L’évolution numérique impacte fortement nos activités industrielles. Nous sommes donc en recherche de compétences nouvelles. Pour les attirer et les faire grandir, nous proposons à nos jeunes diplômés de fonctionner en mode start-up. Ces petites structures sont en configuration lab pour développer la mobilité. Notre gamme « Oui » par exemple est toute orientée vers la mobilité de demain. Cela exige des talents et des profils nouveaux. C’est plus que de l’agilité, il faut aussi des connaissances pointues notamment dans la maitrise des data et de l’analyse de données » explique Françoise Tragin, directrice du recrutement et de la marque employeur de la SNCF qui recherche, hors filiales, 600 ingénieurs et 1 000 techniciens supérieurs cette année.

Avec un défi commun à toutes les entreprises industrielles : attirer ceux qui méconnaissent les métiers offerts par ces grandes entreprises. Un manque d’information qui percute un autre facteur, celui de la sélectivité des candidats. Un double phénomène auquel RTE, le réseau de transport d’électricité est quotidiennement confronté « Nous faisons face à deux vagues : celle des départs en retraite de nos collaborateurs embauchés dans les années 80 et celle d’investissements importants sur nos réseaux à haute et très haute tension. Traditionnellement nous recrutions des compétences principalement techniques. Aujourd’hui, nous attendons plus de nos jeunes recrues : elles doivent prendre en compte les enjeux techniques mais aussi économiques, environnementaux et sociétaux. C’est pourquoi des compétences d’ingénieurs généralistes doublées d’une expertise digitale ou économique nous intéressent particulièrement » souligne Dominique Santoni, responsable du pôle recrutement et mobilité à RTE qui planifie l’embauche de 350 personnes cette année majoritairement issues de formations techniques.

Mais attention préviennent nos experts, si la qualité des CV reste un élément décisif des critères de recrutement – les entreprises industrielles sont d’abord et avant tout fondées sur la maitrise des technologies fussentelles en 3.0 – l’inflation de diplômes ne suffit plus pour faire la différence. Les bons stages, les parcours cohérents sont appréciés, nécessaires, mais plus suffisants. Les recruteurs mettent de plus en plus l’accent sur le savoir être des ingénieurs. Leur capacité à embarquer des équipes, à manager des hommes et à s’engager. Un avertissement qui n’est pas neutre tant ils redoutent le déficit d’engagement de certains jeunes diplômés. Un souci d’autant plus marqué que les entreprises sont presque toutes dans des périodes de passage de relais entre les cadres expérimentés et les jeunes diplômés et que le volet comportemental joue un rôle dans la qualité de ces transferts de savoirs. Une problématique particulièrement sensible dans une entreprise de pointe comme Safran qui va recruter 5 500 personnes en 2016 dans le monde dont 2 000 en France parmi lesquelles 900 ingénieurs et cadres. « Nous sommes dans une phase post conception, celle de l’industrialisation de produits sophistiqués qui nous place face à des enjeux de fabrication et donc à des gros besoins pour nos 35 sites de productions en France. Avec un défi : le passage à l’usine 4.0 qui impose le besoin de recruter des ingénieurs dont les bases sont de très haut niveau, qui maîtrisent les systèmes complexes et pour la partie Safran Analytics le Big data.» souligne Catherine Buche Andrieux, responsable de la politique de recrutement et d’attractivité de Safran, qui reconnait que cela conduit les DRH à être extrêmement exigeants dans leurs recrutements et à soigner les parcours internes qui facilitent l’intégration et la progression professionnelle.

Peu concernée par le chômage, la proportion des ingénieurs diplômés pourvus d’une expérience professionnelle qui sont sans travail est inférieure à 3 %. Mieux payés que la moyenne des français, leur salaire médian brut oscille entre 52 000 et 62 000 € par an selon qu’ils travaillent en province ou en Ile de France, très appréciés à l’international, les jeunes diplômés sont du bon côté du marché du travail. Mais pour faire la différence et décrocher les postes les plus prometteurs, ils doivent de plus en plus prouver la qualité de leur engagement.