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Les réformes pèsent sur l’emploi

Les réformes pèsent sur l’emploi

La fonction publique territoriale est en mode pause. A quelques mois de la fusion des nouvelles régions, les collectivités qui accélèrent la préparation de leur budget 2016 ne savent pas toujours sur quel pied danser. Une seule certitude: le contexte budgétaire contraint va bouleverser les modes de gestion et par ricochet les perspectives d’emploi.

A défaut de boussole politique bien calée, les responsables des collectivités territoriales comme l’ensemble des observateurs de cet univers s’accordent au moins sur un point: la réforme des collectivités quelle qu’en soit l’issue définitive va faire jaillir de nouveaux modes de financements, de gestion et donc de recrutement. Le vaste « millefeuille » français emploie aujourd’hui plus de 1,7 million d’agents. Sous différents statuts mais avec théoriquement un seul mot d’ordre : le service de proximité. La complexité nouvelle c’est qu’il va falloir « dans un contexte de raréfaction des ressources, trouver des solutions pour faire aussi bien avec moins. Concrètement trouver les moyens humains et l’ingénierie de gestion qui va permettre ce grand virage » constate Julien Perez directeur du pôle Public chez Quadra.

Un exercice complexe. L’Etat va en effet tailler 11 milliards d’euros de dotations aux diverses structures décentralisées. Un passage particulièrement périlleux qui repose sur le pari d’une rationalisation importante du millefeuille territorial et qui selon les spécialistes va, au moins dans un premier temps, se heurter à l’impréparation des conseils régionaux« C’est un leurre de croire qu’il y aura des économies à court terme. Ces grandes transformations ont toutes un coût initial significatif avant d’espérer engager les premières économies. De fait, la première des priorités sera d’être en capacité de payer les agents fin janvier et d’éviter les bugs sur les flux financiers » juge Philippe Nasciet président de Light Consultants.

Une récente étude d’un grand cabinet Conseil le confirme et engage les collectivités à accélérer la préparation de leurs budgets 2016 et surtout l’organisation de leurs administrations fusionnées. Une évidence pour tous : dès le 1er janvier de l’an prochain, chaque directeur et ses services administratifs sera en double voire en triple position après l’officialisation des nouveaux assemblages. « Certaines régions nouvelles sont en train de préfigurer les conséquences de leur rapprochement. Avec un souci majeur: tracer un cadre budgétaire pour l’exercice 2016. Mais dès que l’on touche au dossier ressources humaines, les problèmes sont entiers. Nous sommes dans un cycle préélectoral long ce qui anesthésie le marché de l’emploi des cadres » remarque David Mérigonde manager exécutif senior chez Michael Page. Or il semble qu’il y ait urgence: peu de collectivités appelées à « se marier » savent ce qui sera définitivement mis en place. C’est ainsi que les fusions des outils informatiques notamment pour assurer la continuité de certains services publics, restent encore rares. De même que de nombreux contrats signés avec des prestataires pour les campagnes de communication ou les agences de notation sont juridiquement très fragilisés. Les experts de l’Association des Régions de France admettent qu’il y a des retards à l’allumage si l’on compare ce mouvement avec les opérations d’intercommunalités. « Il y a eu lors de ces fusions intercommunales beaucoup de mutualisations. Les élus ont préparé le terrain en s’accompagnant de collaborateurs capables de trouver des marges de manoeuvre. Les Régions n’ont pas encore ces profils de « cost-manager » dans leurs équipes » souligne Hugues Anselin directeur général de Fursac&Associés. D’une façon plus générale, nos experts sont plus inquiets pour le nouveau cadre de travail des départements que pour les futures grandes régions. Les départements vont voir leurs pouvoirs d’investissement fortement baisser tandis que les régions vont récupérer les compétences économiques, culturelles et technologiques. Tout cela dans un climat où les élus vont faire de la résistance. « En ne réduisant pas le nombre de collectivités, on met implicitement l’accent sur la compétitivité. Il va y avoir une course à la prise de compétences. On le constate d’ores et déjà dans le foisonnement des directions du développement économique » note Julien Perez.

Un mouvement qui pèse de plus en plus sur le recrutement des cadres territoriaux. Les critères qui prévalent sont ceux du secteur privé ». « On recrute des profils qui viennent de la banque, de l’assurance, de l’industrie. Cette évolution gagne du terrain. Le recours à des professionnels confirmés est en hausse. Mais il faut bien comprendre que la technicité ne suffit pas: il y a une grande différence entre le tempo des politiques, la culture managériale et le respect du temps de l’administration » prévient Olivier Vanbelle consultant pôle Public chez Mercuri Urval. Le fameux statut n’est qu’un des éléments du processus et les embauches de contractuels deviennent de plus en plus fréquentes. Une diversification des sources de recrutement d’autant plus active que les régions mais aussi les nouvelles intercommunalités et les futures métropoles affichent des disparités parfois importantes dans les critères d’attribution d’aides aux entreprises, de bourses aux apprentis, de politiques culturelles ou éducatives mais surtout en termes d’indices, de régimes indemnitaires ou de primes des agents titulaires. Un casse-tête technique et financier : les ajustements se faisant traditionnellement par le haut, ils freinent les politiques RH des collectivités.