Accueil / Marché de l'emploi / Actualités de l'emploi / Dans l’industrie, l’amélioration passe par les services aux entreprises

Dans l’industrie, l’amélioration passe par les services aux entreprises

Dans l’industrie, l’amélioration passe par les services aux entreprises

La fin des fermetures en chaîne des usines en France redonne un peu d’oxygène au marché des emplois industriels. Une évolution positive mais limitée : les recrutements dans l’industrie pure et dure restent contraints. Les embauches sont essentiellement le fait des sociétés de services techniques et conceptuels aux entreprises.

Le dossier largement médiatisé de l’avenir des ateliers d’Alstom Transport de Belfort aura remis sur le devant de la scène celui, plus large et plus préoccupant, de la désindustrialisation et de la compétitivité du « made in France ». Les traumatismes de l’après crise de 2008 restent en effet vivaces : la débâcle financière s’est traduite très directement par une vaste purge dans l’appareil productif industriel. Près de 1900 sites, souvent les moins adaptés aux évolutions des nouveaux marchés et des nouvelles technologies, ont été rayés de la carte. Si le choc reste présent dans tous les esprits, il semble désormais que la situation s’améliore peu à peu. Le rapport annuel du cabinet d’étude Trendéo montre que pour la première fois depuis 2009, le solde des ouvertures et fermetures d’usines a été positif au deuxième et troisième trimestres 2016. 

La désindustrialisation masque des besoins très forts en métiers techniques.

Certes, le phénomène n’a rien de spectaculaire, le décompte est positif de 5 unités au deuxième trimestre et de 2 seulement au troisième et à ce rythme il faudrait la bagatelle de 21 ans pour remplacer les 605 usines qui ont disparu du paysage industriel français depuis 2009. Reste que l’hémorragie est stoppée. Mieux encore, la confiance en l’avenir semble retrouver des couleurs. La restauration des marges des entreprises proches de leur plus haut niveau et la reprise un peu plus nerveuse chez nos grands partenaires commerciaux donnent un peu de relief aux perspectives d’investissement. Ce qui devrait se traduire en termes de recrutement.

Probablement pas dans les industries au sens le plus traditionnel mais plus certainement dans le nouveau schéma productif qui voit l’avenir de ce secteur en partie porté par les services aux entreprises. « Il y a une confusion très répandue entre industrie et technique. La désindustrialisation que nous avons connue masque les besoins très forts que nous avons en métiers techniques. On ignore qu’un hôpital pour fonctionner correctement exige une présence technique de haut niveau. Or si l’on s’en tient au seul exemple de l’Île de France, le nombre de formations techniques est en recul alors que les besoins sont en croissance constante » souligne Isabelle Gozdowski DRH d’Apave, un prestataire de services dans les domaines de la sécurité et de l’optimisation économique des installations qui projette de recruter 400 ingénieurs et techniciens en 2017 pour ces 130 implantations en métropole.

De fait, les activités des entreprises deviennent de plus en plus complexes et diversifiées et surtout tendent à effacer progressivement la frontière entre industrie et services. Cette évolution qui est particulièrement marquée dans les jeunes entreprises de technologies est renforcée par le fait que les nouveaux sites industriels sont peu gourmands en personnel. Les spécialistes considèrent que les nouvelles installations emploient en moyenne 40 % de personnels en moins que celles qui ont fermé leurs portes. Et la tendance ne devrait pas s’inverser : les entreprises hexagonales sont parmi les moins robotisées  des grands pays industrialisés. Il n’y a en France que 1,2 robot pour 100 emplois alors que ce taux est de 2,5 en Allemagne et de 2,9 au Japon. La modernisation de nos installations se fera donc sans trop de recrutements directs. En revanche, les embauches se feront plus certainement dans les rangs de leurs prestataires industriels et chez les cadres et ingénieurs. C’est l’évolution que connaît une société comme Dalkia. La filiale énergétique d’EDF et ses 13 000 collaborateurs qui interviennent dans les installations d’énergies renouvelables et dans les domaines de la performance énergétique pour le compte de plusieurs milliers d’entreprises dont elle gère les réseaux de chaleur et de froid ainsi que les utilités industrielles « Nous souhaitons recruter cette année 700 personnes et 150 alternants. Le paradoxe c’est que si l’on a pas trop de difficultés à trouver de bons profils nous savons que notre attractivité n’est pas spontanée et que pour les meilleurs éléments nous nous heurtons au différentiel de salaires qui existe entre l’industrie et ses services et le monde de la finance qui absorbe une part important des ingénieurs et Bac+5. Pour compenser cet écart, nous travaillons sur la rémunération globale c’est-à-dire sur les compléments » note Patrice Hut directeur du recrutement et de la gestion des carrières de Dalkia qui confirme que son entreprise réalise un tiers de son chiffre d’affaire dans les activités purement industrielles et le solde dans celles du tertiaire.

L’industrie offre des métiers qui s’inscrivent dans le temps. 

Ce rôle de prestataire à l’industrie, les sociétés d’ingénierie et d’assistance technique le maîtrisent parfaitement. Gros employeur de jeunes diplômés, essentiellement des ingénieurs et des Bac +5 spécialisés dans les matières scientifiques, elles sont souvent le marche pied des postulants qui sortent des écoles. Un tremplin qui débouche souvent sur une intégration chez le client industriel où ces consultants, à 90% ingénieurs, interviennent en renfort pour la conception et la production « Nous travaillons avec une population jeune, bien formée mais qui est assez versatile. Elle a tendance en début de carrière à multiplier les expériences ce qui conduit à un turn over assez important. Pour conserver ces talents à qui nous avons donné de l’expérience et un savoir faire il faut soigner le suivit et l’accompagnement. De la même manière, nous sommes tributaires du nombre de jeunes femmes diplômées dans les filières scientifiques et de l’image trop flou des métiers de l’industrie » constate Céline Fournet Directrice recrutement chez MCA Ingénierie qui cette année a un programme 300 recrutements en France.