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La santé des salarié·es, clé de la continuité de l’activité

La santé des salarié·es, clé de la continuité de l’activité

Employees first! À l’heure où l’urgence gouverne les décisions, jamais la conviction de Vineet Nayar, ancien dirigeant de HCL Technologies et auteur de l’ouvrage Employees First, Customer Second, n’aura autant fait écho à une obligation des employeurs : veiller à la santé, physique et mentale, et à la sécurité des salarié·es.

Priorité aux salarié·es donc, quitte à malmener momentanément le business. Pour protéger salarié·es et client·es, et parce que certaines de ses boutiques ouvrent habituellement le dimanche, Nespresso France a annoncé leur fermeture à ses équipes terrain sitôt connue la décision gouvernementale de clore les lieux publics « non indispensables », le samedi 14 mars au soir donc. La veille, le télétravail avait été imposé à l’ensemble des salarié·es du siège. À l’heure où nous écrivons ces lignes (avant que de nombreux pays n’aient décrété le confinement de leur population), le télétravail est obligatoire dans tous les bureaux de Monster à travers le monde. Excepté en Allemagne où il est fortement recommandé — l’imposer est du ressort des Länder. « Rassurer, réconforter les gens, nous demander à chaque moment ce qui est bon pour les salarié·es nous a permis de trouver le meilleur équilibre pour les équipes et pour l’entreprise », explique Nelly Rey, DRH Europe de Monster

Accepter le télétravail « en mode dégradé »

« Nous portons une grande attention à la santé mentale de nos salarié·es, qui s’apprécient entre collègues, le but est de les aider à vivre l’isolement du confinement le mieux possible », ajoute-t-elle. Une enquête globale hebdomadaire d’une douzaine de questions liées à la santé mentale a été mise en place pour prendre le pouls des équipes. Le top management, qui met le travail entre parenthèse une partie de la journée pour s’occuper de ses enfants, invite les équipes à suivre son exemple. « La situation actuelle n’a rien à voir avec le télétravail en temps normal. Nous sommes conscient·es qu’il est effectué en mode dégradé et nous acceptons qu’il en soit ainsi », observe de son côté Hélène Gemähling, DRH de Nespresso France. L‘entreprise demande à ses managers de faire preuve de souplesse vis-à-vis des équipes, d’autant plus qu’avec une moyenne d’âge de 34 ans, son effectif compte de nombreux parents d’enfants en bas âge.

Maintenir le lien pour prévenir les risques psycho-sociaux (RPS)

Tout le monde vit le confinement mais tout le monde ne le vit pas dans les mêmes conditions, la recrudescence de risques psychosociaux est à craindre durant cette période. Outre le lien quotidien qui doit exister entre les managers et leurs équipes — idéalement des échanges par vidéo durant lesquels les managers ne doivent pas se limiter aux sujets opérationnels mais s’intéresser aussi à la santé et au bien-être de leurs équipier·ères —, la mise en place de numéros d’appel est recommandée. En matière de prévention des RPS, Nespresso travaille avec Qualisocial depuis plusieurs années. « Nous rappelons actuellement à nos collaborateur·trices qu’ils·elles peuvent joindre à titre personnel ou professionnel la ligne d’écoute avec des psychologues », précise Hélène Gemähling. Chez Monster, la DRH monde incite managers et collaborateur·trices à la vigilance parce que « le burnout à domicile, ça existe ». Par ailleurs, l’utilisation d’applications de bien-être au travail, des conseils nutrition, le partage de contenus qualitatifs et ciblés selon les fonctions, des jeux concours aident à éviter l’ennui, facteur de mal-être, et à mieux vivre le confinement.

Repérer les pratiques addictives

Selon l’étude GAE Conseil – Institut Elabe de novembre 2019 sur l’impact des pratiques addictives au travail,  un·e salarié·e sur deux souffre d’addiction (consommation de produits (alcool, stupéfiants…) ou addictions comportementales). La crise sanitaire génère incertitude et ennui, perte de repères, manque ou surcharge de travail. Elle amplifie l’inquiétude et le stress chez les personnes exposées au risque de contamination au Covid-19 dans leur activité quotidienne, et réinterroge le sens du travail des personnes qui se retrouvent désœuvrées : à quoi sert mon job ? Autant de facteurs d’augmentation ou d’apparition de pratiques addictives. Détecter les signaux faibles à distance est difficile mais les échange vidéo le permettent mieux que les conversations téléphoniques. Alexis Peschard, addictologue et président de GAE Conseil, donne ces conseils pour les repérer : « Tous les signes en plus ou en moins qui peuvent apparaître dans la relation doivent alerter : des phénomènes d’excitation, de logorrhée, de sur-travail, de débordement des horaires de travail. Ou au contraire, des phénomènes de retrait, d’évitement, la perte de jovialité. »

Soigner l’inquiétude des salarié·es en leur apportant des réponses

Un des enjeux actuels des RH est de répondre rapidement aux managers assailli·es de questions sur le télétravail, l’activité partielle, le droit de retrait, mais aussi les congés payés, les RTT, le paiement des commissions des fonctions commerciales… Des communications journalières et la mise en place de FAQ sont nécessaires, bien que le cas par cas soit la règle. « Les sujets liés à cette crise sans commune mesure ont besoin d’être réfléchis, les inquiétudes qu’elle suscite nous demandent d’apporter des réponses justes et d’anticiper, cela peut être compliqué quand les décisions gouvernementales se succèdent », pointe Hélène Gemähling.

Veiller à la santé mentale des équipes est indispensable non seulement pour assurer la continuité de l’activité mais encore, pour la reprise. Les risques psychosociaux sous-estimés quand les projecteurs sont dirigés sur le risque infectieux, sont une bombe à retardement en forme de burnout ou de dépressions dont le nombre pourrait exploser à moyen terme.

Sophie Girardeau

Publié le 27 mars 2020