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Un contrat à part entière qui ouvre des portes

Un contrat à part entière qui ouvre des portes

Les entreprises en quête de flexibilité mais aussi de réactivité ont intégré le cadre en intérim dans leur politique de ressources humaines. La professionnalisation de cette filière en fait une piste à ne pas négliger pour les cadres en recherche d’emploi ou en transition professionnelle. Ce statut permet aussi aux jeunes diplômés d’acquérir de l’expérience et de tisser des réseaux relationnels.

Si l’intérim est un indicateur avancé de l’évolution du marché du travail dans une économie sophistiquée comme le pensent de nombreux experts, alors l’horizon s’éclaircit. Même si, soulignent nos spécialistes, le marché des cadres est très atypique en France: on y est très proche du plein emploi pour cette catégorie de salariés dans la tranche des 25-55 ans.

Durant les premières étapes de son développement, l’intérim a été le royaume des secteurs fortement cycliques comme le bâtiment et la production industrielle, principaux employeurs de main d’oeuvre temporaire. Cette période est révolue. Ce type de contrat, que le législateur a bien encadré et qui peut s’adosser à de nombreux statuts juridiques est de plus en plus utilisé par les sociétés de taille intermédiaire qui ont des besoins ponctuels mais de qualité. « Les demandes émanant des entreprises sont d’un bon niveau. Nous constatons même une forte croissance de l’intérim au niveau cadre. Les entreprises considèrent que ce profil fait partie du paysage. Il offre à l’employeur de la flexibilité, de la sécurité aussi car c’est l’équivalent d’une longue période d’essai et il permet aux intérimaires de prendre pied dans l’entreprise et aux jeunes diplômés de faire leur première expérience » analyse Alexandre Tamagneaud, associé du groupe FED. Notre expert reconnaît toutefois que depuis juin dernier, les propositions des entreprises baissent au profit des recrutements directs en CDI.

Ce constat n’est pas une surprise. Depuis plusieurs années et la crise a accéléré le mouvement, l’intérim a gagné ses galons dans les entreprises et une véritable respectabilité chez les candidats à un emploi. Si les volumes concernant la population cadre ne sont pas spectaculaires, ils n’en demeurent pas moins intéressants dans un environnement où les cadres sont relativement épargnés par le chômage. On considère aujourd’hui que moins de 6 % de cette catégorie de la population active est directement concernée par des problèmes d’emploi. Si l’intérim y trouve sa place c’est en priorité auprès des seniors et des jeunes diplômés qui ont plus de difficultés que la moyenne à intégrer ou réintégrer le marché de l’emploi. Ces deux groupes forment le gros du bataillon des 50000 cadres qui ont eu un contrat d’intérim cette année. Un statut qui offre « un très bon levier pour un retour dans l’activité car une bonne mission est une brique supplémentaire dans l’employabilité à venir. Les cadres ont en effet du mal à justifier un CV avec une longue absence du marché du travail. Cet entre-deux doit être optimisé pour acquérir ou conforter ses savoir-faire professionnels » souligne Coralie Casteels. Même si, reconnaît la responsable BU/ Comptabilité finance du groupe William Sinclair, il est de plus en plus complexe de recruter des cadres en intérim car les choix sont restreints à cause des tensions sur certains métiers et aussi parce que les profils les plus performants sont très vite intégrés en CDI. C’est à la lumière de ce constat que Stéphanie Sabau, la directrice exécutive de Badenoch&Clark Management de Transition rappelle que « les cadres en mission d’intérim doivent marketer leurs expériences : la réalisation des missions, les objectifs atteints et la cohérence des postes occupés. Le CV par compétence prime désormais sur la chronologie. Les candidats doivent intégrer ces paramètres. Il faut faire preuve de flexibilité cohérente. » Car si le recours à l’intérim cadre est devenu l’une des composantes de la gestion des ressources humaines de l’entreprise, les attentes des employeurs souvent pressantes sont aussi très qualitatives.

Une évolution du paradigme qui n’est pas toujours suffisamment évaluée par les candidats à un poste ou une mission. Avec la transformation des organisations, les nouveaux modes de management qui donnent la priorité à l’efficacité, les missions d’intérim glissent vers les fonctions de gestion et d’administration. Dans le palmarès des fonctions les plus demandées, c’est sans surprise que l’on trouve par ordre décroissant les métiers de la finance comme le contrôle de gestion ou la comptabilité; les fonctions juridiques et les ressources humaines avant les métiers techniques. « Le phénomène de l’Intérim cadres se démocratise. Les entreprises qui n’ont plus des structures aussi figées qu’il y a quelques années, en ont compris l’intérêt qualitatif. Mais la contrepartie c’est que les candidats doivent entre deux CDI se maintenir à niveau, développer leur réseau et être visibles » remarque Laetitia Quatrevaux manager régional chez Hays. Concrètement, cela signifie enrichir régulièrement son employabilité, faire preuve de mobilité et démontrer sa motivation. Des efforts souvent récompensés. En particulier pour une catégorie de cadres qui tire le meilleur parti de ces contraintes: les seniors. Ils n’existaient pas dans les demandes adressées aux cabinets spécialisés avant la crise. Ils sont aujourd’hui très appréciés: la demande pour cette catégorie de cadres augmente plus rapidement que la moyenne. Probablement parce que ces collaborateurs ne s’inscrivent pas dans des logiques de compétitions hiérarchiques. « Si nous ne constatons pas une demande accrue de CDI dans l’urgence, nous enregistrons un taux de transformation de nos cadres intérimaires en contrat à durée déterminée qui augmente sensiblement. Concernant les seniors, l’a-priori trop vieux ou trop cher se transforme en très bon. Les entreprises souhaitent s’armer de collaborateurs qui ont les épaules, le savoir-faire et savoir être qui rassurent. » remarque Laurent Charpentier manager exécutif de Michael Page.

Pour les plus confirmés d’entre eux, des missions à l’étage supérieur peuvent se profiler: celles de manager de transition. Elles concernent les cadres supérieurs qui interviennent en collaboration avec les directions générales sur des projets structurants ou de plus en plus souvent sur des restructurations ou des délocalisations. Moins nombreux à pouvoir postuler, le syndicat des managers de transition considère que ce club est ouvert à ceux qui ont une expérience d’au moins dix ans dans des Comités de direction et dont la base de rémunération est de 1000€/ jour, il est l’apanage de professionnels hautement qualifiés qui à travers des sociétés personnelles en font un exercice à temps plein.