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On recrute toujours en nombre

On recrute toujours en nombre

La transition énergétique va occuper une place importante dans l’agenda des prochains mois. Les entreprises du secteur s’y préparent avec soin. Cela ne bouleversera pas pour autant la hiérarchie des recruteurs: les besoins identifiés pour un avenir proche sont connus, ils concernent en priorité les ingénieurs et scientifiques. On note toutefois un retour en force des «humanités» dans les attentes des DRH. Le double diplôme est souvent un atout supplémentaire dans les grands groupes.

Après une longue période de somnolence, le marché du recrutement des cadres retrouve des couleurs. Peut-être pas encore celles flamboyantes d’avant la crise mais suffisamment pour que les tensions soient désormais bien identifiées par les professionnels. Pour ces experts, le point bas aurait été atteint en septembre 2013. C’est en tout cas l’une des conclusions que l’on peut tirer de l’évolution du chiffre d’affaires des cabinets de recrutements. En termes globaux, il est passé de plus d’un milliard d’euros en 2008 à un peu plus de 700 millions l’an dernier. Et ces tensions se manifestent plus particulièrement dans deux grands secteurs : l’aéronautique et l’énergie. Tout simplement parce que nous sommes dans une phase de passage de témoin. Entre les industries traditionnelles et celles plus pointues comme l’aéro, le spatial ou l’énergie mais aussi celles des services à l’industrie comme la maintenance industrielle, qui sont à forte valeur ajoutée.

L’énergie est au coeur de l’actualité en raison de la crise Ukrainienne et des menaces qui pèsent sur l’approvisionnement des économies européennes en gaz russe mais aussi très spécifiquement en France avec le lancement des débats autour de la transition énergétique.

Les DRH des grands groupes confirment ce constat. «Nous sommes au coeur de métiers très techniques. Mais l’évolution des fonctions exige des compétences de plus en plus larges : il faut certes une expertise technique mais aussi des qualités managériales. Il faut également maîtriser les nouvelles approches induites par la digitalisation de nos environnements. Le concept de transition énergétique repose notamment sur les smart grids, smart cities ou réseaux intelligents. » souligne Florence Cordier, responsable marque employeur et recrutements chez EDF qui pilote un volume de recrutements très conséquent avec un programme d’offres pour 1600 ingénieurs et 2 600 techniciens. Des futures recrues à qui l’on va demander en plus de leurs compétences initiales, une bonne culture générale. Tous les métiers de l’énergie doivent en effet intégrer la composante «efficacité énergétique », le nouveau mantra de ce secteur. Que ce soit dans les énergies fossiles, le renouvelable ou le nucléaire tous les acteurs ont en arrière-plan cette exigence. C’est notamment le cas dans le nucléaire. Cette filière qui pèse 45 milliards d’euros grâce à 2500 entreprises et plus de 200 000 salariés continue de recruter massivement. Entre les départs en retraite de la génération du babyboom et l’exportation qui repart comme on le constate avec les derniers contrats signés en Grande Bretagne, ce sont 100 000 emplois qui seront créés dans cette filière dans les 5 ans.

AREVA, qui emploie 30 000 personnes en France uniquement, va ainsi recruter 1000 personnes cette année dont 500 cadres. « La transition, comme les mutations énergétiques, nous commandent de maintenir nos embauches notamment dans les activités de services nucléaires dans les régions où AREVA est implanté. De nouveaux profils sont nécessaires pour faire face aux attentes du marché. Nos jeunes diplômés ne doivent pas seulement être très bons techniquement, ils doivent aussi être mobiles et culturellement très ouverts car les deux tiers de notre chiffre d’affaires se réalise à l’exportation » note Jérôme Leparoux directeur du développement des ressources humaines chez AREVA. Une entreprise qui rappelle que ses métiers concernent toujours tout ce qui tourne autour des équipements lourds particulièrement en mécanique et chaudronnerie. Les activités de services en milieux sensibles ne sont pas absentes de cette croissance des demandes de talents. Une des filiales du Groupe DERICHEBOURG développe une filière nucléaire en charge de la gestion de déchets et des activités de maintenance nucléaire qui a l’ambition d’être un prestataire référent de cet univers. Des métiers en pleine croissance, en hausse de 30 % par an, qui prennent en charge des prestations de services et d’ingénierie pour le compte de grands clients comme EDF, le CEA et Areva. « Nous recrutons avec beaucoup d’anticipation sur des postes d’ingénieurs, de techniciens et d’intervenants dont les profils et les expertises sont peu disponibles dans le marché de l’emploi. Nos besoins de recrutement ciblent principalement des ingénieurs, techniciens et opérateurs en gestion de déchets, en radioprotection, en sûreté, ainsi que des chargés d’affaires et chefs de projet dans le nucléaire. Au-delà de l’expertise recherchée, nous intégrons aussi des profils juniors et en apprentissage que nous formons au travers d’un processus de tutorat et de compagnonnage » constate Setti Benchehida responsable des ressources humaines de Derichebourg Services Industries.

Ces métiers, pas toujours connus des jeunes diplômés mettent, aussi en relief un phénomène de plus en plus souligné par nos experts: le déficit de techniciens supérieurs. Maillons indispensables de la chaîne industrielle, des spécialités pointues comme « contrôle industriel et régulation automatique »; « conception et réalisation de systèmes automatiques » ; « spécialistes de commandes numériques » ou « projeteurs ou méthodes » sont activement demandés par les entreprises.

Une entreprise comme Assystem, au 4e rang mondial des ingénieries indépendantes, compte 70 % d’ingénieurs et 30 % de techniciens. «Nous allons recruter 1000 personnes cette année en France, dont 30 % de juniors notamment des ingénieurs projets, ingénieurs sûreté, chefs de projet, ingénieurs études, ingénieurs systèmes. Ils seront issus des écoles d’ingénieurs mais aussi des masters spécialisés de l’Université et de certaines écoles de commerce où l’on développe l’appétence pour les dossiers industriels. En complément nous nous appuyons sur l’alternance : 150 postes seront ouverts de Bac +2 à Bac +5 et nous avons l’objectif d’en titulariser 70 %.» explique Mylène Boïk responsable des ressources humaines chez Assystem…

L’alternance est un point fort du recrutement dans les filières de l’énergie confirme Florence Cordier qui chez EDF évalue à 25 %la part de ces contrats dans l’ensemble des recrutements et souligne aussi l’intérêt des doubles diplômes. « Une tendance qu’il faut développer précise la responsable car nous avons besoin de renforcer le volet relations humaines dans les cursus de formation des scientifiques ».