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Mixité : il faut renforcer le pouvoir de chaque femme

Mixité : il faut renforcer le pouvoir de chaque femme

Avec dix ans de recul sur les pratiques en matière de mixité, Emmanuelle Gagliardi (Connecting Women) pointe les fausses bonnes idées et affirme ses convictions.

En matière de mixité « en France, on est mauvais », assène Emmanuelle Gagliardi — une preuve parmi d’autres, dans l'Hexagone les écarts de salaire entre les hommes et les femmes qui se creusent selon le rapport OCDE (2017), Atteindre l’égalité femmes-hommes : un combat difficile (Editions OCDE). Pour la présidente de Connecting Women, et auteure de l’ouvrage 500 réseaux féminins pour booster sa carrière (Eyrolles, juin 2018), l’heure est au bilan. Après avoir créé et fait vivre pendant quatre ans le magazine d’entreprise féminin L/on top, après avoir lancé et organisé pendant six ans le Forum de la mixité, son constat est sans complaisance.

« Vu la force du leadership masculin, les réseaux mixtes, c’est non. » Emmanuelle Gagliardi, Connecting Women

Convaincre les hommes de rallier la cause ? Pas gagné. Tabler sur des réseaux mixtes plutôt que féminins pour la faire progresser ? Contreproductif. « Vu la force du leadership masculin, les réseaux mixtes, c’est non, ils diluent les aspirations portées par les femmes et produisent une perte de l’innovation que peut proposer un réseau féminin. Les hommes doivent être formés à la mixité de leur côté et les femmes, être la tête de proue du navire », estime-t-elle. En tant que premières victimes des inégalités salariales et du sexisme, les femmes savent en effet ce dont elles ont besoin pour prendre leur sort en main : en premier lieu, d’une parole plus solide pour être audibles. Encore faut-il en avoir les moyens mais peu d’entreprises en donnent aux femmes pour organiser des rencontres permettant le partage d’expériences et de bonnes pratiques.

Le bénévolat, premier écueil des réseaux de femmes

La plupart de ces réseaux relèvent du bénévolat et ne disposent pas de cadre de référence clair. Les femmes s’impliquent quand elles ont le temps et, entre le travail et la famille, elles en ont peu. « Il est difficile ainsi de monter en puissance et d’assurer la pérennité des mouvements car lorsqu’une femme leader quitte un réseau, le soufflé tombe », remarque notre interlocutrice.
Quand les moyens financiers existent, c’est le temps et l’énergie qui font défaut. Actuellement, les acteurs de la mixité en entreprise sont obligés de convaincre des femmes d’assister à des formations qui les concernent, alors même que ces formations sont payées par l’entreprise ! « On est obligé de les convaincre car elles sont engluées dans l’opérationnalité et parce qu’à la journée de travail, s’ajoute la charge familiale qui pèse plus sur elles que sur les hommes », déplore-t-elle.

Former les femmes pour créer un tsunami de compétences féminines

Intimement convaincue que former les femmes pour les aider à renforcer leur pouvoir est efficace, Connecting Women met à leur disposition une centaine d’experts et vise 50 000 femmes formées en un an au travers d’un programme en ligne : #PPV (Pulvériser le Plafond de Verre) — à ce jour, on compte 2500 femmes inscrites. « Il faut former massivement les femmes pour créer un tsunami de compétences féminines, et là, on ne pourra pas arrêter la vague qui monte », poursuit Emmanuelle Gagliardi.

Donner les moyens aux femmes et aux Y de faire bouger l’entreprise

« Pour faire passer une idée dans l’entreprise, il faut consolider les alliés et convaincre les opposants — les X —, ce qui demande une énergie folle », constate-t-elle. Pousser les neutres à s’engager est beaucoup plus efficace. Les neutres, ce sont les Y. Avec les femmes, ils sont actuellement les leviers de l’innovation, il faut donc donner à ces deux populations les moyens de faire bouger les lignes. « En consolidant les alliés, en consolidant aussi le champ d’expression des femmes et en le reliant à celui des Y, on ringardise les opposants », conclut Emmanuelle Gagliardi.

Sophie Girardeau

Pour en savoir plus, téléchargez notre livre blanc sur l'égalité F/H.