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Handicaps psychiques et emploi : un état des lieux

Handicaps psychiques et emploi : un état des lieux

Les handicaps psychiques sont des handicaps invisibles, cette invisibilité explique le nombre de préjugés qui y sont associés. Difficiles à identifier et donc à mesurer, leur prise en compte en tant que phénomènes de santé publique pose problème. Un colloque organisé le 6 octobre 2015 par l’association Handi Lyon Rhône leur était dédié pour dresser un état des lieux de la façon dont ils sont appréhendés dans le monde du travail, et dégager quelques pistes de réflexion et d’actions à mener.

Marc Thouanel, directeur général de l’association Handi Lyon Rhône, évoque le bilan que l’on peut tirer dix ans après la promulgation le 11 février 2005 de la loi « pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées », il pointe la situation particulière des handicaps psychiques : « On note une véritable amélioration depuis cette loi, cependant les travailleurs handicapés en recherche d’emploi sont plus du double que les personnes ordinaires en recherche d’emploi. Si en général, des solutions sont apportées, un cas fait exception, celui du handicap psychique. »
Une étude lancée en janvier 2015 par l’association, sur le thème du handicap psychique et de l’emploi, a débouché sur le colloque du 6 octobre qui fut l’occasion d’identifier quatre problématiques.

Un handicap difficile à définir

Les mots utilisés pour le désigner, le définir varient extrêmement d’une personne, d’une entreprise, d’une structure à l’autre. De plus, les handicaps psychiques sont très divers, en termes de nombre et d’échelle d’intensité, et de grandes confusions existent qui rendent complexe l’approche du sujet.
D’une part, une maladie ne crée pas forcément un handicap car celui-ci est toujours lié à un environnement, d’autre part, dans le cas de ce type de troubles, « la maladie est invisible, chronique avec des fluctuations très importantes liées à des facteurs intrinsèques et environnementaux. Ce sont des éléments importants à prendre en compte pour une évaluation adaptée. Le projet de vie doit être réaliste et évalué correctement pour ne pas mener à un échec. Enfin, l’évaluation pluridisciplinaire est aussi dynamique et évolue dans le temps », a expliqué Madame Charpy, médecin coordonnateur MDMPH (maison départementale et métropolitaine des personnes handicapées), lors du colloque.
La définition, complexe, est essentielle si l’on veut que les professionnels de l’insertion, l’entreprise et l’univers médical communiquent et se comprennent. « Ce sont des univers qui fonctionnent en silos et ne se parlent pas assez », pointe Marc Thouanel.

Un handicap difficile à quantifier

C’est le deuxième handicap en termes de nombre de personnes concernées, derrière le handicap moteur. Mais les chiffres, aussi, varient : selon l’Insee, 350 000 personnes en France seraient concernées, selon l’Unafam, elles seraient 600 000. L’OMS prévoit que les pathologies psychiques représentent la première cause de handicap dans le monde à l’horizon 2020.
Il faut aussi souligner le fait que la stigmatisation sociale liée aux maladies psychiques freine souvent la déclaration de RQTH (reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé) et donc le fait que le handicap soit connu de l’entreprise.
« Il y a actuellement de moins en moins de personnes identifiées ou qui passent dans les structures médicales ou de type Pôle Emploi et les consultations pour troubles psychiques se font essentiellement en ambulatoire, des personnes échappent donc à l’identification ce qui rend difficile la prise en compte de ces troubles en tant que phénomène de santé publique », explique notre interlocuteur.

L’insertion professionnelle et ses freins

Il faut noter que les représentations négatives existent chez les professionnels de l’insertion et chez les employeurs – les représentations sont d’autant plus fortes que les difficultés de ce type de handicap relèvent d’habiletés sociales élémentaires et non de difficultés techniques. Ces derniers ont la volonté d’employer les personnes qui ont un handicap psychique mais veulent être accompagnés.
Malgré cette volonté, le sujet dérange. « Globalement, les employeurs sont embarrassés d’en parler et ensuite, d’agir ; il faut aussi pointer le problème du propre déni de la personne handicapée », observe Marc Thouanel. En matière de handicap psychique, les conseillers doivent faire face aux fluctuations de l’état de santé des personnes, au fait que l’accompagnement demande plus de temps, d’énergie, un suivi plus long, aux préjugés liés aux peurs, représentations et à la méconnaissance de ces troubles.
Ainsi, deux Français sur cinq associent la maladie mentale à la folie et 35% des Français seraient gênés de travailler dans la même équipe qu’une personne atteinte de maladie mentale, de plus, souvent, on l’associe à tort à la déficience mentale. Toutefois une bonne expérience conditionne aussi de futures embauches.

Le management

« La problématique est de plus en plus prégnante en entreprise et le burnout n’est qu’un petit élément parmi d’autres. Avant de stigmatiser une personne handicapée, ne doit-on pas se demander si l’on est en capacité d’accueillir la différence des autres, de faire évoluer sa structure, de questionner son style de management ? », souligne Marc Thouanel. Face aux moments de crise et aux situations de souffrance, le management est-il inadapté et lui-même générateur de troubles psychiques ?
Les troubles psychiques toucheront environ une personne sur quatre au cours de sa vie – nous sommes tous ou presque concernés –, mais la souffrance psychique n’entraîne pas toujours un handicap. En revanche, c’est toujours par rapport à un environnement qu’un handicap se définit, un environnement qui peut être facilitant ou nocif, l’environnement de travail en l’occurrence.
Il importe de rappeler que, même s’il n’existe pas de méthodologie unique, vu la diversité des situations et des contextes, « les leviers qui permettent le maintien dans l’emploi sont les mêmes que ceux qui permettent d’éviter les conditions nocives pour tous ».

Sophie Girardeau

16 novembre 2015