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Santé, sécurité : communiquer sans être anxiogène, un exercice délicat

Santé, sécurité : communiquer sans être anxiogène, un exercice délicat

Témoignage : pour assurer la sécurité et la santé de ses salarié·es et maintenir un climat de confiance, Epsilon Composite, PME industrielle du Médoc, a fait le choix d’une communication multicanale et transparente auprès d’un personnel actuellement dispersé par la crise sanitaire.

Parmi les 230 salarié·es d’Epsilon Composite, PME médocaine spécialisée dans la conception et la production de pièces en matériaux à base de fibre carbone, il y a aujourd’hui des personnes qui travaillent sur site (équipes techniques et de production) et d’autres en télétravail (10% de l’effectif : fonctions commerciales, achats, fonctions supports, une partie du bureau d’études), des personnes au chômage partiel ou en arrêt maladie ainsi que des salarié·es rentré·es de congés (5 à 10% de l’effectif) et placé·es en « quatorzaine ». L’activité est maintenue avec 55% du personnel sur site, pour produire notamment des rouleaux en carbone pour des machines fabriquant les textiles non tissés des masques, blouses jetables et lingettes désinfectantes. Il s’agit de communiquer auprès de ces différents publics.

Communication précoce : la Chine n’est pas si loin quand on exporte en Asie

Pour cette entreprise qui réalise 90% de ses ventes à l’export, notamment en Asie, la Chine n’est pas si loin. Interpellée par le développement de l’épidémie de Covid-19 en janvier, elle a dès février mis en place des mesures, dont les différentes étapes ont été définies avec le service HSE, visant à protéger la sécurité et la santé de ses salarié·es, et donc communiqué sur ses décisions : gestes barrières, interdiction des visites des fournisseurs, des déplacements des commerciaux et des réunions à plus de quelques personnes, désinfection des surfaces, la fréquence étant définie par zone.

Pour rappel, les obligations des employeurs et des salarié·es sont rassemblées ici.

Communiquer clairement dans la cacophonie

La crise sanitaire s’accentuant, il a fallu composer avec la réduction d’effectif et la cacophonie des annonces gouvernementales. « Il y a eu un moment de panique après les déclarations de l’exécutif au passage au niveau 3. Il a fallu clarifier les discours, la lettre aux entreprises des ministres de l’économie et des finances, de la santé et du travail y a contribué », explique Alexandre Lull, directeur général délégué d’Epsilon Composite. Les nombreux échanges entre la cellule de crise (production, DAF, RH, HSE), les managers et les salarié·es facilitent la prise de température du climat social et les ajustements de la communication et des actions.

La réactivité dans la communication est essentielle, mais la rendre effective peut être compliqué avant que les modalités des dispositifs ne soient connues. Ce qui a trait aux arrêts maladie et aux arrêts de travail par exemple est en train de se normaliser. L’outil lancé le 18 mars par le gouvernement, declare.ameli.fr, facilite la vie des salarié·es et la gestion RH au cas par cas. Il permet aux personnes à risque élevé de se déclarer sans passer par le médecin traitant ou l’employeur, et donne la possibilité aux employeurs de déclarer leurs salarié·es contraint·es de rester à domicile du fait de la fermeture de l’école de leur enfant, sans possibilité de télétravail. Une enquête Myrhline menée entre le 27 et le 31 mars révèle d’ailleurs que 88% des RH trouvent ces solutions pertinentes.

La question du port du masque en revanche nécessite de nouvelles discussions avec le service HSE, parce que le stock de masques FFP2 existant au début de la crise a été donné aux soignant·es de la région et que les masques chirurgicaux attendus, en provenance d’Asie, peuvent être réquisitionnés. « L’entreprise s’était préparée à utiliser des masques de fabrication artisanale, la production de masques répondant à la norme AFNOR récemment publiée devrait permettre de répondre progressivement à la demande », poursuit notre interlocuteur. Et d’apporter des réponses rassurantes aux salarié·es.

Communication multicanale : l’enjeu de la circulation de l’information

La superficie des locaux — 18 000 m² — et la rotation des équipes pèsent dans les choix de communication. « Pour une bonne circulation de l’information, je communique directement auprès des équipes à travers plusieurs canaux : courriels, panneaux d’affichage, écrans TV », précise notre interlocuteur. Les salarié·es hors des locaux reçoivent des communications hebdomadaires, via leur adresse email personnelle, sur le contexte sanitaire du Médoc et de l’entreprise. Il s’agit aussi de combattre les rumeurs, quotidiennes, d’où le choix d’une communication transparente. « Nous informons sur le nombre de cas suspectés au sein de l’entreprise, ou sur des symptômes qui doivent attirer l’attention, dans tel ou tel service, et ce, pour que les gens puissent savoir s’ils ont été en contact. Nous complétons par une communication orale pour rassurer individuellement », ajoute-t-il.

Responsabiliser les équipes, une clef pour ne pas communiquer en vain

Qu’il s’agisse de santé des individus ou de santé économique, l’équilibre entre la nécessité d’alerter et le souci de ne pas être anxiogène peut être difficile à trouver. Une clef est que les personnes se sentent actrices des différentes mesures. « Il faut que les gens se sentent responsables, des gestes barrières, de la désinfection des locaux, de leur discipline personnelle : dans le contexte actuel, se retrouver entre potes le week-end par exemple, cela a un impact sur l’entreprise et les équipes », conclut Alexandre Lull.

Sophie Girardeau

Publié le 6 avril 2020.