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Postconfinement : accompagner les salarié·es c’est les associer aux décisions

Accompagner au mieux les salarié·es dans la période postconfinement demande d’articuler de multiples contraintes et de réfléchir collectivement aux réponses à apporter.

Pour les entreprises, préserver la santé et la sécurité physiques des salarié·es est le premier des enjeux du retour au travail sur site. De nombreuses autres questions prioritaires émergent de l’application du protocole de déconfinement (mesures barrières, recommandations en termes de jauge par espace ouvert, gestion des flux de personnes, équipements de protection individuels, nettoyage, désinfection, etc.).

Tenir compte d’une multitude d’enjeux prioritaires

La question de l’organisation d’abord. Dans une usine par exemple, les mesures de sécurité ont un impact sur les capacités de production, comment mettre en place une nouvelle organisation efficace ? Quels que soient ses métiers et son environnement de travail, il s’agit pour l’entreprise de savoir si elle a les capacités de répondre efficacement à la demande de produits et de services. Les enjeux sanitaires questionnent aussi la dimension collective du travail : vu les mesures de sécurité, est-ce que ça vaut le coup de retourner travailler au bureau ? Si le fait d’y aller équivaut à ne pas pouvoir se réunir et à être dans un environnement anxiogène, où est l’intérêt ? « Dans les conditions sanitaires actuelles, le « réenchantement » du travail sur site est compromis », observe Frédéric Guzy, directeur général d’Entreprise&Personnel (E&P).

Organiser le travail en fonction des étapes du déconfinement

De plus, l’organisation du travail est instable. Il vaut mieux maintenir autant que faire se peut le télétravail et réfléchir avec les équipes aux meilleures façons d’organiser le travail en fonction des différentes étapes du déconfinement. Et pour ce faire, commencer par poser les critères qui déterminent le retour sur site d’un·e salarié·e. Quel pourcentage de l’effectif ? pour quoi faire ? etc. Kantar Media France par exemple, comme l’indique le témoignage de son CEO Denis Gaucher à lire sur les Echos Executives, table sur une présence sur site progressive : 5 à 10% des salarié·es en mai puis jusqu’à 25% en juin.

Dialoguer avec les équipes et les managers

Il s’agit ensuite de savoir « comment articuler les contraintes pour recréer un collectif dans un environnement organisationnel mouvant », poursuit Frédéric Guzy. L’autre priorité actuelle pour les directions est donc de dialoguer avec les managers et les équipes afin de construire des organisations de travail efficaces. « Les décisions ne doivent pas être descendantes. C’est en donnant aux équipes et aux managers les moyens de s’organiser que l’on va réussir à reprendre une activité en tenant compte des contraintes actuelles », souligne-t-il.

Peser l’enjeu du management de la performance

D’autres sujets se greffent à celui de l’organisation du travail : les objectifs fixés aux salarié·es notamment, la part variable de la rémunération, la compensation ou non de la perte de salaire du chômage partiel, les nouvelles priorités des entreprises et leur impact sur le sens au travail, etc. Les collaborateurs et collaboratrices observent la façon dont les dirigeant·es se comportent actuellement vis-à-vis de ces questions. « De la façon dont les équipes sont traitées dépend leur engagement à venir, il y a donc un enjeu fort pour l’entreprise à donner des signes de soutien et de reconnaissance », pointe notre interlocuteur.

Réfléchir collectivement à la suite, une démarche de QVT

Et la qualité de vie au travail dans tout ça ? Objet de tant d’attentions ces dernières années, elle semble remisée aux oubliettes, ou du moins, une certaine façon de l’aborder. Car au fond, de quoi parle-t-on quand on parle de QVT ? De permettre aux salarié·es d’être acteurs et actrices de leur travail dans une organisation du travail donnée. « On en revient à l’écoute, au partage, à la prise en compte des salarié·es dans les décisions », rappelle-t-il. Répondre aux nombreuses questions aujourd’hui sans réponses dans les entreprises (objectifs, prises de congés, nécessité de travailler plus…) demande de « sortir des préjugés, de l’idéologie pour permettre à tous les collaborateurs et collaboratrices de réfléchir à la reprise, de concerter au-delà des quelques happy few et représentant·es habituel·les », conclut Frédéric Guzy.

Sophie Girardeau

Publié le 21 mai 2020.