Accueil / Marché de l'emploi / Actualités de l'emploi / Les ingénieurs échappent à la morosité du marché de l’emploi

Les ingénieurs échappent à la morosité du marché de l’emploi

Dans un environnent macro économique qui n’a pas la lisibilité que souhaitent les chefs d’entreprise ou les responsables politiques, il y a au moins un segment de la population qui échappe aux interrogations sur son marché du travail : les ingénieurs qui sont toujours très recherchés en France. Les jeunes diplômés peuvent faire leurs premières armes sans trop de difficultés. Seul bémol: leurs salaires d’embauche stagnent depuis 10 ans.

Dans un climat général qui met l’accent sur le facteur essentiel que représentent l’industrie et la maîtrise des technologies dans une économie moderne, en particulier quand il s’agit de retrouver des marges de compétitivité, la chasse aux profils scientifiques continue de rester active. « Globalement, le marché du recrutement des ingénieurs reste tendu. On constate que cette population est aujourd’hui très courtisée dans l’ensemble des pays industrialisés. D’abord en raison des besoins croissants de cadres aimant la technique mais également parce que le marché est européen et que les bons profils ont aussi vocation à migrer vers d’autres métiers business. Nous privilégions les formations généralistes car les parcours professionnels que nous offrons embrassent plusieurs métiers et différents univers » constate Françoise Tragin, directrice du recrutement de la SNCF. Une entreprise qui va recruter 800 cadres essentiellement des ingénieurs cette année et qui comme l’ensemble du tissu industriel national a du mal à faire connaître l’étendue des opportunités qui sont offertes dans les métiers de la technique. Très concrètement, nos experts reconnaissent que les titulaires du parchemin d’ingénieur, et particulièrement ceux qui disposent des capacités professionnelles et humaines qui vont avec, sont très certainement privilégiés dans un marché de l’emploi qui ne connaît globalement aucune éclaircie. Selon les indicateurs de l’APEC, l’Agence nationale pour l’emploi des cadres, près de 4 offres d’emploi sur 10 confiées à cette institution concernent des postes d’ingénieurs. Ce n’est pas une nouveauté: les besoins des entreprises même en période d’attente d’un retour de croissance forte et durable ne faiblissent pas. « Une société de conseil en haute technologie comme la nôtre qui participe à la mutation et la montée en puissance technique de ses clients, se trouve confrontée à une forte concurrence pour les meilleurs profils dans des expertises très sollicitées comme la mécanique, l’électricité, l’électronique embarquée ou les objets connectés qui sont en évolution permanente. Nous avons donc besoin de potentiels capables d’opérer mais aussi de transférer leurs expériences d’une société à l’autre. Tout cela durcit la chasse aux talents » explique Laurent Graciani, directeurs des fonctions supports chez Alten.

Une compétition exacerbée par les départs en retraite des générations de l’après-guerre; l’élévation du degré de sophistication de nos économies et le recul du nombre d’étudiants dans les filières scientifiques. La conjonction de ces facteurs se traduit par une situation de quasi-pénurie: le chômage des ingénieurs est purement frictionnel. Il serait inférieur à 4 % de la population concernée sur l’ensemble du territoire. Le déséquilibre entre les cohortes de diplômés et les besoins des entreprises industrielles mais aussi des services et des établissements publics ne fait que tendre cette situation. Selon les critères d’habilitation de la Commission du Titre, la France diplôme 31 000 ingénieurs par an. Il en faudrait au moins 40 000 pour couvrir nos besoins dans l’hexagone et ceux de nos sociétés présentes à l’étranger. « L’un des problèmes les plus aigus que nous rencontrons réside dans l’écart entre la formation délivrée dans les grandes écoles et nos besoins. Les cycles académiques ne sont pas tous adaptés à l’évolution des technologies que nous mettons en oeuvre. Cela nous conduit à privilégier certaines écoles très spécialisées. C’est très positif car ces jeunes collaborateurs ont une valeur ajoutée immédiate. Mais cela laisse ouverte la question de l’adaptation aux mutations technologiques sur le long terme » souligne Hadrien Proust responsable talent acquisition et relations écoles chez HP. Le n°1 mondial de l’informatique regrette qu’à l’exception de quelques écoles spécialisées, l’informatique soit un peu le parent pauvre du système académique. Même si certaines universités qui lancent des masters sur des créneaux aussi pointus que le Cloud commencent à se faire une petite place, les liens entre les entreprises et les universités semblent encore trop lâches pour que les grands acteurs du numérique soient rassasiés de candidatures. Dommage car selon les prévisions de la Conférence des grandes écoles, les seuls besoins en ingénieurs dans le numérique dépasseront la barre des 15000 postes d’ici 2020. Or, dans le même temps, on constate que seuls 30 % des ingénieurs détiennent un diplôme universitaire.

Nos experts très pragmatiques reconnaissent que si les recrutements se poursuivent c’est aussi parce qu’ils s’efforcent de dépasser les situations de difficulté de recrutement pour certains profils en jouant sur l’attractivité financière ou les perspectives de carrière. « Nous recherchons les compétences qui font défaut chez nos clients dans les nouvelles expertises que sont la business Intelligence, les infrastructures, le share point, la sécurité,… le plus dur est ensuite de les conserver. Cela nous impose de prendre en compte leurs aspirations à moyen terme, de permettre des évolutions sur les techniques innovantes voire pour ceux qui veulent de nouvelles expériences, des missions à l’étranger. C’est possible quand nos cadres sont des passionnés de technologie et s’impliquent. Plus compliqué quand l’implication est moindre » note Marie-Liesse Allouis, directrice des ressources humaines pour la France et la Belgique d’Avanade, le champion de l’intégration des solutions Microsoft pour les grandes entreprises. Si les attentes d’excellence des entreprises sont légitimes, les candidats eux constatent que la tension sur le marché des ingénieurs ne se reflète pas dans les rémunérations. En valeur absolue, les ingénieurs sont à âge et performances équivalentes toujours moins bien rémunérés que les spécialistes du marketing ou de la finance. Pis encore, les jeunes diplômés font avec les comparaisons de la Conférence des grandes écoles le constat qu’ils sont en 2014 moins bien payés à l’embauche que leurs homologues diplômés des promotions des années 2000.