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Emploi, handicap et fonction publique : quatre questions à J-C Watiez, directeur du FIPHFP

Emploi, handicap et fonction publique : quatre questions à J-C Watiez, directeur du FIPHFP

Jean-Charles Watiez, directeur du Fonds d’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique (FIPHFP), revient sur dix ans d’actions en faveur de l’emploi de ce public.

Blog Pour l’Emploi (BPE) : La loi sur l’égalité des chances des personnes handicapées a dix ans, en matière d’emploi, quel bilan pouvez-vous tirer aujourd’hui ?

Jean-Charles Watiez (JCW) : La loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées a institué le FIPHFP par le décret du 3 mai 2006, avec la volonté de doter la fonction publique d’un véritable projet en matière d’insertion socioprofessionnelle des personnes en situation de handicap. Après dix ans d’existence, je crois que le FIPHFP a su répondre au souci d’exemplarité de la fonction publique.

Trois chiffres significatifs de l’activité du Fonds depuis sa création me semblent éloquents :
– depuis 2007, le total de nos dépenses d’intervention a atteint 760M€ : de 7M€ en 2007 à 178M€ en 2014, soit une multiplication par plus de 25 depuis la création,
– le nombre de bénéficiaires de l’obligation d’emploi (BOE) s’élève à 222 538 en 2014, contre 172 130 en 2006,
– le taux d’emploi légal est passé de 3,74% en 2006 à 4,90% en 2014 (5.97 fonction publique territoriale (FPT), 5.34 fonction publique hospitalière (FPH) et 3.83 fonction publique d’État (FPE).

Depuis 2012, le FIPHFP a su démontrer plus que jamais son utilité : nos financements ont progressé de 142% (de 126M€ à 178M€) ; nous avons aujourd’hui 346 employeurs sous convention (contre 90 en 2012), pour lesquels nous avons financé plus de 74M€ en 2014 ; nous avons participé à plus de 68 000 recrutements et 70 000 maintiens dans l’emploi.

Le bilan de la loi de 2005 me semble d’autant plus positif que notre action est largement encouragée par les pouvoirs publics :
– le Comité interministériel du handicap du 25 septembre 2013 nous a confié dix nouveaux axes d’intervention, déclinés dans notre plan stratégique (COG) 2014-2018,
– la Conférence nationale du handicap du 11 décembre 2014 nous a encouragé à creuser les sentiers nouveaux de l’accompagnement dans l’emploi, de la jeunesse, du numérique,
– dès 2016, le Conseil d’Etat, la Cour des comptes et les autorités administratives indépendantes seront soumis à l’obligation d’emploi au même titre que tous les employeurs publics.
Ces messages forts envoyés par les pouvoirs publics nous confortent dans nos convictions.

BPE : Quels sont les acteurs publics les plus actifs en matière d’insertion professionnelle des personnes handicapées ?

JCW : Je citerais d’abord la fonction publique territoriale dans sa globalité. Avec un taux d’emploi légal de 5,97% en 2014, elle est le versant de la fonction publique qui se rapproche le plus de l’obligation des 6% fixée par la loi et qui progresse le plus rapidement depuis 10 ans. Les réformes de décentralisation ont permis de transférer une partie des activités régaliennes aux collectivités, qui ont engagé une politique particulièrement volontariste. Ces résultats s’expliquent également par les actions de sensibilisation réalisées par les Centres de gestion de la Fonction publique territoriale pour les collectivités de moins de 350 agents, et qui permettent aux petites structures d’accéder facilement aux aides du FIPHFP.

Dans la fonction publique d’Etat, de grands établissements publics font figure d’exemple :
– le CNRS, qui dans un contexte où l’emploi des personnes en situation de handicap concerne principalement des niveaux à faibles qualifications professionnelles, recrute des personnels hautement qualifiés (chercheurs, ingénieurs, techniciens). Cet établissement est également en pointe en matière de tutorat,
– le Château de Versailles est engagé dans le handicap au travail depuis 2008, via le développement de dispositifs d’insertion innovants comme les formations en alternance, le parrainage de demandeurs d’emplois en situation de handicap, une politique active d’apprentissage.

La fonction publique hospitalière n’est pas en reste : un établissement comme les Hospices Civils de Lyon conventionne avec le FIPHFP depuis 2008 et est particulièrement engagé dans une démarche de reconversion professionnelle, ainsi que dans l’adaptation de postes de travail comme ceux des masseurs-kinésithérapeutes, mal ou non-voyants.
Avant tout, c’est la volonté politique qui permet à ces employeurs passer d’une culture de l’obligation à une culture de l’accompagnement et de l’intégration, de valoriser les compétences et la richesse de chaque agent avant les différences.

BPE : Quelles actions sont particulièrement innovantes ?

JCW : Il y en a beaucoup et je dirais que chacun de nos employeurs est à sa façon innovant et exemplaire. Certains sont cependant précurseurs sur des thématiques précises :

– l’institut national de la recherche agronomique (Inra) est engagé depuis 2010 dans un chantier de mise en accessibilité, via le financement de 104 projets d’accessibilité sur les 14 centres de France. L’établissement a également été nominé parmi les 5 finalistes des SESAMES de l’accessibilité 2014, dans la catégorie emploi,

– la Ville d’Evreux est engagée depuis 2008 dans une problématique du reclassement de ses agents en situation de handicap. La Ville a ainsi créé un Pôle de Reclassement spécifique au sein du service de Développement des Compétences et une Cellule Maintien dans l’emploi au sein de la DRH. Au 1er janvier 2013, 53% de ses BOE bénéficiaient d’une démarche de reclassement,

– la Direction générale de l’aviation civile (DGAC) est pionnière en matière de tutorat, en poursuivant une démarche d’accompagnement individualisé pour chaque nouvel élève fonctionnaire ou agent recruté, afin de faciliter leurs conditions d’intégration et à long terme leur évolution en interne. Ainsi, 4 élèves ont pu bénéficier de cet accompagnement en 2014 et 8 agents nouvellement recrutés seront accompagnés au cours de l’année 2015,

– la Ville de Lille a mis en place dès 2009 un plan d’action en faveur de l’emploi des personnes en situation de handicap. Je retiens particulièrement l’installation du télétravail pendulaire sur mesure, qui permet à tout agent atteint d’une pathologie invalidante de poursuivre ses missions à domicile en cas de besoin.
Lorsqu’il s’agit d’attirer de nouveaux talents et de valoriser les différences, les employeurs publics redoublent souvent d’ingéniosité !

BPE : Quelles actions prioritaires mettre en œuvre pour amplifier l’action du FIPHFP ?

JCW : Je citerais quatre chantiers qui me paraissent essentiels et pour lesquels nous avons déjà des actions et des objectifs précis :
– d’abord, le sujet majeur de l’accessibilité numérique, pour lequel nous avons investi plus de 5,3M€ depuis le démarrage en 2013 (3,4M en 2013 et 1,9M en 2014) et des expérimentations sont déjà en cours en partenariat avec le SIG (Service d’information du Gouvernement), la DISIC (Direction interministérielle des systèmes d’information et de communication) et le CNED (Centre national d’enseignement à distance). Le CNED a ainsi déployé un plan de formation et d’équipement de 600 postes de travail et a permis d’initier des pratiques d’enseignement en ligne dans la fonction publique.

– le développement de l’apprentissage, qui est un levier essentiel pour former et recruter des jeunes en situation de handicap : ainsi l’apprentissage représente 14% de nos aides plateforme en 2014 (2,5M€) et près de 300 employeurs engagés,

– la mise en place depuis le 1er janvier 2015 d’une aide aux employeurs publics recevant des jeunes volontaires en situation de handicap accomplissant un service civique. La nature de ces aides est large et variée (surcoût des aménagements, interprètes en langue des signes, auxiliaires de vie, aide au transport, étude de postes),

– enfin, la mise en place du Conseil scientifique installé en février dernier, vise à éclairer notre action et à contribuer au débat public en matière de politiques d’inclusion socioprofessionnelle des personnes en situation de handicap. Nous sommes actuellement en train de terminer des études sur deux sujets d’envergure que sont le handicap psychique et l’accompagnement dans l’emploi.

Propos recueillis par Sophie Girardeau

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